14.10.2009
_Science fiction and the two cultures_
Science fiction and the two cultures : Essays on bridging the gap between the science and the humanities : Gary WESTFAHL & George SLUSSER : 2009 : McFarland (série "Critical explorations in Science Fiction and Fantasy" #16) : ISBN-13 978-0-7864-4297-3 : 282 pages (y compris index et bibliographie) : une grosse vingtaine d'Euros pour un TP, disponible chez l'éditeur : http://www.mcfarlandpub.com/book-2.php?id=978-0-7864-4297-3.

On peut dire que ce volume rassemble globalement les minutes de la 20ème "J. Lloyd Eaton conference on science fiction and fantasy literature" qui s'est tenue en 1999 aux USA (seul trois essais n'y ont pas été présentés). Il s'agit, à ma connaissance, du plus récent des nombreux ouvrages de ce type (qui sortaient avant chez SIUP) consacrés à ce symposium sur la SF qui rassemble autour d'un thème le gratin de la critique littéraire appliquée à la SF. Cette année-là, le thème était la fameuse controverse des "deux cultures" initiée par Snow et Leavis qui postulaient une sorte de schisme entre littéraires et scientifiques.

On trouve dans ce recueil, 16 essais assez courts, faisant chacun entre dix et vingt pages. Ils sont regroupés en deux grandes parties, la première consacrée au problème général des deux cultures et la seconde montrant des exemples de son traitement dans des oeuvres de SF (The first men in the moon, Against infinity, le cycle des Robots d'Asimov) ou utilisant des thématiques exportées du genre (Ratner's star de DeLillo). Les auteurs des papiers sont les éternels habitués : Slusser, Westfahl, Fredman, McConnell, Benford, Hendrix. L'ouvrage se termine par une postface de Westfahl qui est une réminiscence des conférences passés, une bibliographie des oeuvres citées (bizarrement divisée en plusieurs sections) ainsi qu'un index.

Cet ouvrage est, plus que d'autres de la même série, victime de l'effet fourre-tout. En gros on a deux types d'essais : ceux de la première partie qui se positionnent généralement dans les débat sur les deux cultures mais qui négligent de parler de SF (y compris McConnell comme à son habitude) et ceux de la seconde partie qui parlent de SF mais dont le rapport avec le sujet est au minimum peu évident.

Outre ce manque d'unité, l'ensemble des textes m'a paru d'un niveau plutôt moins bons que d'habitude avec des essais complètement anecdotiques, comme cette recension des robots tueurs (et d'ailleurs quel rapport avec les deux cultures ?) ou celui sur deux ouvrages de SF roumains que personne n'a lu et ne lira jamais tellement l'auteur n'arrive pas à communiquer un quelconque intérêt pour ceux-ci. Même des intervenants généralement inspirés comme Westfahl sont à peine moyen avec sa démonstration statistique du fait que le PIB d'un pays (ici Taiwan) croît de la même façon que le nombre de livres de SF qui y sont publiés, une chose qui apparaît assez logique mais qui demande à être explicitée, chose que l'auteur évite soigneusement.

Un ouvrage trop fouillis et trop léger pour être intéressant.
Note GHOR : 1 étoile
07:37 Publié dans Ouvrages thématiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anglais, 1 étoile
02.10.2009
_Le détroit de Behring : Introduction à l'uchronie_
Le détroit de Behring : Introduction à l'uchronie : Emmanuel CARRERE : P.O.L. : 1986 : ISBN-10 2-86744-070-X : 122 pages (pas d'index ni de bibliographie) : marqué 72 FRF pour un TP qui semble même pouvoir se trouver en neuf.

Membre d'une famille de l'intelligentsia française, prodige littéraire devenu cinéaste, Emmmanuel Carrère est un personnage plus associé à la littérature "blanche" qu'au petit monde de la SF. Pourtant, il a toujours affiché clairement un intérêt pour celui-ci, en particulier par cet ouvrage et par sa biographie (sic) de Dick Je suis vivant et vous êtes morts.

