26.10.2009

_Edging into the future : Science fiction and contemporary cultural transformation_

Edging into the future : Science fiction and contemporary cultural transformation : Veronica HOLLINGER & Joan GORDON (éditrices) : 2002 : University of Pennsylvania Press : ISBN-10 0-8122-1804-3 : 278 pages (y compris bibliographie et index) : disponible chez l'éditeur à 27.5 USD pour un TP (existe aussi en HC), voir http://www.upenn.edu/pennpress/book/13759.html.

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Cet ouvrage est un recueil d'essais inédits qui veulent placer la SF au coeur des disruptions culturelles actuelles. Cette évolution se manifeste par la dissolution des frontières entre genres cousins ou même à l'intérieur de la Science Fiction et aussi par l'irruption d'une sensibilité et d'une lecture "postmoderniste" dans les textes. Les contributeurs sont ici plutôt du haut de gamme et l'on y relèvera (pour les plus connus) les noms de Wolfe, Landon, Attebery, Stableford, Jones ou Csicsery-Ronay.

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Composé de treize essais d'une petite vingtaine de pages chacun, cet ouvrage est divisé, après une classique introduction, en les trois sections suivantes : 1) "Genre implosion" qui groupe trois textes sur la dissolution des barrières au sein du genre (Wolfe) ou entre la SF et la musique (un essai inclassable de Olsen); 2) "Imploded subjects and reinscripted bodies" rassemble cinq chapitres sur les problématiques de corps et de l'identité avec une attention portée sur l'hermaphroditisme, le transhumanisme ou la cyborgisation (on y retrouvera Cadigan, Le Guin, Morrow ou Jones); 3) "Reimagined apocalyspes and exploded communities" soit cinq textes sur l'apocalypse et la communauté (sic) dont deux d'auteurs analysant leurs propres écrits (Jones et Stableford). Le livre se termine par plusieurs pages de notes, une bibliographie importante (quinze pages) et un index.

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Un des grands moments de la lecture de cet ouvrage est la tentative des éditrices de mettre un peu d'ordre et surtout de logique dans ce recueil. A grand coup de justifications fumeuses et de titres de section à rallonge (voir plus haut), un découpage très arbitraire à été déterminé. C'est un remarquable ratage avec une section finale qui mêle par exemple apocalypse, Kairos (de Jones), first contact et géopolitique du futur.

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Ce reproche est de pure forme et ne doit pas masquer la qualité de certains essais même si, comme d'habitude, un net effet de mode est perceptible en matière de choix des auteurs ou des textes évoqués (un petit coup de Le Guin, une pincée de Jones et un zeste de Gibson) et en matière de discours où le post-machin (humain, moderne) se rencontre à presque chaque ligne. Le tout forme un ensemble compétent mais complètement hétérogène thématiquement qui peut donc se lire par petits bouts pour un résultat plus qu'honorable.

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Note GHOR : 2 étoiles

21.10.2009

_Earth is the alien planet : J. G. Ballard's four-dimensional nightmare_

Earth is the alien planet : J. G. Ballard's four-dimensional nightmare : David PRINGLE : 1979 : Borgo Press (série "Milford" #26) : ISBN-10 0-89370-238-2 : 63 pages (avec bibliographies mais pas d'index) : coûtait 3 USD pour un petit TP qui semble peu fréquent (il semble aussi exister sous forme de HC).

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Empruntant son titre à une célèbre citation de l'auteur ("The only truly alien planet is Earth"), cet ouvrage fait partie de la collection de petites monographies éditées par Borgo et consacrées (en général) à des auteurs du genre. Réalisé par David Pringle, un des acteurs clés de la SF britannique (rédacteur en chef d'Interzone et de Foundation, auteur d'ouvrages de référence), il constitue l'une des premières tentatives d'analyse de l'oeuvre de Ballard, un écrivain qui, à l'époque, n'avait pas atteint les sommets de popularité de ces dernières années qui lui ont permis de renier le genre qui l'a fait vivre.

