13/08/2026
_The Culture of "The Culture"_
The Culture of "The Culture" : Utopian Processes in Iain M. Banks's Space Opera Series : Joseph S. NORMAN : 2021 : Liverpool University Press (série "Liverpool Science Fiction Texts and Studies" #65) ISBN-13 978-1-78962-174-7 (la fiche ISFDB du titre) : x+285 pages (y compris index et bibliographie) : coûte 119.50 GBP pour un hc non illustré sans jaquette : disponible chez l'éditeur, existe aussi en tp et ebook.

Il est très surprenant de voir le nombre de textes voire d'ouvrages entiers qui sont consacré à La Culture (au hasard celui-là). Cette civilisation galactique humanoïde créée par le regretté Iain (M.) Banks est un objet de fascination sans fin pour de nombreux amateurs de SF et d'universitaires (comme l'auteur, un professeur britannique). Même si l'attrait de cette civilisation fictive est évident : opulence absolue, immortalité, bonnes intentions (ou pas); elle ne reste qu'une création de papier qui n'existe que dans les marges de romans de SF. J'ai toujours été étonné de voir que certains écrivent sur cette société inexistante comme si tout cela était réel et passent des pages et des pages à gloser sur du vide.

Autant je peux prendre au sérieux un ouvrage qui décortique le fonctionnement de l'empire romain ou de telle ou telle civilisation réelle, autant j'ai un peu de mal à prendre au sérieux des centaines de pages sur tel ou tel univers fictif comme il en existe pas mal dans le genre (de Star Trek à Darkover en passant par toutes les franchises possibles). Non pas que le travail et l'analyse de Norman soient inintéressants ou bâclés, c'est juste que que "je n'y crois pas" et que, par exemple, les explications détaillées de l'auteur sur les buts et l'idéologie de La Culture ne sont que des suppositions basées sur au plus quelques centaines de lignes extraites d’œuvres de fiction.

En fait le livre devient intéressant quand l'auteur arrête de "croire" (et de "nous faire croire") à La Culture et essaie d'analyser les sources (réelles, celles-ci) d'inspiration de Banks et ses objectifs idéologiques. Refus du Capitalisme et du Thatchérisme, évaluation des moyens d'en sortir (en fait par l'apparition une société sans argent basée sur l'abondance), expression d'une sensibilité anarchiste; tout cela est par contre bien réel et peut éclairer notre façon de lire l'auteur et ses œuvres. C'est donc un livre qui plaira aux fans de La Culture qui auront l'impression de lire une sorte de guide pratique de leur univers favori comme s'il était réel, mais qui, en ce qui me concerne, est presque un ouvrage de fiction lui-même. Et puis, pour être bassement capitaliste, une grosse centaine d'Euros pour moins de trois cents pages de texte, ce n'est quand même pas donné.

Note GHOR : 1 étoile (je n'y ai pas cru)
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14/07/2026
_Contemporary Science Fiction and the Many-Worlds Interpretation of Quantum Mechanics_
Contemporary Science Fiction and the Many-Worlds Interpretation of Quantum Mechanics : Sacrifice and Narrative Coherence : Jonathan P. LEWIS : 2025 : Bloomsbury Academics : ISBN-13 978-1-6669-5686-3 (la fiche ISFDB du titre) : 148 pages (y compris index et bibliographie) : coûte 75.00 USD pour un hc non illustré sans jaquette (imprimé en POD par Amazon) : disponible chez l'éditeur (en promo), existe aussi en tp et ebook.

Sous la plume d'un professeur d'anglais dans une université américaine et spécialiste de Neal Stephenson, cet ouvrage est en fait une sorte de recueil de quatre essais sur quatre textes différents, essais qui sont articulés autour du thème de la théorie des modes multiples d'Everett. Après une longue introduction, sont donc abordées les œuvres suivantes : The Peripheral (William Gibson), Version Control (Dexter Palmer), Anathem (Neal Stephenson) et la série D.O.D.O. (Neal Stephenson & Nicole Galland). Une courte conclusion et les annexes habituelles (bibliographie et index) clôturent un ouvrage assez court.