Cet ouvrage reprend le mémoire (de maîtrise ?) rédigé par Carrère au début des années 80. Il s'agit, comme son nom l'indique, d'une introduction à l'uchronie, un sous-genre de la SF qui, même si son nom et son existence sont fort anciens, restait assez peu connu en dehors du cercle des amateurs de SF. En plusieurs chapitres l'auteur nous convie à un tour de l'uchronie en détaillant un certain nombre d'oeuvres appartenant d'une façon plus ou moins centrale (il ne s'agit parfois que de quelques lignes uchroniques au sein d'un roman) à ce genre. Le tout est saupoudré de diverses considérations vaguement philosophiques de l'auteur. On notera la surprenante (pour un mémoire) absence d'index et de bibliographie.

Comme le reconnaît aisément Carrère, cet ouvrage doit beaucoup à l'encyclopédie de Versins mais il est toutefois bien loin d'en posséder la rigueur. En effet, cet essai manque singulièrement d'une structure discernable (indice = les chapitres ne possèdent pas de titres) et la promenade proposée par l'auteur tourne rapidement au mouvement Brownien. Même si ce que dit Carrère est parfois pertinent, l'ouvrage est trop nébuleux pour donner une idée un tant soit peu nette de l'uchronie à un nouveau lecteur du genre.

Un livre à réserver à ceux que les états d'âme ou les digressions de l'auteur peuvent intéresser (on remarquera une conclusion du style "laissons tomber l'uchronie pour vivre le réel" qui tue littéralement le projet du livre). Un essai qui, faute de mieux, faisait autorité sur le sujet mais qui est heureusement maintenant remplacé par les divers travaux d'Eric Henriet. Une curiosité bien dans l'esprit de ces livres sur la SF écrits par des gens extérieurs au genre où l'absence de connaissance du domaine est masquée par des artifices.

Note GHOR : 1 étoile
09:27 Publié dans Ouvrages thématiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : français, 1 étoile, uchronie
29.09.2009
_Demand the impossible : Science fiction and the utopian imagination_
Demand the impossible : Science fiction and the utopian imagination : Tom MOYLAN : 1986 : Methuen (série "University Paperbacks" #943 : ISBN-10 0-416-00022-3 : 242 pages (y compris bibliographie et index) : coûtait 8 GBP pour un petit TP aisément trouvable, existe aussi en HC (-00012-6).

Ce livre est l'oeuvre de Tom Moylan, un critique plutôt connoté comme marxiste et féministe dans le monde académique anglo-saxon (le premier qualificatif est parfois considéré comme un défaut, le second comme une qualité). Son propos est de nous confronter à ce qu'il appelle les "utopies critiques" par le biais de quatre romans appartenant à ce courant. Pour Moylan, ce genre d'utopie constitue en quelque sorte la troisième génération de textes. Après les premières utopies plutôt statiques et presque trop parfaites est venu le temps des dystopies, sorte d'inverses des précédentes. Finalement, dans les années 60 et dans le sillage des divers mouvements d'émancipation, arrivent ces utopies critiques qui sont certes en réaction vis à vis des excès de la société (libérale) mais proposent aussi un "mode d'emploi" pour réaliser la transition.

L'ouvrage se divise en deux parties principales. La première ("Theory") expose donc en une cinquantaine de pages cette évolution des écrits utopiques suivant la progression définie par l'auteur. La seconde ("Texts") se consacre, comme son nom l'indique, en une étude détaillée (plus de trente pages) de quatre romans représentatifs de ces utopies critiques : The female man (Russ), The dispossessed (Le Guin), Woman on the edge of time (Piercy) et Triton (Delany). Chacun des romans fait l'objet d'un chapitre qui le situe d'abord dans le contexte général du genre et dans la carrière de l'auteur, puis qui le dissèque méticuleusement avec l'appui de nombreux extraits. Une bibliographie (primaire et secondaire mélangés) et un index complètent l'ouvrage.

Il n'y a pas grand chose à dire sur les démonstrations de Moylan qui bénéficient de la longueur suffisante pour se déployer, d'une lecture très fine et d'une contextualisation appréciable. On pourra parfois lui reprocher un certain dogmatisme lié à une idée parfois trop bien arrêtée de ce que devrait être une utopie pour ses semblables. On notera aussi certains passages (surtout dans la première partie) parfois un peu pesants. L'ensemble est toutefois abordable et parvient à rendre intéressant un sujet assez austère.