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Ce court essai est donc divisé en quatre parties inégales : "Introduction" qui traite en fait plutôt des nouvelles de Ballard, "The fourfold symbolism" (partie issue d'un article paru dans Foundation) sur les quatre romans catastrophe, "Ballard's characters" qui étudie les types de personnages habituels de Ballard (la vampiresse/Lamia, le fou et le roi) et "Ballard's themes" qui évoque les deux thèmes favoris de l'auteur, le vol et l'emprisonnement. Comme dans les autres volumes de la série, il n'y a pas d'index mais une bibliographie primaire limitée et une secondaire comparativement plus étoffée.

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Même si cet ouvrage souffre d'une maquette remarquablement peu aérée (le défaut de cette série qui a généralement du mal à "passer" dans la soixantaine de pages allouées), il n'en est pas moins d'une lecture agréable. Ceci grâce à l'érudition de Pringle et au fait que les textes étudiés sont ceux de Ballard qui sont le plus identifiables comme appartenant clairement à la SF même si on reste toujours dans l'anticipation proche.

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Bien sûr, vu le récent côté "culte" de Ballard, il existe d'autres ouvrages qui lui sont consacrés (Baxter ou Luckhurst) qui sont à la fois plus fouillés (plus volumineux) et plus récents. Le livre de Pringle reste néanmoins celui qui est le plus proche de la communauté SF et au final peut-être le plus pertinent dans la mesure où il n'est pas "encombré" par les habituelles digressions sur les films tirés des oeuvres autobiographiques de l'auteur.

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Au final, cet essai représente une bonne introduction au Ballard écrivain de SF, ce qui est après tout ce qu'on lui demande.

 

Note GHOR : 2 étoiles

16.10.2009

_Dreamer of Dune : The biography of Frank Herbert_

Dreamer of Dune : The biography of Frank Herbert : Brian HERBERT : 2004 : Tor : ISBN-10 0-765-30647-6 : 576 pages (y compris annexes et index) : 17 USD pour un épais TP avec cahier central de photographies N&B, à noter que cet ouvrage est un reprise en TP du HC publié l'année précédente (Avril 2003) chez le même éditeur.

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Cet ouvrage est, comme son sous-titre l'indique, une biographie de Frank Herbert. On ne présente plus ce dernier, essentiellement connu comme l'auteur de nombreux best-sellers situés dans l'univers de Dune, une franchise qui, sous la plume de Brian Herbert et Kevin J. Anderson, continue à livrer un nouvel opus chaque année. Cette biographie est d'ailleurs l'oeuvre du premier cité, l'un des fils de Frank Herbert.

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En partie basée sur le journal de Brian Herbert, cette biographie suit l'ordre chronologique habituel (de 1864 à 1986). Constituée d'une grosse quarantaine de chapitres, elle se trouve divisée en trois parties principales correspondant peu ou prou à un lieu d'habitation de la famille Herbert (La Californie, la région de Seattle et enfin Hawaï). La narration se partage en parts plutôt inégales entre Herbert l'écrivain (la partie la plus petite) et Herbert le père de famille (la plus importante). Pour illustrer l'ensemble un cahier photographique de seize pages est inséré au milieu du livre et propose des photos en N&B de la famille Herbert, photos d'une qualité assez moyenne à cause du papier sur lequel elles sont imprimées. L'ouvrage se termine par plusieurs annexes : une bibliographie complète de Herbert père (fiction & non-fiction) plutôt mélangée et assez limitée en information, des bibliographies pour les enfants Herbert, une bibliographie secondaire et un index.

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Globalement cette biographie est plutôt intéressante pour découvrir les facettes inconnues de l'auteur en particulier dans sa sphère familiale où tout n'était semble t-il pas rose. Cette proximité du biographe avec son sujet colore d'une façon plutôt importante le livre qui pourrait parfois s'intituler Moi et mon père. En effet, outre cette relation complexe qui est largement développée, certains passages du livre laissent plutôt l'impression qu'il est plus l'autobiographie de Brian que la biographie de Frank.

