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18/11/2008

_The multi-man_

The multi-man: Philip HARBOTTLE : éditeur non mentionné (probablement Harbottle himself) : 1968 : ill Harbottle (d'après Marchioni) : pas d'ISBN : 69 pages (pas d'index) : reliure à spirale : 12 Euros sur e-bay.

The multi-man.jpg

Cet ouvrage est consacré à John Russell FEARN (1908-1960), auteur britannique aux multiples pseudonymes, traduit en VF aux débuts du FNA et de Galaxie (1ère série).

Il se compose d'une première partie qui mêle biographie et analyse d'une partie de l'oeuvre de Fearn (y compris hors du champ SF), en tentant de dégager les qualités de l'auteur. A noter que cet essai (The ultimate analysis) existe dans divers supports.

Le deuxième partie est une bibliographie commentée (un court résumé sur quelques lignes est généralement fourni) des textes de Fearn, organisée par pseudonyme et par genre.

Fearn est un auteur, qui même en France, traîne derrière lui un lourd passif de tâcheron de la SF, fossoyeur de la "SF de qualité", auteur présumé de textes horribles publies chez des éditeurs de troisième zone sous des pseudonymes abracadrantesques.

Harbottle essaie tant bien que mal deux choses :

- rétablir une certaine vérité quand aux ouvrages vraiment écrits par Fearn (par exemple, certains titres dus à Tubb lui sont attribués) et en tout cas préciser dans quelles circonstances l'auteur a pu faire preuve d'une telle apparente productivité.

- redorer le blason de l'écrivain en montrant quelle place il peut légitimement revendiquer dans l'histoire de la SF et en quoi il a été victime d'un certain snobisme réservé aux auteurs prolifiques ou trop visibles.

La défense menée par Harbottle est certes courageuse et généreuse, mais, en ce qui me concerne manque un peu de matière pour étayer ses assertions. Elle rend en tout cas le bonhomme sympathique et est d'une lecture très intéressante et pleine d'informations sur les coulisses de l'écriture à la chaîne.

Faute d'une organisation suffisament claire (pas d'index général par exemple), la bibliographie est assez complexe à manier, alors qu'elle recèle des informations importantes (parutions dans 1GA ou au FNA).

Cette oeuvre est un vrai "labour of love" qui, au vu de son ancienneté, mériterait une mise à jour pour se rapprocher d'un ouvrage comme The tall adventurer (co-écrit par Harbottle aussi) qui est techniquement d'une autre tenue.

The tall adventurer.jpg

On pourra aussi consulter sur le sujet de l'écriture à la chaîne et les années 50 dans la SF britannique, l'excellent livre de Steve Holland : The mushroom jungle.

The mushroom jungle.jpg


Note GHOR : 2 étoiles (pour la démarche et la passion)

17/11/2008

_Coordinates : Placing science fiction and fantasy_

Coordinates : Placing science fiction and fantasy  : George E. SLUSSER & Eric S. RABKIN & Robert SCHOLES : Southern Illinois University Press (série Alternatives) : 1983 : ISBN-10 0-8093-1105-4 : 206 pages (y compris index, notes et notices bibliographiques) : une grosse dizaine d'Euros d'occase pour un HC (pas de jaquette sur mon exemplaire, à vérifier).

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Ce volume regroupe les essais originalement écrit pour la 3ème conférence J. Lloyd Eaton sur la SF&F qui s'est tenue en 1981.
Comme d'habitude, ils sont censés se tenir à un thème, ici la définition de coordonnées pour les deux genre cousins que sont la SF et la fantasy. Dans la pratique, on verra que les sujets abordés n'ont qu'un rapport parfois très lointain avec cette problématique.

Au sommaire, 13 textes (ils sont de longueur variable, de 7 à 30 pages) :

- Des essais un peu généraux sur le (ou les) genre(s)  : The criticism of science fiction (qui dresse une trop brève histoire des tentatives d'apporter un discours critique au genre), America as SF (une revue des fictions parues en 1939 dans les magazines SF et de leur contenu, le tout en conjonction avec l'exposition universelle de cette année).

- Plusieurs études sur des textes précis : Voyage au centre de la Terre, She (analyse féministe), Herland (idem, of course), Triton (les désirs), Waldo -RAH- & Desertion -Simak, série City- (sous l'angle de l'opposition entre autoplastie et alloplastie), Atlas shrugged -Rand- (une analyse politique engagée), Dune & Foundation (leur rapport à la forme classique), Fahrenheit 451 (les coupes autoritaires faites par l'éditeur Ballantine sur le texte).