En fait, ce qui est un peu dommage est que, une fois de plus, ce livre fait la démonstration de l'étroitesse du canon acceptable pour les études sur le genre dès lors qu'elles sont issues du système universitaire. Les processus de formation du canon sont certes assez connus (voir Westfahl & Slusser), mais j'avoue que je suis victime d'une overdose massive de LeGuin/Delany/Russ (avec un zeste de Piercy ou Lem), des auteurs importants par la qualité de leur production mais dont l'influence sur la SF "réelle", celle qui est écrite, vendue, lue et par opposition au tout petit monde des "SF Studies" ne semble pas être proportionnelle à leur présence dans les ouvrages académiques.
Note GHOR : 2 étoiles
08:34 Publié dans Ouvrages thématiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anglais, 2 étoiles, utopie
23.09.2009
_Decoding gender in science fiction_
Decoding gender in science fiction : Brian ATTEBERY : Routledge : 2002 : ISBN-10 0-415-93950-X : 210 pages (y compris index et bibliographie des oeuvres citées) : coûtait 23 USD pour un TP avec quelques illustrations N&B, existe aussi en HC (85 USD).

Cet ouvrage fait partie de la longue liste de titres qui se penchent sur la question du traitement des problématiques du genre (masculin/féminin) dans la SF. A la différence de la plupart des ouvrages qui abordent ce sujet, celui-ci est écrit par un homme, Brian Attebery. Celui-ci est un professeur d'anglais, un anthologiste et un familier de la mouvance des "gender studies". Sa thèse est que le genre est plus qu'un simple thème en SF mais qu'il est un des éléments structurants. La SF est vue comme un code (d'où le titre de l'ouvrage qui fait allusion aux anneaux de décodage), qui considère le genre comme un objet similaire, à savoir une création complètement artificielle.

Pour appuyer son idée, Attebery nous livre en neuf chapitres une sorte d'histoire de la SF revisitée qui commence au Gothique, se poursuit dans les Pulps, passe les années 40-50 avec l'image du superman (Slan) et de la wonderwoman (Jirel), bascule dans les années 60-70 sur l'androgynie (The left hand of darkness, Venus plus X) ou les "single-sex utopias" (où l'une est souvent le cauchemar de l'autre), explore les années 80 en se penchant sur Gwyneth Jones (tiens donc !) et James Morrow et se termine par une réflexion sur les rapports de force tels qu'ils se sont cristallisés lors de la parution de l'anthologie (dont il est un des responsables) The Norton book of SF qui a provoqué une controverse importante à cause de son biais féministe plutôt prononcé (en tout cas statistiquement parlant). L'ouvrage est agrémenté de quelques illustrations en N&B et comporte une bibliographie complète mais qui se limite aux ouvrages mentionnés ainsi qu'un index.

Alors que l'usage veut que les livres abordant cet épineux problème soient plutôt des ouvrages militants qui se positionnent en réaction à une oppression, l'essai d'Atterbery emprunte une voie assez médiane et reste assez mesuré. Sans nier les tonnes de clichés sexistes de la SF (la demoiselle en détresse menacée par un ET, l'idiote à qui l'on doit expliquer les merveilles de l'hyperespace ou la veuve noire prédatrice sexuelle), son choix d'une histoire de la SF permet à l'auteur de montrer aussi l'espace d'expression et d'expérimentation qu'elle représentait pour des auteurs voulant questionner les rôles traditionnellement attribués à chacun des sexes.

Même si certaines parties et les couplets sur certains auteurs (on pensera à Le Guin ou à l'inévitable Jones) sont prévisibles, on louera Attebery d'avoir utilisé sa grande connaissance du genre pour sortir de temps en temps de la sainte trinité Russ-Charnas-Piercy en nous parlant de Arnason, Bradley ou Vinge. Il est juste dommage que l'auteur utilise une partie de son dernier chapitre pour défendre sa propre anthologie, une discussion qui aurait plus sa place dans un forum ou une revue critique.