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Il n'en reste pas moins que, une fois débarassé de l'encombrant fils qui règle quelques comptes avec son père grâce à ce livre (et malgré des passages un peu lourds à la gloire de ce dernier), il reste suffisamment d'information dans ce volumineux ouvrage pour satisfaire les lecteurs intéressés par le métier d'écrivain et ses difficultés ou par la carrière et les sources d'inspiration d'un auteur célèbre. Au final un livre offrant un bon éclairage sur l'auteur malgré certaines longueurs (au début par exemple).

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Note GHOR : 2 étoiles

15.10.2009

_Dream makers Volume II_

Dream makers Volume II : The uncommon men & women who write science fiction : Charles PLATT (intervieweur) : 1983 : Berkley : ISBN-10 0-425-05880-8 : 300 pages (pas d'index) : coûtait 7 USD pour un TP avec quelques photos, semble se trouver aisément d'occase.

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Comme son titre l'indique, cet ouvrage est la suite de Dream makers (voir http://ghor.hautetfort.com/archive/2009/10/13/32018629980...) du même auteur. Il s'agit donc là aussi d'un recueil d'interviews d'acteurs du monde de la SF (la Fantasy est explicitement exclue) réalisées entre 1981 et 1982 par Charles Platt. L'échantillon des interviewés est, aux dires de l'auteur, plus éclectique et aussi plus féminisé (c'est un repoche qui avant été fait au volume précédent). On trouve donc un mix de quelques stars de l'époque ou qui allaient le devenir (Clarke, Vance, King mais pas Heinlein), quelques auteurs plutôt connotés à droite (Niven, Pournelle), des valeurs établies (Anderson, Leiber, Sturgeon), un important contingent de femmes (Tiptree, Russ, Morris, Vinge, Reed, Norton), des éditeurs (Wollheim, Ferman), une caution littéraire (Burroughs), un futurologue (Toffler), un gourou (Hubbard, à moins que ce ne soit son secrétaire) et un illustre (pour moi) inconnu (D. M. Thomas, dont le titre de gloire semble être d'avoir écrit The white hotel).

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Les vingt-huit interviews (+ le profil de Platt) ne sont pas toutes inédites (parution dans IASFM ou SFR pour un dizaine d'entre elles). Elles suivent le même principe, à savoir une retranscription mise en forme d'un enregistrement d'une durée d'une à deux heures fait au domicile de l'auteur interrogé. Ceci permet à Platt de détailler le cadre de vie des écrivains et de donner divers détails sur la gestuelle ou le ton des interviewés. Une courte notice bibliographique suit toujours chaque pièce et une bibliographie secondaire sommaire (une quinzaine de références) fait son apparition. Toujours pas d'index.

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Le côté un peu atypique de ces interviews est parfois assez saisissant comme celle de Laumer (après son AVC) où Platt nous décrit la maison de l'auteur comme étant entouré d'une trentaine de carcasses de Mercury Cougar de 1968 et nous décrit deux heures assez pénibles passés un personnage cyclothymique. Un autre grand moment est l'interview (sic) par courrier de Hubbard avec à la fin une sorte de document graphologique qui atteste qu'elle est bien authentique.

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Un ensemble de documents certes datés mais qui contiennent des informations précieuses relatives à certains auteurs peu connus (Morris, Pournelle, Reed). Dans ces cas, ce sont des pièces rares.

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Note GHOR : 2 étoiles

13.10.2009

_Dream makers_

Dream makers : The uncommon people who write science fiction : Charles PLATT (intervieweur) : 1980 : Berkley : ISBN-10 0-425-04668-0 : 284 pages (pas d'index) : coûtait 2.75 USD pour un PB avec quelques photos, se trouve aisément d'occase pour une petite dizaine d'Euros.