Dune (NEL 1973).jpg                  Triton (CL 1977).jpg


- Quelques articles inclassables : How new is new ? (le nouveau l'est-il vraiment), Existential Fantasy (Kierkegaard contre Mishima), The descent of fantasy (pas tout compris).

Il est, dans la pratique et avec ce genre de livre, impossible de se fier au thème pour déterminer son intérêt puisqu'il se révèle purement indicatif ou extrêmement vague. On se retrouve donc réduit à constater que la qualité des textes est strictement fonction de celle de l'intervenant. Les habitués de l'exercice livrent donc de bons essais (Franklin, Wolfe, Fiedler) alors que certains se noient dans leurs marottes ou la démonstration absconse.

La majorité des essais, en se focalisant sur des oeuvres précises (même si elle ne sont pas toutes originales, cf la n-ième étude sur Triton ou Dune), est toutefois d'un bon niveau, avec une mention à celui sur Atlas shrugged (un texte important pour les libertariens et leurs dérivés US) et à la lecture croisée RAH/Simak.

Waldo & Magic Inc (Pyramid 1963).jpg

Un livre plus séduisant qu'il n'y parait, avec, une fois les scories enlevées, de quoi alimenter les réflexions sur certaines oeuvres et leurs thématiques ou leurs idéologies.

Note GHOR : 2 étoiles

10/11/2008

_Different engines : How science drives fiction and fiction drives science_

Different engines : How science drives fiction and fiction drives science: Mark L BRAKE & Neil HOOK : Macmillan : 2008 : ill Corbis (en fait la couverture d'un pulp des années 20 colorisée différemment, l'original est de Frank R. Paul) : ISBN 978-0-230-01980-5 : 265 pages (y compris index) : de l'ordre de 8 Euros pour un HC avec jaquette (petit format).

Different engines.jpg

Cet ouvrage est principalement un receuil d'articles précédemment publiés dans Astrobiology magazine, articles qui ont pour principe de mettre en parallèle une époque de l'histoire des sciences et la SF qui lui est contemporaine, en partant du principe que les deux champs se répondent et s'alimentent l'un l'autre.

Il est divisé en sept chapitres :

1) The age of discovery : Kepler, Newton, Gallilée avec la proto-SF (du type Gulliver)
2) The mechanical age : Darwin, Flammarion avec Wells
3) The astounding age : Einstein et les premiers pulps
4) The atomic age : la bombe, la guerre froide et l'école Campbell
5) The new age : la course à la lune et la new wave
6) The computer age : l'essor de l'informatique et le cyberpunk
7) The age of biology : les biotechnologies et la SF à l'écran (GATTACA, Blade runner)

En ce qui me concerne, le sous-titre est un peu trompeur.

En effet, plus qu'un récit des interactions entre science et science-fiction, on a plutôt affaire à une histoire de la SF comme il en existe bien d'autres avec comme fil conducteur et repères chronologiques les progrès scientifiques. Hormis de rares exemples on ne voit pas trop comment la "fiction drives science", ce qui est dommage puisque c'est sur ce principe (ou du moins "fiction drives technology") que Gernsback a créé le genre. Quand à la proposition inverse ("science drives fiction"), elle est semble t-il tellement évidente qu'elle est carrément évacuée du livre.

Sans la réflexion sur la place de la science en SF (aucune mention de la Hard Science par exemple, ni d'aucun des ses auteurs) ni réflexion sur l'influence de la SF sur la science (si ce ne sont quelques anecdotes ultra-connues souvent tirées de Campbell), seule reste l'histoire de la SF.

Sur ce point le livre se situe dans une honnête moyenne (on notera toutefois quelques erreurs de dates) mais son principal défaut est surtout de n'être absolument pas original (les oeuvres discutées ont été vues et revues au fil des ouvrages sur la SF : A canticle for Leibowitz, The left hhand of darkness, 1984, Stranger in a strange land, etc...).

Un cantique pour Leibowitz (Denoel 1977).jpg

Il est aussi nettement trop court (les pages sont petites et les notes bibliographiques copieuses). Traiter la SF de Kepler à Doom (le film de 2005) sur 200 pages ne permet qu'une vague ébauche qui laisse de trop vastes zones d'ombre.

A la décharge des auteurs, l'entreprise est toutefois assez casse-gueule, surtout sur un texte aussi court, quand on voit qu'il fait 400 pages pour raconter deux décennies de magazines SF.

Enfin, deux points qui m'ont gêné :

1) on voit parfois un peu trop nettement les emprunts (avoués) à Franklin ou aux Roses.