En tout cas, un des meilleurs ouvrages sur ce sujet, une réflexion et une présentation originale qui sort du traitement habituel de ce sujet, à savoir le discours formaté qui est caricaturé par McKnight dans un numéro de la revue de la SFRA : "men bad, women good; science fiction by bad men sexist, science fiction by good women not sexist".
Note GHOR : 3 étoiles
09:05 Publié dans Ouvrages thématiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anglais, 3 étoiles
15.09.2009
_D'Asimov à Tolkien : Cycles et séries dans la littérature de genre_
D'Asimov à Tolkien : Cycles et séries dans la littérature de genre : Anne BESSON : CNRS Editions (série "CNRS Littérature") : 2004 : ISBN-10 2-271-06277-2 : 250 pages (y compris bibliographie et index des oeuvres du corpus) : 24 Euros pour un TP.

Cet ouvrage a pour but de se pencher sur les phénomènes de cycles (ou de séries) dans la littérature. Même si c'est un concept assez ancien, Anne Besson a fait le choix de l'étudier dans le contexte des littératures de genre (c'est à dire tout ce qui porte une étiquette). En effet, ce mode de production et de consommation y est particulièrement fréquent au sein du genre policier et, ce qui nous intéresse ici, dans l'ensemble SF&F&H. Au travers de l'étude d'un petit nombre de cycles (pour la SF : Dune, Fondation, Hyperion, Ekumen & Mars, pour la Fantasy et genres associés La tour sombre et La Terre du milieu) l'auteur va tenter de mieux cerner ce phénomène.

Cet essai est divisé en deux parties principales. La première, composée de deux chapitres vise d'abord à poser les définitions des termes employés (cycle, série, saga...), qui sont souvent (y compris par moi) employés par facilité comme plus ou moins synonymes. Ce premier point étant acquis (cycle=continuité, série=discontinuité) et comme dans la pratique les séries pures sont actuellement assez peu fréquentes, le deuxième chapitre détaille les méthodes de construction propres aux cycles. Si la première partie se plaçait plutôt du côté de la production du texte, La seconde est plus centrée sur la réception du texte par les lecteurs. A la fois par l'évaluation des stratégies de lecture suivant le points d'accès initial à l'ensemble que par l'exploration des thèmes du temps et de la mémoire qui sont physiquement liés à l'acte de lecture d'un cycle. Une bibliographie primaire et secondaire conséquente ainsi qu'un index complètent l'ouvrage.

Voici un essai qui fait plaisir à lire et qui montre que la cause des "SF Studies" n'est pas forcément complètement perdue dans le monde universitaire français. Bien sûr, je n'ai guère d'avis très dévelopé sur la partie (un gros tiers) de l'ouvrage consacrée au domaine du polar, mais celle traitant de la SF est d'un très bon niveau. On voit clairement que le travail nécessaire a été fourni (la bibliographie secondaire l'atteste) et le résultat est parfaitement clair dans ses définitions et complètement en accord avec mon expérience de lecteur. Un livre qui se lit d'une traite et qui évite généralement le jargon spécialisé de l'analyse littéraire, ce qui est normal vu que la problématique des cycles est aux confins de plusieurs domaines (créatif mais aussi éditorial ou tout simplement économique). C'est d'ailleurs l'aspect économique qui est le plus mal loti puisque les motivations de cet ordre sont assez peu évoquées alors qu'elles sont, dans certains cas, centrales et qu'elles sont de toute façon la sanction ultime de ces ensembles littéraires. Si Campbell force littéralement Asimov à lui écrire Second foundation, ce n'est pas par amour de l'art mais bien pour relancer la machine Astounding suite à la désaffection des lecteurs pour le genre juste après la 2GM.