On va dire que, prises séparément, les quatre essais fonctionnent correctement même si deux d'entre eux (ceux sur Gibson et Stephenson/Galland) ne concernent que des débuts de cycle et donc ne peuvent mener qu'une analyse incomplète. Je suis nettement plus sceptique sur une partie des procédés utilisés par Lewis pour lier tout l'ensemble. Si le thème de la théorie d'Everett paraît bien choisi (mais pourquoi uniquement ces quatre textes alors qu'il en existe des centaines d'autres utilisant ce concept ?) l'autre "liant", un mélange d'analyse post-colonialiste, d'impérialisme trans-temporel et d'écologie catastrophique (on va tous mourir à cause du "Global North"), semble clairement plaqué sur l'ensemble (il apparaît souvent à la toute fin des chapitres) et sonne particulièrement creux.

La vraie question à se poser est de savoir si cette concaténation un peu bancale de quatre critiques de livres (dont deux ne seront sans doute jamais traduits ici) d'une vingtaine de pages chacune "vaut" sa soixantaine d'Euros. Hélas, je ne peux que répondre par la négative. Dommage, le thème méritait sans doute un ouvrage un peu plus solide, débarrassé de ses oripeaux idéologiques à la mode et surtout basé sur un échantillonnage autrement plus large

Note GHOR : 1 étoile (cher pour le contenu)
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05/07/2026
_The Comedy of the Fantastic_
The Comedy of the Fantastic : Don D. ELGIN : 1985 : Greenwood Press (série "Contributions to the Study of Science Fiction and Fantasy" #15) : ISBN-10 0-313-23283-0 (la fiche ISFDB du titre) : 204 pages (y compris index et bibliographie) : coûtait 29.95 USD pour un hc non illustré sans jaquette : trouvable éventuellement d'occase (mon exemplaire a été retiré d'une bibliothèque universitaire américaine).

Ce livre fait partie de la copieuse collection d'ouvrages de référence publiés par Greenwood (c'est l'un des premiers). Écrit par un professeur d'université américain dont c'est le seul travail connu, on peut tenter de résumer le propos de la façon suivante : il existe une opposition littéraire entre le tragique (individualiste, scientiste, exploiteur, culte du héros) et le comique (écologique, communautariste, altruiste). Dans ce cadre, la plupart des ouvrages relevant du "fantastic" (l'auteur n'est pas très clair sur sa définition mais on va dire que cela correspond à notre "littérature de l’imaginaire") sont à classer dans la catégorie "comedy" et manifestent donc en particulier une conscience écologique marquée.

Pour étayer son propos, l'auteur a choisi cinq auteurs et certaines de leurs œuvres, auteurs auxquels il consacre à chacun un chapitre entier. Sont donc évoqués : J. R. R. Tolkien, C. S. Lewis (surtout pour sa Cosmic Trilogy), Charles Williams (un théologien britannique et auteur de Fantasy religieuse), Frank Herbert (pour les quatre premiers Dune) et Joy Chant (autrice d'une unique trilogie de Fantasy : House of Kendreth, tombée dans l'oubli le plus total). À cela s'ajoutent un premier chapitre consacré à la mise en place des divers concepts déployés, une courte conclusion (la tragédie c'est MAL, la comédie c'est BIEN) et les annexes habituelles.

Pour être franc, le résultat n'est pas vraiment convaincant. Outre un échantillonnage très limité (je ne suis pas sûr que Elgin soit un familier du genre), une argumentation au ras des pâquerettes (l'agriculture c'est MAL, les chasseurs-cueilleurs c'est BIEN), un ton parfois prétentieux ("les autres n'ont rien compris à cette œuvre"), le discours de l'auteur n'est pas vraiment "centré" et s'éloigne généralement de son objet tel que défini dans son sous-titre : Ecological Perspectives on the Fantasy Novel, on à l’impression qu'il se laisse emporter par son amour de telle ou telle œuvre et, qu'à un moment, il se rappelle qu'il lui faut quand même parler d'écologie. Et puis, pour quelqu'un qui se veut un tant soit peu pointu, l'affirmation plusieurs fois répété que Dune ce n'est pas de la SF peut faire douter le lecteur. On pourra quand même apprécier certaines des analyses de l'auteur sur des sujets précis (le concept de la "Great Dance" chez Lewis) ou originaux (Joy Chant).

Note GHOR : 1 étoile (et encore)
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28/06/2026
_Classical Traditions in Science Fiction_
Classical Traditions in Science Fiction : Brett M. ROGERS & Benjamin Eldon STEVENS (editors) : 2015 : Oxford University Press (collection "Classical Presences") : ISBN-13 978-0-19-022833-0 (la fiche ISFDB du titre) : 380 pages (y compris index et bibliographie) : coûte 51.00 GBP pour un tp illustré d'une dizaine de reproductions en n&b : disponible chez l'éditeur, existe aussi en hc et ebook.