War stars.jpg      The shattered ring.jpg

2) dans les premiers chapitres, le fait de voir appliquer le terme de Science Fiction à des textes comme Sommium , Les voyages de Gulliver ou Frankenstein. En tant que Westfahlien orthodoxe, je pense que la SF n'existe qu'à partir de 1926 et que les oeuvres antérieures n'en sont pas stricto-sensu, mais c'est juste une question de terminologie.

Un ouvrage pas forcément mauvais mais qui n'apporte rien de plus : trop long pour un livre d'initiation/introduction, trop court pour une histoire de la SF digne de ce nom.

Note GHOR : 1 étoile

 

07/11/2008

_Theodore Sturgeon_

Theodore Sturgeon  : Lucy MENGER : Ungar (série Recognitions) : 1981 : ISBN-10 0-8044-6492-8 : 136 pages (y compris index et biblio basique) : quelques Euros d'occase pour un TP.

Theodore Sturgeon (Ungar).jpg

Il faut croire que les années 80-81 était les années Sturgeon en ce qui concerne les ouvrages de référence. En effet, outre le livre homonyme de Lahna Diskin chez Starmont, cet ouvrage aux buts similaires mais plus étoffé était publié à peu près en même temps.

Theodore Sturgeon.jpg

Il s'agit donc d'une classique analyse de l'oeuvre de Théodore Sturgeon, un auteur à la voix si particulière dans le paysage de la SF.

La structure de ce livre est tout à fait standard, avec un découpage en sept chapitres comme suit :

1- "A brief biography" dont l'objet est clairement indiqué dans le titre.

2- "We are the enemy 1939-1940" traite des nouvelles de Sturgeon de sa première période (avant la 2 GM) sous l'angle d'un thème commun à savoir un anti-intellectualisme prononcé et une méfiance vis-à-vis des humains qui mène à un grand pessimisme.

3- "The paths of good" concerne les textes de la fin des années 40 où Sturgeon amorce un virage vers l'humanisme en manifestant plus d'amour pour l'espèce humaine et découvre la capacité de celle-ci à faire le bien.

4- "Man will prevail" s'occupe des textes courts des années 50 qui montre une confiance encore plus grande en l'homme et tente une approche plus sociétale des remèdes possibles.

5- "Manifestations of man" analyse les principaux romans de Sturgeon (ceux de SF) : The dreaming jewels, More than human, The cosmic rape & Venus plus X sous l'angle de la sexualité (surtout pour le dernier) et l'exploration des modalités de réalisation possibles du potentiel de l'homme.

The cosmic rape (Dell 1968).jpg

6- "Still we are the enemy" poursuit l'ordre chronologique avec les textes des années 60 (et après) qui voient Sturgeon faire en quelque sorte la synthèse de son analyse de l'humanité qui peut, selon l'auteur, envisager un avenir positif.

7- "Art and artistry" un chapitre plus technique qui montre comment fonctionne la "patte" de Sturgeon, un des stylistes les plus réputés du genre. Menger montre que l'auteur incorporait littéralement sa poésie (invendable autrement) à ses textes en prose.

Suivent une bibliographie secondaire, et une bibliographie primaire choisie qui permet de trouver les dates de première parution des textes ainsi qu'une localisation partielle des nouvelles (un seul titre les contenant est indiqué).

The dreaming jewels (Corgi 1971).jpg

Il n'y a pas grand chose de négatif à dire de cet ouvrage. C'est proprement fait, c'est d'une construction à la fois originale (la misanthropie des premiers textes de Sturgeon a rarement été mise en avant) et logique (parce que étayée). Les démonstrations et analyses sont appuyés par de nombreuses citations et validées par une absence d'erreurs factuelles (dans la limite de mes connaissances).

Tout au plus pourrait-on trouver que le lien entre l'homme et l'écrivain est parfois peu fait alors qu'il aurait pu être pertinent pour expliquer les "writer's block" à répétition de l'auteur. Evidemment, comme à chaque fois qu'un ouvrage est à mon sens bien mené, j'en regrette la brièveté. Les (seulement) 120 pages d'analyse assez aérées donnent parfois un sentiment de trop-peu.

Si on veut, un jour, faire croitre le segment des ouvrages de référence dans notre langue, cet ouvrage (qui en plus concerne un auteur dont la carrière est logiquement terminée) serait (AMHA) un candidat de choix pour une traduction VF au sein d'une collection d'essais sur des auteurs précis.