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Cet ouvrage est d'un type qui apparaît occasionnellement dans le genre, à savoir un recueil d'interviews. Il s'agit ici de vingt-huit (couvrant vingt-neuf personnes puisque comprenant le couple Knight & Wilhelm) pièces réalisées à la fin des années 70 (essentiellement 1978-1979) par Charles Platt, auteur de SF et responsable (entre autres casquettes) de New Worlds. Les personnages choisis par Platt sont essentiellement des auteurs (on notera la présence de Hank Stine, rédacteur en chef de Galaxy à l'époque) et représentent un bon échantillon du genre en mêlant les grands noms (Asimov, Van Vogt, Dick), les membres de la New Wave (Disch, Moorcock, Ballard), les petits nouveaux (Stine, Benford, Watson), les auteurs établis (Farmer, Silverberg, Ellison), un héritier des pulpsters (Tubb) et même un mort (Kornbluth par le truchement de sa veuve).

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Chacune des interviews (d'une durée d'environ 90 minutes) a été enregistrée par Platt, généralement au domicile des auteurs. L'ensemble a été ensuite mis en forme et se présente comme un texte (de quelques pages) construit où Platt insère diverses transitions informatives (plus ou moins longues) entre les réponses à ses questions (qui n'apparaissent généralement pas). Le tout est encadré par une courte introduction (qui décrit les lieux et les auteurs) et une conclusion suivie d'une notice bibliographique. Un autoportrait de l'intervieweur conclut un ouvrage qui hélas n'offre pas d'index.

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Le résultat du travail de Platt est presque à prendre comme une oeuvre à deux mains où les paroles de l'auteur interviewé sont agrémentées des apports de l'intervieweur qui, outre des détails anecdotiques, transforme une suite de questions-réponses en un récit cohérent permettant d'appréhender l'évolution de l'auteur (et du genre) grâce à des éléments contextuels. Bien sûr, l'air de l'époque étant à la New Wave (on était à l'époque à la fin du mouvement), c'est un sujet qui est particulièrement présent à la fois dans le panel d'auteurs et dans le questionnement de Platt, ce qui, trente ans plus tard, diminiue l'intérêt de l'ouvrage.

A mile beyond the moon (Macfadden 1966).jpg

L'absence d'un canevas standard fait aussi que certaines interviews partent dans des directions inattendues (style petits potins) ou parfois loin du genre comme Van Vogt sur la psychanalyse ou Herbert sur l'informatique naissante. Du coup, même si le tout reste agréable à lire, l'utilité de ces rencontres est parfois assez limitée pour un usage de réflexion sur la SF.

 

Note GHOR : 2 étoiles

09.10.2009

_Doc First Galactic Roamer_

Doc First Galactic Roamer : Stephen C. LUCCHETTI : 2004 : NESFA Press : ISBN-10 1-886778-58-2 : 147 pages : coûte 21 USD en neuf chez l'éditeur (www.nesfa.org) pour un petit HC sans jaquette.

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Cet ouvrage est une bibliographie commentée de E. E. Doc Smith. Cet auteur, un vétéran des pulps, est généralement présenté comme ayant inventé le space-opéra. On lui doit principalement deux cycles majeurs : celui des "Lensman" (seul intégralement traduit en VF sous le nom de Fulgurs chez Albin-Michel) et celui des "Skylark", le plus ancien (dont seul le premier volume a été traduit au Rayon Fantastique). C'est aussi l'un des premiers auteurs dont le nom avait un telle valeur commerciale qu'il s'est retrouvé appliqué sur des ouvrages postérieurs qui n'étaient pas (ou presque pas) de sa main. Smith était tellement populaire qu'il existe au moins deux séries ayant utilisé ce principe : la série "Family d'Alembert" (10 romans écrits par Stephen Goldin) et la série "Lord Tedric" (4 volumes écrits par Gordon Eklund).

