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22/06/2010

_The business of science fiction_

The business of science fiction : Two insiders discuss writing and publishing : Mike RESNICK & Barry N. MALZBERG : 2010 : McFarland : ISBN-13 978-0-7864-4797-8 : vi+269 pages (y compris index) : coûte 35 USD en neuf pour un TP non illustré, disponible chez l'éditeur (http://www.mcfarlandpub.com/book-2.php?id=978-0-7864-4797-8).

The business of science fiction.jpg

Depuis plusieurs années, Mike Resnick et Barry Malzberg animent conjointement une rubrique dans le magazine officiel de la SFWA (Science Fiction and Fantasy Writers of America à l'objet évident d'après son nom), le SFWA Bulletin. Ces deux professionnels aguerris qui écrivent de la SF depuis une quarantaine d'années (avec plus ou moins de succès, moins pour Malzberg, plus pour Resnick) y partagent leurs réflexions, leurs positions et leurs projections (parfois antagonistes) sur l'état du genre et ses impacts sur le métier d'écrivain les durant les années 2000.

La destruction du temple (JL 1976).jpg

Ce recueil rassemble vingt-six de ces articles (il ne sont donc pas tous réunis ici) qui prennent la forme d'un dialogue entre les deux hommes sur une dizaine de pages où chacun tient la plume à son tour sur un peu plus d'une page à chaque fois, l'entame et la conclusion étant de Resnick. Ces chroniques sont regroupées en trois parties thématiques : 1) "Writing and Selling" (11 textes sur les aspects "techniques" de l'écriture et du placement de ses textes, 2) "The Business" (9 textes sur le côté strictement financier) et 3) "The field" (6 textes de portée plus générale sur le genre). Un index clôture cet ouvrage.

Gather in the hall of planets (Ace Double 27415 1971).jpg

Loin d'être un nième guide "how to" de l'écriture de SF (comme le Card, le Shaw ou le Evans et tant d'autres), cet ouvrage dépasse largement le plan de la technique, un sujet qui n'est d'ailleurs abordé que de façon annexe dans les essais qui le composent. C'est plus à une réflexion sur le métier d'écrivain professionnel (c'est le mot essentiel du discours des deux auteurs) qu'il nous convie. Grâce au regard de ces deux pratiquants, on en apprend beaucoup sur tous les à-côtés de la vie du genre surtout sur l'angle économique dont l'impact est, dans la réalité, prédominant sur les orientations prises par celui-ci.

Alternate skiffy (Wildside).jpg

Cette vision des coulisses du genre par des personnes qui y sont fortement impliqués (en particulier Resnick et ses multiples casquettes) est un des grands plaisirs de cet ouvrage qui justifie pleinement son sous-titre (Two insiders discuss writing and publishing), sans tabou (sauf certains noms), sans langue de bois (par exemple au niveau de l'avenir du genre ou le piratage), il brosse une image qui semble fidèle de l'environnement dans lequel travaillent les auteurs US. On regrettera quand même l'absence de date individuelle pour les essais (ce qui ne permet pas de les placer précisément dans leur contexte) et, comme on peut s'y attendre avec ce type de recueil de chroniques récurrentes, une légère tendance à la redite. En tout cas, une vision "de l'intérieur" très intéressante même si l'éditeur (comme à son habitude) nous la fait payer au prix cher.

Bwana & Bully (Tor 1991).jpg

Note GHOR : 3 étoiles

20/02/2009

_Breakfast in the ruins : Science fiction in the last millenium_

Breakfast in the ruins : Science fiction in the last millenium : Barry N. MALZBERG : Baen : 2007 : 0-4165-2117-4 (ISBN 10) : 978-0-4165-2117-8 (ISBN 13) : 389 pages :  14.00 USD soit une dizaine d'Euros pour un TP.

Breakfast in the ruins.jpg


Cet ouvrage est un recueil d'essais et autres documents (préfaces, critiques) de Malzberg. Il se divise en deux parties, la première datant de 1982 et correspondant au recueil d'essais The engines of the night (publié en 1992) et la seconde rassemblant les écrits postérieurs à cette date. A noter la présence de deux nouvelles en prime.

C'est un ensemble de textes autonomes, courts (entre 2 et 10 pages) et sans grande organisation puisque sautant du coq à l'âne, si ce n'est le groupage en fin de volume des textes relatifs à d'autres auteurs (Ballard, Clifton, Keyes...), textes qui sont généralement des préfaces à divers recueils.

La lecture de ce livre est assez pénible parce que Malzberg est atteint d'un syndrome classique chez certains auteurs de SF, à savoir une relation d'amour/haine inextricable. Cette relation difficile entre un auteur et le genre qu'il pratique est due au fait que Malzberg vit mal le décalage entre les ambitions cosmiques/prophétiques/anticipatrices de la SF et la vie d'un genre mercantile/incestueux/mal payé/mal considéré.

Cette position où il est "la tête dans les étoiles et les pieds dans la fange" semble lui être intellectuellement fort pénible. On peut penser que c'est une telle situation situation qui explique, par exemple, son annonce de quitter le genre (comme Silverberg). Mais comme la SF est le seul genre qui l'accueille et le reconnaît, il s'est vu contraint d'y revenir.

Service d'ordre (Lattès 1980).jpg

Du coup, le livre (particulièrement dans sa première partie) est assez énervant pour l'amateur de SF, qui, vu la quantité de crachats dans la soupe, se demande pourquoi un auteur d'un tel génie (Malzberg est parfois assez peu modeste) a persisté à écrire des Ace Double (sous pseudonyme).

Gather in the hall of planets (Ace Double 27415 1971).jpg

Que les auteurs de SF soient des poivrots aux moeurs sexuelles bizarres (la fornication lors des conventions semble beaucoup travailler Malzberg), que les éditeurs de SF soient des requins sans scrupules et soumis au diktat du mauvais goût populaire, que les lecteurs de SF soient des demeurés juste bons à manger du foin et incapables de comprendre des textes un tant soit peu ambitieux, que les fans de SF soient des tarés découplés de la réalité, tout cela n'est pas original (ni même complètement faux.

Cette attaque en règle est juste un peu inconvenante de la part d'un auteur qui ne mange principalement que grace à ses productions SF et qui, par exemple, écrit des préfaces ou des livres (The passage of the light par exemple) édités par NESFA (une pure organisation de fans) et qui publie ce recueil chez Baen, éditeur à la réputation d'être un repaire pour la SF de bourrins.

The passage of light (NESFA 1994).jpg

Pour être franc, le côté : "ma conception de la SF, la seule valide, est incomprise par ces abrutis de lecteurs et de fans" m'a fait penser à la fameuse tribune libre de Léa Silhol (NdA : à l'époque de l'écriture de cet avis). Même diagnostic : "Tous des cons sauf moi", même absence de solutions, même échec.

A cette impression générale négative s'ajoute un certain nombre de reproches plus formels : de nombreux avis ou anecdotes sont répétés d'un essai sur l'autre (radotage ?), l'éciture est parfois un peu trop "too much" (hystérique ?), l'auteur reste extrêmement vague (prudent ?) dans ses attaques multi-cibles d'où l'impossibilité de recouper ses dires et les deux cents premières pages sont fortement datées (elles ont donc presque presque trente ans) et en conséquence pas forcément pertinentes pour une analyse de l'état de la SF aujourd'hui.

Un livre manifeste, à prendre comme tel, intéressant pour la plongée dans la perception du genre par un auteur qui vit mal sa participation à celui-ci, mais où le manque de recul et de mesure brouille le message de l'auteur.

Note GHOR : 1 étoile