Comme d'autres (par exemple le Leiber mentionné là : http://groups.google.fr/group/fr.rec.arts.sf/msg/511a21b5...) il pourrait, par le fait qu'il traite d'un auteur traduit et apprécié, peut-être intéresser un public suffisamment large (une grosse centaine de personnes) pour rendre l'aventure rentable.

Fritz Leiber Critical essays.jpg

Note GHOR : 3 étoiles

 

Microcosmic god (NAB).jpg

Puisque l'on en est à Sturgeon, je ne peux que conseiller de soutenir l'initiative de NAB qui a entrepris la publication de l'intégrale des écrits (y compris inédits et variations) de l'auteur. Ils en sont au tome 10 ou 11.

Thunder and roses (NAB 1997).jpg

05/11/2008

_The influence of imagination : Essays on science fiction and fantasy as agents of social change_

The influence of imagination : Essays on science fiction and fantasy as agents of social change : Lee EASTON & Randy SCHROEDER : McFarland : 2008 : ISBN-13 978-0-7864-3230-1 : 228 pages (y compris index et blibo des ouvrages cités après chaque essai) : une vingtaine d'Euros pour un TP.

The influence of imagination.jpg

Cet ouvrage est un receuil d'essais (inédits à ma connaissance) qui correspond plus ou moins aux actes d'un colloque tenu au Canada en 2004 sur le thème de "SF & social change".

Il est composé de 17 essais, de moins d'une dizaine de pages en général, qui abordent une vaste gamme de sujets, certains assez focalisé, comme les grilles de lecture de certaines oeuvres, qu'elles soient littéraires (Moonwise, Always coming home, Midnight robber, Last and first men ou No woman born), cinématographiques (Gattaca confronté à la "queer theory", le SdA) ou dans le domaine de la BD/Comics.

Les derniers et les premiers (Denoel 1978).jpg

D'autres essais se veulent d'une portée plus générale, et traitent, par exemple, des auteurs féminins dans le magazine Weird tales ou des tentatives de créer une SF hypertextuelle.

Pour aller à l'essentiel, il n'y a pas grand chose à sauver de ce livre :

- Aucune unité, les sujets n'ayant parfois aucun rapport discernable avec le thème choisi, qui pourtant est assez clairement exposé dans
l'introduction ou dans la 4ème de couverture : "This collection of essays examines the potential connections between speculative fiction and actual social change.". Par exemple le texte sur le SdA qui montre d'une façon assez  concluante l'étendue des trahisons de Jackson vis à vis de Tolkien en ce qui concerne les arbres et leur signification, est intéressant comme analyse croisée de divergences d'interprétation mais n'a aucun rapport avec la conscience sociale.

- Une trop grande proportion de textes "amateurs". Il est clair que tout le monde n'est pas Clute, Wolfe ou Westfahl, mais les auteurs ont quasiment tous été recrutés au sein du corps enseignant ou estudiantin du "Mount Royal college" situé en Alberta (Canada) avec (AMHA) comme seule condition l'existence chez le candidat d'un vague intérêt pour la SF&F. Ceci génère un double effet de manque, à la fois de recul mais aussi de pertinence (certains ne sont visiblement spécialistes que d'une seule chose et peinent à la relier au reste du genre) et un niveau de discours assez faible. Ceci nous vaut des articles sans aucune structure (celui sur Weird tales est une suite de paragraphes disjoints) ou des pages pleines de jargon à la mode (généralement féministe ou postmoderniste).

- Une certaine tendance à réinventer la roue, l'exemple frappant étant (encore) le texte sur les auteurs féminins dans Weird tales qui ne fait que paraphraser Davin (Partners in wonder : Women and the birth of science fiction 1926-1965) en infiniment moins bien et visiblement sans même en avoir connaissance (il n'est pas cité dans la biblio).

Partners in wonder.jpg


Du coup ne sont récupérables que l'analyse fouillée de No woman born dans le contexte de la fin de la 2GM et des préparatifs pour un retour des femmes à leur condition domestique antérieure (Linda Howell), la lecture de Gattaca comme récit homoérotique et/ou queer, qui éclaire le film d'un jour nouveau (Lee Easton) et l'article sur les fictions hypertexte qui offre des exemples récents d'une éventuelle évolution de la forme que pourrait prendre la SF (Brian Greenspan) même s'il pêche (AMHA) par un enthousiasme excessif.

Un livre pas vraiment indispensable qui ne révolutionnera pas la réflexion sur le genre et dont les raisons de la parution me sont mystérieuses.


Note GHOR : 1 étoile