Le seul bémol que je ferais est que divers indices laissent penser que Besson n'est pas vraiment une spécialiste du genre ce qui peut parfois parasiter son discours. Le classement de la série Ekumen/Hain entre SF et Fantasy, un mode d'analyse du pourcentage d'oeuvres appartenant à des cycles dans le catalogue J'ai Lu au pur pifomètre ("...faute d'une connaissance personnelle de toutes ces oeuvres...") ou des approximations bibliographiques (des nouvelles oubliées chez Robinson, des dates de parutions originales fausses, des éléments de cycles omis...) sont révélateur d'une connaissance assez limitée du genre, une connaissance que le faible nombre (et la qualité parfois passable) d'ouvrages de référence sur la SF consultés (ou du moins cités) n'a visiblement pas permis d'augmenter significativement (c'est d'ailleurs une impression que j'avais aussi eue en lisant Langlet). Du coup, et sans critiquer la qualité du livre et de travail de l'auteur, on se dit que cet édifice est peut-être bâti sur un nombre trop limité d'exemples et qu'il aurait peut-être gagné encore en qualité en prenant en compte un échantillonnage plus vaste. En effet, Besson ne cite et n'utilise qu'une grosse douzaine de cycles de SF (en gros les plus connus sauf peut-être le Effinger) alors que n'importe quel amateurs de SF est capable d'en évoquer plusieurs centaines.

Malgré le point évoqué plus haut et le fait que la convergence que l'on peut constater (sous l'influence de l'écriture télévisuelle) vers une forme hybride des deux types (le cycle et la série) étudiés peut avoir tendance à brouiller la typologie mise en place par l'auteur, cet ouvrage est à la fois une mise au point très intéressante et une acquisition obligatoire pour tout amateur du genre.
Note GHOR : 3 étoiles
09:03 Publié dans Ouvrages thématiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : français, 3 étoiles
14.09.2009
_The Darkover dilemma : Problems of the Darkover series_
The Darkover dilemma : Problems of the Darkover series : S. WISE : T-K Graphics : 1976 : pas d'ISBN : 28 pages (pas d'index ni de bibliographie) : prix inconnu pour un chapbook assez difficile à trouver.

La série Darkover (Ténébreuse en VF) a toujours exercée une grande attirance sur une partie (plutôt féminine, attirée initialement par les Libres Amazones du lieu) des amateurs de SF. Grâce à l'attitude plus que bienveillante de Marion Zimmer Bradley (qui a largement ouvert les portes de son univers), il s'est crée une sorte de fandom spécialisé uniquement consacré à cette longue (plusieurs dizaines de romans et de nombreuses nouvelles) entreprise littéraire. Cet ouvrage est probablement l'une des premières manifestations concrète de cette mouvance.

Ce court essai est à la fois une sorte d'arrêt sur image sur l'état de la série au milieu des années 70 (le dernier titre considéré étant The heritage of Hastur qui date de 1975) et une tentative d'en dégager les inévitables (puisque MZB semblait initialement ne pas avoir de "bible" pour sa série) problèmes de continuité. La première moitié de ce livre est donc une sorte de guide de Darkover, son histoire, ses habitants et ses coutumes qui s'appuie exclusivement sur des citations de l'auteur. La seconde partie liste, roman par roman, les diverses inconsistances que l'on peut y trouver. Cela va de la simple négligence de l'auteur (un personnage qui en connaît un autre par son nom page 28 de The spell sword et qui lui demande quand même comment il s'appelle page 36) à des questions de fond qui attendent une réponse (comme les hybridations entre les races de Darkover).

Etant peu familier avec l'oeuvre de Bradley, j'ai donc logiquement été plus intéressé par la première partie qui permet d'avoir un tableau assez clair du cadre de ce cycle important sans l'avoir lu. Ce tableau n'est d'ailleurs pas dépourvu d'esprit critique ce qui est rafraîchissant pour un texte de fan. Pour la seconde moitié, les interrogations soulevées par Wise d'une façon en tout cas bien argumentée me sont complètement passées au-dessus de la tête. Je laisse à des experts es-Darkover le soin de préciser si elles sont pertinentes et si MZB a pu, dans les ouvrages suivants, en corriger certaines.

Un livre qui parlera évidemment plus aux fans de MZB mais qui est un très bon exemple de la qualité et de l'intensité de l'appropriation de certains univers par les fans.
Note GHOR : 1 étoile
08:12 Publié dans Ouvrages thématiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : anglais, 1 étoile, bradley
10.09.2009
_Cyberpunk _
Cyberpunk : Andrew M. BUTLER : Pocket Essentials (série "Pocket Essential Litterature") : 2000 : ISBN-10 1-903047-28-5 : 96 pages (y compris bibliographie mais pas d'index) : coûtait 4GBP pour un poche.

