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22/05/2009

_An annotated bibliography of recursive science fiction_

An annotated bibliography of recursive science fiction : Anthony R. LEWIS : NESFA Press : 1990 : ISBN-10 0-915368-47-1 : 56 pages (y compris index et chronologie) : 6 USD chez l'éditeur pour un TP typé fanzine (agrafé).

An annoted bibliography of recursive sf.jpg

Cet ouvrage est donc, comme son titre l'indique, une bibliographie commentée des textes de SF récursive. La SF récursive (ou autoréférentielle) est tout simplement l'ensemble des textes de SF qui font référence à la SF. Ce sont donc des oeuvres qui mettent en scène des auteurs, des fans, des textes célèbres du genre ou des spécificités (conventions, prix...). Ce sous-genre très spécialisé a toujours existé et perdure de nos jours (voir le dernier roman de Spinrad qui en fait partie). Il a même fait l'objet de quelques anthologies (Inside the funhouse, Alternate Skiffy).

Alternate skiffy (Wildside).jpg

Cet index débute par une préface de par Malzberg qui est un des praticiens les plus réguliers de cette forme, même si c'est souvent pour véhiculer ses critiques vis-à-vis du peu d'ambition de la SF. Le coeur de l'ouvrage est donc un listing commenté de tous les textes de SF récursive, romans (rares) ou nouvelles. Chaque entrée (par ordre alphabétique d'auteur), donne le titre, un bref résumé qui indique en quoi le texte est récursif (présence d'un auteur, utilisation d'une oeuvre, convention de SF comme décor) et liste toutes les occurrences (pour une nouvelles) ou les éditions (pour un livre).

What mad universe (Grafton 1987).jpg

L'ouvrage se termine par une liste des oeuvres appartenant au genre mais réalisés pour d'autres médias (films, comics, pièces...), une des textes qui ressemblent à de la SF récursive mais qui n'en sont pas, un index par titre et une chronologie (premières parutions seulement).

Inside the funhouse (Avonova 1992).jpg

Il est clair que cet index hyper spécialisé n'offre d'intérêt que pour une toute petite partie des l'ensemble des amateurs de SF, ceux qui trouvent très amusante la nouvelle de Dick Waterspider où des humains du futur déboulent dans une convention de SF pour obtenir de Poul Anderson les secrets de la propulsion FTL. J'avoue en faire partie d'où mon grand plaisir à feuilleter cet ouvrage et à se rappeler les textes en question. 

Quoi qu'il en soit, le travail fait par Lewis est, comme d'habitude, impeccable sur le plan bibliographique et semble relativement exhaustif. C'est là l'exemple même de ce que la passion et le travail peuvent produire.

2GA 019.jpg

 Note GHOR : 2 étoiles 

20/05/2009

_100 Chefs-d'oeuvre incontournables de l'imaginaire_

100 Chefs-d'oeuvre incontournables de l'imaginaire : Eric HOLSTEIN & Jerôme VINCENT & Thibaud ELIROFF : Librio (série Imaginaire, #909) : 2009 : ISBN-13 978-2-290-01586-5 : 122 pages (y compris lexique et index) : 2.85 Euros pour un petit TP (prix affiché de 3 Euros).

100 chefs-d'oeuvre incontournables de l'imaginaire.jpg

Continuant dans la même veine que les petits ouvrages proposés par les éditions Actusf, à savoir des livres pratiques et synthétiques à prix modique, cet ouvrage a pour objectif de nous faire découvrir les 100 chefs-d'oeuvre de l'imaginaire. Conformément à une mode récente, il groupe sous le même vocable ombrelle les catégories que l'on appelait avant SF, Fantasy et Horreur. Le pourquoi de ce changement de terminologie semble assez obscur d'autant que ces catégories (et leurs subdivisions classiques) réapparaissent dès la deuxième page et restent à la base de la classification utilisée par les auteurs.

La structure de cet ouvrage est très simple puisqu'il s'agit d'une suite de fiches consacrées à 100 livres ou groupes de livres (puisque l'on y rencontre des romans solo, des cycles ou séries et des recueils de nouvelles). Ces 100 textes étant ceux qui sont considérés par les auteurs comme des chefs-d'oeuvre incontournable (c'est écrit dans le titre). Cet ensemble est organisé chronologiquement (de 1770 à 2004) et chacune des fiches reprend une présentation standardisée : d'abord les informations classiques (titre, date, auteur, TO, traducteur, genre), un pavé d'une cinquantaine de mots qui présente l'auteur, un extrait représentatif de quelques lignes (par exemple le très connu début de Neuromancien) et la partie principale à savoir un résumé/avis sur le livre en une grosse vingtaine de lignes. On remarquera que les fiches ne sont pas signées.

