25/01/2026
_L'imaginaire au pouvoir_
L'imaginaire au pouvoir : Vincent GERBER : 2024 : Le passager clandestin (collection "essais, enquêtes et manifestes") : ISBN-13 978-2-36935-580-9 (inconnu de l'ISFDB, dans la base à Bruno) : 169 pages (y compris bibliographie, pas d'index) : coûte 19.00 Euros pour un petit tp non illustré, disponible chez l'éditeur.

"La SF peut être une littérature politique", "La SF est plutôt progressiste", "la SF peut permettre de faire réfléchir", "La SF peut projeter d'autres structures politiques", "La SF ne peut pas changer le monde toute seule". Toutes ces affirmations (telles que je les retranscris, c'est à dire plus ou moins correctement) forment les éléments de la thèse développé par l'auteur (un historien suisse). Il y présente l'idée que la SF (et en particulier ses sous-genres utopiques ou dystopiques) ne peuvent avoir une action politique sur le monde réel que par la mise à disposition de possibles alternatifs et que le genre n'agit pas sur le réel en lui-même (ou si peu) mais qu'il peut donner les idées/outils/schémas pour le faire.

Comme ces quelques affirmations ne peuvent qu'être qu'évidentes pour tout amateur et connaisseur du genre, j'avoue que je n'ai pas trop compris au début quel était le but exact de l'ouvrage ni quels en étaient les lecteurs potentiels. Je dois ajouter que je n'étais pas plus fixé à la fin. En gros, le message m'a semblé être : "La SF c'est bien pour penser un meilleur futur". Après plus de 50 ans de pratique du genre, je n'ai pas vraiment besoin de 160 pages pour m'expliquer cela, ce qui veut dire que je ne suis probablement pas dans la cible visée. Il se peut que ce livre soit plutôt destiné à des penseurs progressistes (j'emploie ce terme de façon générique, l'auteur étant par exemple libertaire) pour qu'il intègrent la SF dans leur panoplie intellectuelle.

À ce titre, l'intention est louable mais (avec moi il y a toujours un MAIS) force est de constater que le substrat intellectuel du livre n'est plus de prime jeunesse. En effet, Gerber s'appuie essentiellement (une dizaine de citations pour les trois premiers) sur les travaux de Gérard Klein (son fameux article sur le malaise dans la SF, 1975), Bernard Blanc (Pourquoi j'ai tué Jules Verne, 1978), Jacques Van Herp (Panorama de la science-fiction, 1973), UKLG (Le langage de la nuit, 1979), Michael Moorcock (un article de 1978), une étude sur les lecteurs de 1985 ou le Cordesse (La nouvelle science-fiction américaine, 1984). Non pas que ces sources et ces analyses soient intrinsèquement mauvaises, mais il y a quand même un net progrès de la réflexion sur la genre depuis 50 (cinquante !) ans dont il est dommage de ne pas en profiter. En fait, on dirait qu'une partie du livre a été écrite dans les années 80 et cela surprend à la lecture et pose la question de la pertinence des sources employées au regard de la connaissance du genre.

En bonus, cet ouvrage n'échappe pas aux bons petits travers habituels de la micro-édition française : pas d'index (pratique pour retrouver quelque chose), une bibliographie (je cite) "par ordre d'apparition" (aussi super pratique, sachant qu'en prime elle est incomplète), la présence envahissante des supposés lumières de l'étude sur le genre à la mode (Rumpala par là, Kyrou par ici), publicité gratuite pour l'éditeur (3 titres de la collection Dyschroniques dans la bibliographie). Finalement, reste une dénonciation sympathique : le capitalisme, les dictatures c'est MAL. Pourtant, cette potentielle ode aux utopies et aux combats révolutionnaires inspirés par le genre aurait pu être intéressante en s'appuyant sur un matériau plus récent.

Note GHOR : 1 étoile (bloqué dans les années 80)
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