The imperial stars (Panther 1976).jpg

Cette bibliographie est assez éloignée du modèle relativement standard de ce type d'ouvrage. Elle débute par une préface de Frederik Pohl, une réminiscence de la petite-fille de Smith et un avant-propos de l'auteur qui en profite pour lister ses sources et les récipiendaires du Skylark Award. Suivent une chronologie de l'auteur (chapitre 1) et la liste des premières parutions des textes de Smith (fiction et non-fiction). Le chapitre 3 est le coeur de l'ouvrage puisqu'il s'agit de la bibliographie de tous livres de Smith (y compris les ouvrages seulement "inspirés" par lui). Le classement est normalement alphabétique mais les séries sont regroupées ensemble. Lucchetti a tenté de recenser toutes les éditions dans tous les pays (du Mexique à la Chine). Les informations données pour chaque version sont assez limitées (date, numéro et illustrateur). Le chapitre 4 revient sur les parutions en magazine de textes de ou sur Smith. Le chapitre 5 est une sorte de bibliographie secondaire combinée à la liste des adaptations des oeuvres de l'auteur. Deux longues annexes terminent le livre, la première étant un listing de tous les éléments précédents par magazine de parution, la seconde ventilant les mêmes données par ordre chronologique.

Masters of the vortex (Pyramid 1970).jpg

Il faut bien évidemment reconnaître la très grande quantité de travail fourni par Lucchetti au vu du nombre d'impressions différentes d'un même titre (plusieurs par an dans les meilleures années). On remarquera en particulier un traitement assez exhaustif des parutions hors du monde anglo-saxon, une chose assez rare (probablement parce que difficile) pour être signalée.

The best of E E Doc Smith (Orbit 1976).jpg

Malgré cela, mon impression reste assez mitigée sur cet ouvrage. Tout d'abord une impression de fouillis généralisé prédomine. En effet, on trouve des informations identiques dans diverses sections dont la logique n'est pas toujours très claire. Pourquoi un chapitre sur les premières parutions alors qu'elles se lisent immédiatement dans les suivants ? Pourquoi les informations relatives à des nouvelles anthologisées se trouvent-elles dans le chapitre sur les livres de Smith ? La tendance à une duplication effrénée (des parties sont reproduites à l'identique dans deux chapitres consécutifs) augmente artificiellement la taille du livre et nuit à une utilisation aisée. De plus, certaines données rassemblées par l'auteur (les conventions auxquelles Smith a participé, les Skylark Awards) ne sont pas d'un intérêt évident.

La curée des astres (RF 1954).jpg

On pourrait penser que l'auteur presque voulu en faire trop, et ce faisant, a conçu un ouvrage trop riche en redondances et complexe à manipuler. Il aurait peut-être mieux valu plus travailler les nouvelles (la parution de Le briseur de tourbillon en VF étant par exemple omise) et surtout adopter la présentation standard (A les textes en volume, B les livres, C le reste) qui a largement fait ses preuves.

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Au final un gros travail auquel le produit fini ne rend pas forcément hommage. 

First lensman (Granada 1982).jpg

Note GHOR : 2 étoiles

08.10.2009

_Divine invasions : A life of Philip K. Dick_

Divine invasions : A life of Philip K. Dick : Lawrence SUTIN : 1991 : Citadel Twilight : ISBN-10 0-8065-1228-8 : 352 pages (y compris annexes et index) : coûtait 20 USD pour un TP (avec cahier central de photographies N&B), se trouve aisément en VO ou VF au vu du grand nombre d'éditions existantes.

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Comme son sous-titre l'indique, cet ouvrage est une biographie de Philip K. Dick. Cet auteur est l'un de ceux qui fascinent le plus les amateurs du genre, en particulier en France comme l'atteste l'importante (pour notre pays s'entend) littérature qui lui est consacrée (y compris une autre biographie "romancée" par Carrère). Il est d'ailleurs symptomatique de voir que ce titre est l'une des rares biographies d'un auteur de SF à avoir été traduite et qu'il en existe même deux éditions (Denoël "Présences" & Folio-SF). A noter que cet ouvrage est une reprise en format plus accessible de l'EO éditée par Harmony Books fin 1989.