Neuromancien (La Découverte 1985).jpg

Cet ensemble de fiches est précédé par une courte préface et est suivi par le traditionnel glossaire des termes et concepts propres au genre(s) (de Age d'or à Weird fiction) et de deux index (un par titre et un par auteur).

Cryptonomicon (Avon).jpg

Une fois certains maniérismes oubliés (le concept même de l'Imaginaire ou l'idée d'écrire science fiction sans tiret), la première (et légitime et amusante) réaction à ce type d'ouvrage qui se veut signaler les meilleurs éléments d'un domaine est de comparer les choix des auteurs avec les siens. En ce qui me concerne (donc plutôt sur la partie SF), même si je partage une partie non négligeable des choix (Demain les chiens, Fondation, L'homme démoli, Dune, Tous à Zanzibar, Un feu sur l'abîme, etc...) je suis, même avec mon expérience de ces best-of, assez surpris par d'autres. Des bouts de trilogies (Temps), des parties de cycle (Elévation), des séries à rallonge (Pern), des ouvrages mineurs dans la carrière de certains auteurs (Sans parler du chien) ou carrément d'auteurs mineurs (Un bonheur insoutenable). Mais je n'ai peut-être tout simplement pas saisi le côté ironique de la démarche qui fait mettre dans les 100 meilleurs ouvrages un livre dont on écrit qu'il est "Bordélique, mal ficelé, bourré de digressions" (Cryptonomicon).

Elévation T1 (JL 1995).jpg

Sur un autre plan, les amateurs de SF ayant la mémoire longue se rappelleront que Goimard et Aziza avaient été critiqués pour avoir inclus dans leur Encyclopédie de poche de la SF (1987) parue chez Presses Pocket une trop grande proportion de titres issus du catalogue de l'éditeur de l'ouvrage. Trouvant ici aussi certains choix surprenants, j'ai pu constater après vérification, que sur les 50 titres les plus récents, la moitié ont été à un moment ou un autre édités par J'ai Lu ou Pygmalion. Avoir 50% des incontournables parus dans ses propres collections, c'est une preuve d'un goût très sûr et un score remarquable pour un des co-auteurs de ce livre qui, je le rappelle, est publié par une autre des branches du groupe Flammarion (comme le sont J'ai Lu et Pygmalion). Après Ruaud & Colson qui réécrivent l'histoire de la SF à la sauce Moutons, on pourrait facilement en déduire que l'autopromotion reste une valeur sûre.

Encyclopédie de poche de la SF (guide de lecture).jpg

Il est logique de ne pas attendre de miracles d'un ouvrage d'un aussi petit prix, on a donc une quantité non négligeable (par rapport au peu de matière) d'erreurs factuelles (dates de parution du style 1940-1966 pour Slan ou 1997 pour Temps, TO) ou de typos. On peut y rajouter quelques affirmations assez légères : Je suis une légende faisant quelques dizaines de pages (19 dizaines pour l'édition PdF), Pavane comme texte fondateur de l'uchronie (dans les années 60 ?), le fait que nombre de romans de Willis n'aient pas été traduit en français (moins d'une demi-douzaine, tous mineurs) ou des reprises telles quelles de lieux communs largement discutables à la lumière de travaux sérieux (Les initiales de Moore comme cache-sexe, Asimov comme membre fondateur des Futurians).

Un ouvrage pas cher mais sans grand intérêt pour l'amateur, mais celui-ci n'est sans doute pas la cible visée. Le nouveau venu au genre pourra trouver une utilité à cet ouvrage à condition de réussir à trouver par lui-même quelles sont les éditions diponibles ou existantes puisque aucune information de cette nature n'est fournie.

Note GHOR : 1étoile

19/05/2009

_Storm warnings : Science fiction confonts the future_

Storm warnings : Science fiction confonts the future : George E. SLUSSER & Colin GREENLAND & Eric S. RABKIN (éditeurs) : Southern Illinois University Press (série Alternatives) : 1987 : ISBN-10 0-8093-1376-6 : 278 pages (y compris index) : une vingtaine d'Euros pour un HC avec jaquette.

Storm warnings.jpg

Cet ouvrage fait partie de la série des recueils des minutes de la J. Llyod Eaton Conférence. Il s'agissait là de la 6ème édition de ce rassemblement d'universitaires, édition qui a eu lieu en 1984 et qui avait la particularité, cette année là, de se tenir en deux lieux différents, aux USA et en Grande-Bretagne.

D'une façon peu surprenante (vu l'année) l'essentiel des 17 essais (de 10 à 25 pages) rassemblés tourne autour de 1984 (le livre) et d'une façon plus générale autour de l'utilisation du futur à des fins autres que de distraction.