Ce livre fait partie d'une collection britannique dont le principe est assez similaire à nos "Que sais-je ?" français. Ce sont des petits guides qui ont pour vocation de faire le tour d'un sujet dans un format aisément transportable. Les sujets couverts sont essentiellement du domaine du cinéma ou des littératures de genre (on notera un opus sur PKD). Cet ouvrage qui vise à faire le tour du Cyberpunk, un sous-genre de la SF à l'existence météorique a été écrit par Andrew M. Butler, une des figures du genre en Grande-Bretagne, membre influent de la BSFA et de la SF Foundation.

Le livre est divisé en sept parties d'une dizaine de pages chacune : 1) "Introduction" qui est en fait une histoire complète du mouvement, de ses précurseurs à ses successeurs ou opposants; 2) "Consensus hallucinations" qui discute des textes centraux du mouvement (ceux de Gibson et Sterling); 3) "The Cyberpunk movement" sur les autres membres déclarés du groupe (de Bear à Shirley); 4) "Post-cyberpunk" qui traite des héritiers du CP dont le plus célèbre est indiscutablement Stephenson; 5) "Cyberpunk-flavoured fiction" sur les écrivains qui ont utilisé l'esprit CP dans des textes ou l'informatique était pourtant absente (de Egan à Womack); 6) "Cyberpunk goes to the movies" qui parcourt les films CP, du fondateur Blade Runner au blockbuster Matrix; 7) "Resource material" une bibliographie primaire (essentiellement) couvrant les textes et les oeuvres audiovisuelles et secondaire (y compris sites web). On notera que les six premières parties se focalisent sur les oeuvres avec une originale grille de lecture constituée de plusieurs rubriques standards typiques du sous-genre (le décor, le héros, la femme fatale, l'angle d'attaque, le style, les bas-fonds et le résultat). Ce livre ne comporte pas d'index.

Comme on pouvait s'y attendre de la part d'un expert comme Butler, le livre remplit parfaitement sa mission. Il présente un des meilleurs panorama de ce sous-ensemble si particulier de la SF. Même si sa concentration sur les textes peut éventuellement occulter les éléments historiques d'une genèse mouvementée, on ressort de cet ouvrage avec une vision claire à la fois du Cyberpunk lui-même mais aussi de toutes les réactions (positives ou négatives) qu'il a pu susciter et de l'héritage qu'il a laissé au reste du genre (on pensera au NSO).

On remerciera aussi Butler de nous avoir épargné de longues tirades convenues sur le Steampunk et de penser à mentionner les "opposants" au CP. Le seul point surprenant est le fait que le roman de Sterling Islands in the net ne soit pas traité alors que son appartenance au Cyberpunk paraît difficile à nier.

Un ouvrage synthétique, complet, maîtrisé et pas cher, que demander de plus ? Simplement plus de pages pour permettre à Butler d'approfondir un vaste sujet.
Note GHOR : 2 étoiles
09:36 Publié dans Ouvrages thématiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anglais, 2 étoiles, cyberpunk
02.09.2009
_The creation of tomorrow : Fifty years of magazine science fiction_
The creation of tomorrow : Fifty years of magazine science fiction : Paul A. CARTER : Columbia University Press : 1977 : ISBN-10 0-231-04211-6 : 318 pages (y compris index) : coûtait 7 USD pour un TP illustré en N&B, existe aussi en HC qui semble avoir eu au moins trois impressions.

Présenté par la quatrième de couverture comme une "illustrated history of magazine fiction", cet ouvrage de Paul A. CARTER (un connaisseur du genre, juré du Campbell Award) est plus proche d'une histoire du développement de certains thèmes au travers des pulps (de leur naissance en 1926 au milieu des années 70) qu'une histoire éditoriale des magazines de SF. En gros, on est plus près de Moskowitz (qui cherche à déterminer les filiations des grands concepts du genre) que de Ashley (qui a une approche plus socio-économique de l'évolution de ce secteur de la SF).