Solar lottery (Arrow 1972).jpg

Ecrite par Lawrence Sutin, un professeur d'université américain, cette biographie suit logiquement le format standard de l'ordre chronologique. Elle est découpée en douze chapitres qui, suivant leur importance dans la vie de l'auteur, couvrent une durée variable. Par exemple un chapitre entier est consacré à l'année suivant les fameuses visions de PKD (1974-1975).  Plusieurs annexes complètent cette biographie : une sorte (puisque n'apportant que le strict minimum en matière de données) de bibliographie commentée et notée (sur 10) qui discute les livres (recueils ou romans), un liste de sources et un index thématique. Un petit (8 pages) cahier central de photos est inséré au milieu du livre mais se révèle d'un rendu d'une piètre qualité (style photocopie) probablement à cause du papier utilisé.

Galactic pot-healer (Berkley 1974).jpg

Il est difficile de reprocher quoi que soit au travail immense de Suvin. Son récit de la vie de l'auteur s'appuie largement appuyé sur la masse des écrits "périphériques" laissés par Dick (certains étant d'ailleurs inédits) et par de nombreuses rencontres avec ses amis, les membres de sa famille ou certains de ses confrères et/ou admirateurs (on croisera fréquemment Jeter ou Bishop). L'ouvrage est très dense, y compris au niveau de la police de caractère (un peu petite) et demande une lecture attentive.

Deus irae (Sphere 1978).jpg

Même je déplore que les éléments bibliographiques soient un peu traités par dessus la jambe, mon principal problème avec ce livre très fouillé est son personnage principal. Pour faire simple, il ressort de tout ceci qui Dick était parfois (souvent ?) "borderline". Du coup, le spectacle de la lente descente aux enfers d'un esprit presque dérangé ne m'a pas particulièrement passionné, d'autant plus que je ne suis pas un grand admirateur de ses oeuvres les plus récentes. Lire des pages sur ses expériences (soit-disant) mystiques et sur la signification de l'univers telle qu'elle lui a été révélée par un rayon rose n'a pu que me conforter dans cette posture.

Le dieu venu du Centaure (Marabout 1977).jpg

Un très bon livre sur un auteur central du genre mais à réserver à ceux qui sont intéressés par le fonctionnement d'un esprit "différent" et auto-destructeur.

 

 Note GHOR : 2 étoiles

29.09.2009

_Demand the impossible : Science fiction and the utopian imagination_

Demand the impossible : Science fiction and the utopian imagination : Tom MOYLAN : 1986 : Methuen (série "University Paperbacks" #943 : ISBN-10 0-416-00022-3 : 242 pages (y compris bibliographie et index) : coûtait 8 GBP pour un petit TP aisément trouvable, existe aussi en HC (-00012-6).

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Ce livre est l'oeuvre de Tom Moylan, un critique plutôt connoté comme marxiste et féministe dans le monde académique anglo-saxon (le premier qualificatif est parfois considéré comme un défaut, le second comme une qualité). Son propos est de nous confronter à ce qu'il appelle les "utopies critiques" par le biais de quatre romans appartenant à ce courant. Pour Moylan, ce genre d'utopie constitue en quelque sorte la troisième génération de textes. Après les premières utopies plutôt statiques et presque trop parfaites est venu le temps des dystopies, sorte d'inverses des précédentes. Finalement, dans les années 60 et dans le sillage des divers mouvements d'émancipation, arrivent ces utopies critiques qui sont certes en réaction vis à vis des excès de la société (libérale) mais proposent aussi un "mode d'emploi" pour réaliser la transition.

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L'ouvrage se divise en deux parties principales. La première ("Theory") expose donc en une cinquantaine de pages cette évolution des écrits utopiques suivant la progression définie par l'auteur. La seconde ("Texts") se consacre, comme son nom l'indique, en une étude détaillée (plus de trente pages) de quatre romans représentatifs de ces utopies critiques : The female man (Russ), The dispossessed (Le Guin), Woman on the edge of time (Piercy) et Triton (Delany). Chacun des romans fait l'objet d'un chapitre qui le situe d'abord dans le contexte général du genre et dans la carrière de l'auteur, puis qui le dissèque méticuleusement avec l'appui de nombreux extraits. Une bibliographie (primaire et secondaire mélangés) et un index complètent l'ouvrage.