1984 (Penguin 1971).jpg

Comme d'habitude, les auteurs des essais se répartissent dans les trois catégories usuelles, les auteurs de fiction (ici Pohl, Benford, Greenland ou Hendrix), les habitués (les deux éditeurs, McConnell) et les "intérimaires". En matière de "guest stars" on notera que la participation francophone est confiée à Marie-Hélène Huet et la lusitanophone à José Manuel Mota.

Ce livre sera certainement indispensable aux spécialistes d'Orwell mais il risque de laisser l'amateur de SF "généraliste" sur sa faim. En effet, on pourra trouver que les textes sur 1984 sont de bonne facture avec une mention à une critique assez féroce de Pohl sur les limites de ce roman comme ouvrage de SF et comme oeuvre littéraire tout court. Par contre, le reste du livre est assez insipide ou peu inspiré avec des essais très disparates qui abordent successivement des sujets aussi variés que les utopies, les aliens, l'apocalypse au sens religieux du terme, l'inconnu chez Heinlein et Lem.

Time enough for love (Berkley 1974).jpg

Ce côté pêle-mêle, s'il est parfois sympathique dans un autre contexte, ne procure ici qu'une vague sensation d'ennui et donne un ouvrage sans grand relief, si ce n'est le texte polémique de Benford sur les "utopies réactionnaires". Un des moins intéressants ouvrages de cette série.

Note GHOR : 1 étoile

18/05/2009

_The angle between two walls : The fiction of J. G. Ballard_

The angle between two walls : The fiction of J. G. Ballard : Roger LUCKHURST : Liverpool University Press (collection "Science fiction texts and studies") : 1997 : ISBN-10 0-85323-831-6 : 213 pages (y compris index et bibliographies) : une vingtaine d'Euros pour un TP (existe aussi en HC pour 40 GBP).

The angle between two walls.jpg

Avant que Ballard ne soit à la mode et qu'il ne tente par tous les moyens de renier la collante étiquette d'écrivain de SF, c'est quand même au sein du genre que les premières études sérieuses sur son oeuvre ont été menées. On peut même remonter 1979 pour l'opus de Pringle paru chez Borgo. C'est ici Roger Luckhurst, un professeur de littérature anglais et spécialiste du genre (on lui doit aussi un ouvrage général : Science fiction paru chez Polity Press) qui nous livre son analyse de l'oeuvre de Ballard.

Earth is the alien planet.jpg

Cet ouvrage est organisé en cinq chapitres principaux (dont certains ne sont pas inédits) qui se divisent ensuite en unités plus petites. Après une introduction qui pose les grandes questions auxquelles Luckhurst souhaite apporter des réponses, on trouve les parties suivantes :

- "J. G. Ballard and the catastrophe of genre" est le chapitre qui traite des rapports de Ballard avec la SF (et l'inverse), de la ghettoïsation habituelle des écrivains associés au genre et de la détermination du cadre de référence dans lequel il est souhaitable de lire Ballard.

- "The genre of catastrophe" regroupe, comme il est d'usage, les quatre premiers romans de Ballard, les fameux romans-catastrophes qui ont fait sa célébrité au sein du genre.

- "The atrocity exhibition and the problematic of the avant-garde" se penche sur ce fameux texte et élargit le débat sur le côté avant-gardiste de Ballard, tant au sein de la SF que vis-à-vis du mainstream.

Le salon des horreurs (Lattès 1981).jpg

- "Mediation, simulation, recalcitrance" analyse les oeuvres plus récentes de Ballard avec une attention particulière aux textes adaptés dans d'autres médias comme Crash.

- "The signature of J. G. Ballard" essaie de capturer la singularité de l'écriture ballardienne avec un focus sur les récits à base autobiographique et sur Vermilion sands.

Le livre se termine par une courte bibliographie primaire, une copieuse bibliographie secondaire et un index.

Vermilion sands (LDP 1979).jpg

N'étant pas un client régulier du Ballard de la période expérimentale ou autobiographique (en livre ou au cinéma), je ne suis pas le plus à même d'apprécier un tel ouvrage qui traite essentiellement d'un matériau qui m'est peu connu.

C'est pourtant un ouvrage séduisant avec un premier chapitre assez pertinent sur les mécanismes de distanciation vis-à-vis du genre que l'on a vu et l'on voit toujours à l'oeuvre dès que certains auteurs commencent à accéder à la renommée littéraire (les noms de Vonnegut, Bradbury et bien sûr récemment Ballard lui-même viennent à l'esprit), un deuxième chapitre somme toute assez classique puisque recreusant des sillons fort fréquentés et une dernière partie plus "technique" qui montre une certaine originalité dans sa quête de la voix Ballardienne.

Un livre qui parlera surement plus aux connaisseurs de Ballard qu'à moi.

Note GHOR : 1 étoile