Pratiquement, ce livre est divisé en onze chapitres (dont les deux premiers ne sont pas inédits). Il commence par une sorte de présentation globale de la scène des magazines SF. Suivent ensuite une dizaine de parties qui tracent chacune l'histoire d'un thème particulier (la conquête de la Lune, Hitler et les nazis, les utopies, le post-apocalyptique...) ou de ce que l'on pourrait assimiler à un sous-genre (space-opéra, time-opéra). Cette analyse se fait donc dans l'ordre chronologique et s'appuie sur une certain nombres de textes issus des magazines (pas toujours d'ailleurs comme le montre l'inclusion de The sound of his horn ou Dhalgren) dont Carter montre les changements de perspective ou de préoccupation principale. Un dernier chapitre donne diverses pistes de recherche (bibliographies, ouvrages de référence, collections de magazines conservées par des universités...). Un index thématique clôt ce livre qui est en plus agrémenté d'une vingtaine d'illustrations intérieures reprises des pulps (on en retrouvera certaines chez Sadoul). La reproduction est de qualité et l'impression en N&B correspond bien à leur apparence initiale.

Il faut bien comprendre que Carter n'est probablement pas dans une démarche historique exhaustive ou synthétique, chose impossible en 300 pages comme le montre la taille atteinte par un tel travail chez Ashley. Il nous convie plutôt à une relecture des trésors que recèlent ces magazines. Ses recherches lui permettent d'ailleurs de bousculer, preuves à l'appui, certaines idées reçues comme le racisme que l'on a toujours affirmé comme étant omniprésent dans les pulps.

L'impression qu'il reste est celle d'un ln livre très agréable à lire, qui mélange informations précises, anecdotes et discussions pointues de textes tant connus que plus rares, assez proche dans l'esprit de l'histoire de la SF de Sadoul. C'est aussi un ouvrage qui permet de remettre en perspective des auteurs importants mais maintenant oubliés comme Schachner, Del Rey ou Weinbaum. L'existence récente de textes nettement plus fouillés sur le même thème (Ashley mais aussi Westfahl) font hélas que ce côté "léger" est un peu moins séduisant de nos jours. Pour relativiser cette déception, il faut quand même se souvenir que c'est un livre qui a désormais plus de trente ans.

Note GHOR : 2 étoiles
13:49 Publié dans Ouvrages thématiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anglais, 2 étoiles
27.08.2009
_Cosmic engineers : A study of hard Science Fiction_
Cosmic engineers : A study of hard Science Fiction : Gary WESTFAHL : Greenwood Press (série "Contributions to the study of SF & F" #67) : 1996 (pour la première impression) : ISBN-10 0-313-29727-4 : 148 pages (y compris index et bibliographie) : coûtait 50 USD pour un HC sans jaquette sur mon exemplaire, qui, au vu de la ligne de chiffres de la page de garde est une deuxième impression.

La Hard Science est, en bon sous-ensemble de la SF, un sous-genre de celle-ci qui pose exactement les mêmes problématiques de définition. De la même façon que l'on s'amuse depuis des lustres à tenter de définir la SF en une jolie expression synthétique, on essaie (certes depuis un peu moins longtemps) d'isoler les caractéristiques propres à la Hard Science. C'est donc Gary Westfahl qui s'attelle à cette tâche dans cet ouvrage paru chez Greenwood, un des spécialistes de l'édition d'ouvrages de référence, essentiellement à destination des bibliothèques.

Organisé en sept chapitres principaux partiellement inédits (ainsi qu'une introduction et une conclusion), ce livre peut se diviser en deux grandes parties. La première est consacrée à la Hard Science "en général" et couvre l'histoire du concept (de Gernsback jusqu'à la fin des années 80), fait participer les auteurs (principalement Hal Clement) en montrant comment ce sous-genre est perçu par ceux-ci et quelles sont les procédures d'écriture qui lui sont propres et revient finalement dans le passé pour découvrir d'autres exemples de HS dans la proto-SF. Cette partie est suivie par trois chapitres consacrés chacun à une oeuvre emblématique : A fall of Moondust (Clarke), Mission of gravity (Clement) et Between the strokes of night (Sheffield). L'ouvrage se termine par une bibliographie (qui ne liste que les ouvrages cités dans le texte et renvoie pour le reste à un article de SFS) et un index.