The new atlantis (Tor Double 13).jpg

Il n'y a pas grand chose à dire sur les démonstrations de Moylan qui bénéficient de la longueur suffisante pour se déployer, d'une lecture très fine et d'une contextualisation appréciable. On pourra parfois lui reprocher un certain dogmatisme lié à une idée parfois trop bien arrêtée de ce que devrait être une utopie pour ses semblables. On notera aussi certains passages (surtout dans la première partie) parfois un peu pesants. L'ensemble est toutefois abordable et parvient à rendre intéressant un sujet assez austère.

Rocannon's world (Ace Double G-574).jpg

En fait, ce qui est un peu dommage est que, une fois de plus, ce livre fait la démonstration de l'étroitesse du canon acceptable pour les études sur le genre dès lors qu'elles sont issues du système universitaire. Les processus de formation du canon sont certes assez connus (voir Westfahl & Slusser), mais j'avoue que je suis victime d'une overdose massive de LeGuin/Delany/Russ (avec un zeste de Piercy ou Lem), des auteurs importants par la qualité de leur production mais dont l'influence sur la SF "réelle", celle qui est écrite, vendue, lue et par opposition au tout petit monde des "SF Studies" ne semble pas être proportionnelle à leur présence dans les ouvrages académiques.

 

Note GHOR : 2 étoiles

28.09.2009

_Critical encounters : Writers and themes in science fiction_

Critical encounters : Writers and themes in science fiction : Dick RILEY (éditeur) : Ungar (série "Recognitions") : 1978 : ISBN-10 0-8044-2713-5 : 183 pages (pas d'index) : un HC avec jaquette qui se trouve d'occasion pour presque rien, existe aussi en TP (-6732-3).

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Cet ouvrage, que je n'ai acquis que récemment, est (logiquement) le prédecesseur de Critical encounters II (voir http://ghor.hautetfort.com/archive/2009/09/03/fa4b17a1476...). Il s'agit donc d'un recueil d'essais dus à diverses plumes dont la plupart sont assez obscures et assez éloignées du genre si l'on excepte O'Reilly (auteur d'un livre sur Herbert chez le même éditeur et dans la même collection) et des gens comme Fiedler ou Samuelson.

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Dans la pratique, ce livre rassemble neuf textes d'une taille assez homogène (une petite vingtaine de pages) qui se consacrent soit à un auteur, un cycle ou un ouvrage en particulier. On trouve donc, dans l'ordre : Fiedler & Mele sur la série "Robots" d'Asimov, Johnson sur les nouvelles d'invasion (de la Terre ou par les Terriens) de Bradbury, O'Reilly sur Dune, Bucknall sur l'androgynie dans The left hand of darkness, Podojil sur Daughters of Earth de Merril, Menger sur les attraits de Childhood's end, Von Glahn sur The Einstein intersection de Delany, Sackmary sur divers textes de Sturgeon et Samuelson pour une analyse de Stranger in a strange land (Heinlein). Plusieurs pages de notes sont rassemblées à la fin mais l'ouvrage ne comporte pas d'index (une habitude dans cette série).

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Pour ce premier volume, il est clair que le choix des sujets traités a été fait pour attirer un maximum de clients potentiels. Les novices es-SF avec des auteurs ou des oeuvres connus (Asimov, Bradubury, Dune), les étudiants ou le secteur littéraire avec des textes qui figurent dans les cursus universitaires ou qui ont une réputation de sérieux (The left hand of darkness, The Einstein intersection) et même les connaisseurs du genre avec des auteurs appréciés en interne (Sturgeon) ou des textes moins connus (Merril).

