02.10.2009

_Le détroit de Behring : Introduction à l'uchronie_

Le détroit de Behring : Introduction à l'uchronie : Emmanuel CARRERE : P.O.L. : 1986 : ISBN-10 2-86744-070-X : 122 pages (pas d'index ni de bibliographie) : marqué 72 FRF pour un TP qui semble même pouvoir se trouver en neuf.

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Membre d'une famille de l'intelligentsia française, prodige littéraire devenu cinéaste, Emmmanuel Carrère est un personnage plus associé à la littérature "blanche" qu'au petit monde de la SF. Pourtant, il a toujours affiché clairement un intérêt pour celui-ci, en particulier par cet ouvrage et par sa biographie (sic) de Dick Je suis vivant et vous êtes morts.

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Cet ouvrage reprend le mémoire (de maîtrise ?) rédigé par Carrère au début des années 80. Il s'agit, comme son nom l'indique, d'une introduction à l'uchronie, un sous-genre de la SF qui, même si son nom et son existence sont fort anciens, restait assez peu connu en dehors du cercle des amateurs de SF. En plusieurs chapitres l'auteur nous convie à un tour de l'uchronie en détaillant un certain nombre d'oeuvres appartenant d'une façon plus ou moins centrale (il ne s'agit parfois que de quelques lignes uchroniques au sein d'un roman) à ce genre. Le tout est saupoudré de diverses considérations vaguement philosophiques de l'auteur. On notera la surprenante (pour un mémoire) absence d'index et de bibliographie.

Le son du cor (OPTA 1970).jpg

Comme le reconnaît aisément Carrère, cet ouvrage doit beaucoup à l'encyclopédie de Versins mais il est toutefois bien loin d'en posséder la rigueur. En effet, cet essai manque singulièrement d'une structure discernable (indice = les chapitres ne possèdent pas de titres) et la promenade proposée par l'auteur tourne rapidement au mouvement Brownien. Même si ce que dit Carrère est parfois pertinent, l'ouvrage est trop nébuleux pour donner une idée un tant soit peu nette de l'uchronie à un nouveau lecteur du genre.

Le son du cor (LDP 1978).jpg

Un livre à réserver à ceux que les états d'âme ou les digressions de l'auteur peuvent intéresser (on remarquera une conclusion du style "laissons tomber l'uchronie pour vivre le réel" qui tue littéralement le projet du livre). Un essai qui, faute de mieux, faisait autorité sur le sujet mais qui est heureusement maintenant remplacé par les divers travaux d'Eric Henriet. Une curiosité bien dans l'esprit de ces livres sur la SF écrits par des gens extérieurs au genre où l'absence de connaissance du domaine est masquée par des artifices.

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Note GHOR : 1 étoile

07.05.2009

_The alternate history : Refiguring historical time_

The alternate history : Refiguring historical time : Karen HELLEKSON : Kent State University Press : 2001 : ISBN-10 0-87338-683-3 : 130 pages (y compris index et bibliographie) : 14 USD (à peu près 10 Euros) pour un TP disponible chez l'éditeur (http://upress.kent.edu/books/Hellekson.htm).

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Cet ouvrage s'intéresse au genre qui en VF s'appelle l'Uchronie et qui, en VO, est connu sous plusieurs dénominations (Alternate history, Alternative history, Uchronias, Counterfactuals, Allohistories, Parahistories). Une foule de noms différents pour un principe relativement (sic) simple : Et si l'histoire s'était déroulée différemment ?

Hellekson a choisi d'examiner ce sous-genre traditionnellement rattaché à la SF en le comparant avec les principaux modèles historiques (eschatologique, génétique, entropique et téléologique). Pour ce faire, elle organise son court essai (à peine une centaine de pages de texte) en sept chapitres (+ une introduction et une conclusion). Hormis un premier chapitre qui présente les diverses théories historiques et un autre qui traite des univers parallèles (un sujet qui est relié de manière quasi-naturelle à l'uchronie), l'auteur utilise une oeuvre 'principale' pour "ancrer" chacun de ses chapitres. Sont donc tour à tous abordés en profondeur : Bring the jubilee (Moore), The man in the high castle (Dick), The difference engine (Gisbon & Sterling), The Malacia tapestry (Aldiss) et le cycle de la Time Patrol (Anderson) dans son ensemble.

The difference engine (Gollancz 1991).jpg

En bonus on a droit à une bibliographie (primaire et secondaire) permettant d'accéder assez facilement aux textes (éditeur, date et lieu de parution) et un index détaillé par thème.

The man in the high castle (Penguin 1965).jpg

Il faut considérer cet ouvrage plus comme une sorte d'introduction à l'uchronie que l'ouvrage théorique définitif (qui reste à écrire) ou une bibliographie complète sur le sujet (l'auteur renvoie justement à des sites internet pour ce type d'approche). La comparaison entre les textes de fiction et les théories historiques qui les sous-tendent est en tout cas très intéressante, originale et suffisamment claire pour des néophytes dans ce domaine.