Cet ouvrage est extrêmement proche dans son esprit et sa réalisation de L’antiquité dans l'imaginaire contemporain (évoqué ici), un titre en VF publié une année auparavant. Il s'agit donc d'un recueil d'articles qui tentent de relier la SF et les études "classiques" (au sens de latines et grecques). Écrit par des universitaires américains (mais généralement non-spécialistes de la Science Fiction), le résultat final en est proche. Tout cela n'est pas forcément inintéressant mais souffre du syndrome habituel de "placage" d'un peu de SF sur des sujets chers aux auteurs (Virgile, Lucien, L'Odyssée).

Mais en fait le plus gênant est sans doute l’extrême pauvreté et surtout l'extrême prévisibilité du corpus étudié : on a bien évidemment droit à des essais entiers Illium/Olympos de Simmons, Battlestar Galactica (la deuxième série) et la trilogie Hunger Games. Le corpus de textes ayant un rapport autre que fortuit à l'Antiquité est sans doute tellement réduit que la moindre toge ou la moindre locution latine déterrée par un des auteurs est automatiquement analysée en détail. Cela donne des articles comme celui sur les films Alien(s) ou celui sur Frankenstein qui peine à justifier leur inclusion, si ce n'est par le manque de matière. Il y a certes quelques essais pertinents (celui sur Star Trek ou celui sur le Somnium de Kepler) mais le résultat est difficilement à la hauteur du prix demandé (pour mémoire, le hc s'approche des 200 Euros). À réserver aux hellénistes convaincus (et riches).

Note GHOR : 1 étoile (livre trop de niche)
10:51 | 10:51 | Ouvrages thématiques | Ouvrages thématiques | Lien permanent | Lien permanent | Commentaires (0) | Commentaires (0) | Tags : 1 étoile, anglais | Tags : 1 étoile, anglais
20/06/2026
_Civilisation et divagations_
Civilisation et divagations : Mort, fantasmes et science-fiction : Louis-Vincent THOMAS : 1979 : Payot (collection "Petite bibliothèque Payot" # 354) : ISBN-102-228-33540-1 (la fiche ISFDB du titre, dans la base à Bruno) : 285 pages (y compris bibliographie mais pas d'index) : prix original inconnu pour un pb non illustré : trouvable d'occase.

Hasard de l'ordre alphabétique, voici un ouvrage qui ressemble, dans l'esprit, à The Child to Come évoqué récemment ici. Dans le cas du livre de Thomas (un universitaire français), nous sommes invités à une réflexion sur la mort (la spécialité de l'auteur, inventeur de la thanatologie) enrobée et illustrée par des textes (et des films) de science-fiction. Qu'il s'agisse de la mort de individu (et de son corollaire l'immortalité), de celle de la civilisation ou de celle, plus réduite, de la ville, les diverses parties de l'ouvrage suivent un même schéma : une partie "théorique" souvent basée sur des données scientifiques (des années 70 quand même) et un survol de la façon dont la SF a traité le sujet.

D'une façon assez logique, la partie explicative est d'un intérêt faible tant elle est datée dans ses données (le plan Peyrefitte ?) et dans ses analyses. Par contre, la partie "SF" malgré un certain mépris qui transparait parfois, est plus intéressante et témoigne d'une vraie connaissance du domaine par l'auteur. Outre les auteurs français de l'époque (Pelot, Andrevon, Curval), l'auteur convie les "classiques" (Van Vogt, Asimov, Bradbury) ainsi que les plus récents des anglo-saxons du moment (Silverberg, Priest, Coney). Un échantillon d'une telle richesse est quand même plutôt rare sous la plume d'un universitaire français (qui plus est en 1979). Le résultat (pour la partie concernant le genre) est parfaitement lisible même s'il reste quand même du niveau de la simple illustration des thèses de l'auteur. On est face à un catalogue des idées développées par la SF qui ne peut prétendre constituer une véritable réflexion sur le genre lui-même (ce n'est d'ailleurs sans doute pas le propos de Thomas). À noter que cet ouvrage a obtenu le prix spécial de l'imaginaire en 1980.

Note GHOR : 2 étoiles (pour la partie SF)
11:42 | 11:42 | Ouvrages thématiques | Ouvrages thématiques | Lien permanent | Lien permanent | Commentaires (0) | Commentaires (0) | Tags : français, 2 étoiles | Tags : français, 2 étoiles