Comme à son habitude le travail de Westfahl est de qualité, mêlant recherches approfondies et opinions tranchées (voire polémiques). Les parties historiques sur l'émergence du concept au sein de l'ensemble plus vaste qu'est la SF sont particulièrement intéressantes et permettent surtout de ce rendre compte du flou générale qui entoure cette notion de HS. Entre SF relativement rigoureuse à la Anderson, extrapolations scientifiques à la Benford et "TP de physique" à la Clement, on trouve un vaste spectre de textes. Du coup, il n'est pas étonnant que HS soit parfois employé comme simple synonyme de SF, la partie devenant alors le tout.

Malgré ses qualités, deux points principaux m'ont gêné dans cet ouvrage. Le premier est d'ordre strictement mercantile, à savoir que 150 pages (dont 30 d'annexes), très aérées et seulement partiellement inédites pour la modique somme de 50 USD représentent un tarif aux limites de l'acceptable. Le second est lié au choix des ouvrages étudiés en profondeur dont deux (le Clarke et le Sheffield) me semblent se situer aux marges de la Hard Science. Un esprit soupçonneux pourrait d'ailleurs penser que l'inclusion du texte sur Clarke (une assez banale histoire d'exploration lunaire proche de l'anticipation technologique) est due au fait qu'il s'agit d'une reprise d'un travail déjà effectué.

C'est malgré tout un ouvrage qui offre de nombreuses pistes de réflexion et d'interrogation sur un sujet problématique ("la Hard Science c'est quoi ?") à partir d'éléments factuels et historiques indiscutables.
Note GHOR : 2 étoiles
10:08 Publié dans Ouvrages thématiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anglais, 2 étoiles, westfahl
02.07.2009
_Biotechnological and medical themes in science fiction_
Biotechnological and medical themes in science fiction : Domna PASTOURMATZI : University Studio Press : 2002 : ISBN-10 960-12-1133-0 : 512 pages (y compris index) : un gros TP parfois illustré en N&B pas très solide ne comportant pas de prix (il semblait possible de demander des exemplaires gratuits à l'auteur).

C'est un drôle de livre que celui-là. Publié par un éditeur grec mais écrit à 95% en anglais (il y a quelques articles en grec avec l'alphabet adéquat), financé par le ministère Grec de la culture et de surcroît gratuit, il est donc logiquement assez peu commun. Il rassemble des interventions faites lors d'une conférence tenue en 2001 à Thessalonique et dont le sujet est donc la biotechnologie et la médecine telles que vues par la SF.

L'ouvrage contient 31 essais qui se divisent en huit parties d'une importance variable (de trente à une centaine de pages) : les nouvelles techonolgies (médicales); leur impact sur l'exploration spatiale; les transplantation d'organes; le clonage; les représentations cinématographiques; les post-humains; les approches des innovations biotechnologiques et la vision grecque de ces thématiques. Un index squelettique termine l'ouvrage. Pour ce qui est des auteurs des essais, les contributeurs grecs (me) sont inconnus (et les articles dans leur langue sont illisibles pour un non locuteur puisqu'ils ne sont pas traduits) et pour les autres on notera le peu d'acteurs connus du genre tant universitaires (Suvin et Blackford) ou qu'auteurs (Nordley, Sloncewzki).

Malgré un sujet potentiellement intéressant, c'est au final un ouvrage assez décevant. J'ai du mal à dire pourquoi précisément mais c'est sans doute à cause de la faiblesse des contributions individuelles et d'un manque d'articles de fond capables de replacer ce thème dans la trame globale du genre. A la place, on a une succession de textes sur des oeuvres uniques et bien souvent obscures (en tout cas pour moi) qui peine à dégager des lignes claires sur l'attitude de la SF face aux problèmes éthiques ou simplement pratiques posés par l'évolution de la technologie.

Une tentative originale venue d'un pays absent de la carte du genre, mais qui demanderait à être approfondie. Malgré tout, pour un ouvrage gratuit (à l'époque) c'est une affaire.
Note GHOR : 1 étoile
09:28 Publié dans Ouvrages thématiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anglais, 1 étoile, grec