Même si une partie des oeuvres analysées en profondeur l'ont déjà été (le Dick et le Moore), il s'agit pour les autres d'un des premiers traitements un tant soit peu étoffé, avec en particulier un qualification de la série d'Anderson comme "Anti-uchronie" qui ne manque pas de sens.

Time patrolman (Tor 1983).jpg

Au chapitre des regrets, outre une bibliographie assez mal fichue qui mélange fiction primaire et analyses secondaires sans possibilité de les différencier (comme chez Henriet, une mode dans le domaine ?), c'est peut-être le manque d'ambition qui prédomine. On sent clairement que l'auteur en "a sous le pied" tant au niveau théorique que science-fictif et on se prend à regretter la taille modeste de l'ouvrage et à rêver à un pavé de 500 pages qui concilierait réflexion théorique et panorama plus général (Hellekson se limite à la SF écrite).

Note GHOR : 2 étoiles

21.01.2009

_The world Hitler never made : Alternate history and the memory of nazism_

The world Hitler never made : Alternate history and the memory of nazism : Gavriel D. ROSENFELD : Cambridge University Press : 2005 : 0-521-84706-0 (ISBN 10) : 978-0-521-84706-3 (ISBN 13) : 524 pages (dont index, appendices + bibliographie) : une grosse vingtaine d'Euros pour un HC (avec jaquette).

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Cet ouvrage est une analyse du traitement par l'uchronie du nazisme par le biais de ses principales conséquences ou acteurs (Hitler, la 2GM, l'Holocauste) qui permet de s'interroger sur la normalisation (au sens de de devenir un fait historique comme un autre et non une exception) de ces éléments dans notre société.

Il est divisé en trois grandes parties :

- "Les nazis gagnent la 2GM" qui étudie pays par pays (USA, GB, Allemagne & reste du monde) les oeuvres uchroniques (romans, nouvelles, essais, films, séries TV, comics) qui montrent une victoire nazie dans ce conflit et quelles en sont les conséquences. On notera qu'il ne s'agit pas de rejouer les batailles (la mécanique de la victoire n'y est pas le point focal). Au début (pendant la guerre et juste après), présentée comme une catastrophe, l'hypothétique victoire nazie devient de plus en plus souvent un évènement "value-neutral", parfois même un simple décor au milieu d'autres situations uchroniques devenues standardisées.

- "Hitlers alternatifs" nous montre les diverses oeuvres qui décrivent une tentative de modifier le cours de l'histoire en agissant sur Hitler (assassinat, changement de carrière vers l'artistique ou l'architecture...) ou en montrant sa fuite après la chute de Berlin. Ici aussi, on passe au fil du temps d'un Hitler complètement maléfique à une certaine humanisation du personnage.

- "Hypothétiques Holocaustes" est la partie la plus courte qui liste les oeuvres qui proposent carrément de modifier l'Holocuaste, soit en le parachevant, soit en le faisant échouer.

Fatherland (Arrow 1993).jpg

Organisé donc thématiquement puis chronologiquement, ce livre balaye plus d'une centaine d'oeuvres uchroniques (en majorité littéraires) pour en montrer l'évolution (différente selon les pays mais généralement convergente) vers une sorte de normalisation du nazisme et de ses horreurs, qui passe du statut de crime exceptionnel à "génocide commun". Évolution qui se fait bien sûr sous l'usure du temps et sous l'impulsion de divers agendas politiques. Il est à noter que, outre l'analyse des textes, Rosenfeld est très documenté sur les motivations des auteurs et précise clairement quels sont les facteurs politiques ou idéologiques (souvent grâce à ses communications avec eux) qui se cachent derrière celles-ci.

C'est un travail solide, parfaitement documenté et qui, en plus des classiques (Le maître du haut-château, SS-GB, Fatherland, Le moindre des fléaux, Making history...), plonge parfois dans les profondeurs d'Astounding ou nous convie à visionner des épisodes de Sliders pour y puiser matière à réflexion.

Etoile double 07 (Denoel 1984).jpg


C'est donc à la fois une étude sur un pan de la SF, mais aussi sur l'histoire et la mémoire. Un très bon livre, dont le seul frein à la lecture est peut-être l'abus de notes, puisqu'il y en a pour 90 pages (!), hélas reportées en fin d'ouvrage (AMHA pas le plus pratique); toutes n'étant pas strictement indispensables. Les numéros de page des citations d'un même livre (une fois celui-ci identifié) auraient gagné à être laissés dans le corps du texte.

Un ouvrage d'une grande spécialisation qui n'a pas forcément vocation à se retrouver dans toutes les bibliothèques.

Note GHOR : 3 étoiles