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En matière de qualité des articles, il y a tout de même quelques scories comme le premier essai (sur Asimov) qui "rame" un peu et ne semble pas très documenté (aucune mention de l'influence de Campbell sur les trois lois de la robotique) ou celui sur Sturgeon dont on ne voit pas trop où l'auteur veut arriver malgré un thème (les trios) séduisant. En positif on notera (parmi d'autres) l'essai sur Heinlein qui place le roman dans le contexte des années 60 et celui sur Merril, une grande dame de la SF mais qui n'est que rarement considérée sous l'angle de l'écrivain.

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Un bon petit ensemble, parfois inégal et pour lequel on pourra peut-être regretter un trop grand classicisme dans le choix des sujets traités.

 

Note GHOR : 2 étoiles

25.09.2009

_The jewel-hinged jaw : Notes on the language of science fiction_

The jewel-hinged jaw : Notes on the language of science fiction : Samuel R. DELANY : Wesleyan University Press : 2009 : ISBN-13 978-0-8195-6883-0 : 254 pages (y compris index) : plus d'une vingtaine d'Euros pour un TP, disponible chez l'éditeur (http://www.upne.com/0-8195-6883-X.html).

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Samuel R. Delany est un de ces auteurs/critiques qui sont un peu une spécialité du genre (on pensera à Blish, Knight ou plus récemment à Broderick). Il est donc aussi connu pour ses écrits de fiction (Nova, Babel 17) que pour ses positions théoriques sur le genre, parfois féroces mais empreintes d'une passion pour celui-ci sans être jamais complaisantes. Cet ouvrage est globalement la reprise d'un recueil d'essais de l'auteur initialement paru en 1978. Pour cette parution et par rapport à l'édition originale, on notera que le contenu de l'ouvrage n'est pas le même, que certains textes ont été révisés et que l'ordre des essais a été modifié.

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Cette version contient donc une dizaine de textes de longueur très variable (de moins de dix à soixante pages) qui datent des années 65-75. Comme souvent chez Delany, les thématiques abordées sont multiples (le féminisme, la définition et la réception de la SF, les protocoles de lecture du genre) et les essais ont parfois tendance à partir dans de multiples directions, alimentés par de nombreuses expériences personnelles. Malgré tout, un certains nombres de textes se concentrent sur des oeuvres précises (la série Alyx de Russ ou une longue lecture de The dispossessed de Le Guin) ou certains auteurs particulièrement appréciés par Delany (Disch et Zelazny). En annexe on remarquera le seul texte récent (2003) qui est une sorte d'analyse de la société américaine des années 50 sous l'angle des discriminations (raciales ou sexuelles). Un index thématique complète cet ouvrage.

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A la lecture de ces textes qui ont plus de trente ans, on est frappé de la qualité de l'analyse de Delany et surtout de son actualité. A l'époque il explorait déjà la problématique des protocoles de lecture propres au genre (dans le très connu essai About 5,750 words) et s'interrogeait déjà sur la signification de la propension de la SF à générer des cycles. Même s'il est clairement ancré dans un paysage SF de son époque, les réflexions de l'auteur sont toujours pertinentes de nos jours. Ses analyses de textes précis sont assez pénétrantes malgré un choix d'oeuvres plutôt convenues (Le Guin, Russ, Disch) et font regretter qu'il ne se soit pas plus souvent livré à cet exercice.

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On regrettera que le très intelligent Delany ait les défauts de ses qualités, à savoir un discours parfois complexe et qui peine à se maintenir sur une seule ligne directrice avec des changements assez abrupts au sein d'un même essai. Un défaut récurrent, y compris dans le seul texte récent (celui sur les années 50) dont l'inclusion, malgré son intérêt général, dans l'ouvrage n'obéit à aucune logique évidente. La lecture de l'ensemble n'est d'ailleurs guère facilitée par une présentation peu aérée qui oblige à une lecture appliquée. Ce recueil ressemble des pièces indispensables pour qui veut connaître l'histoire de la réflexion sur le genre même si le contexte éditorial (tel que décrit dans Letter to a critic) a nettement changé.

 

Note GHOR : 2 étoiles

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