02/04/2010
_Jeunesse et science fiction_
Jeunesse et science fiction : Christian GRENIER : 1972 : Magnard (collection "Lecture en liberté") : pas d'ISBN : 122 pages (y compris index) : coûtait quelques Francs pour un TP format à l'italienne, parfois trouvable d'occase.

On ne présente plus Christian Grenier dans le milieu de la SF francophone destinée à la jeunesse. A la fois professeur, auteur et théoricien, il y occupe une place centrale. Cet ouvrage est l'une des premières tentatives de sensibiliser le monde enseignant aux potentialités de la SF en tant qu'instrument de diffusion de la lecture et ce d'autant plus que ce genre était (est ?) l'un des favoris de la jeunesse. Ce type d'ouvrage existe aussi chez les anglo-saxons avec diverses titres ou séries à destination des enseignants et des bibliothécaires, catégories considérées comme regroupant les principaux prescripteurs.

Ce guide se divise en plusieurs parties distinctes. La première ("Science-fiction") se livre au classique jeu de la définition du genre et plus particulièrement de sa composante jeunesse. La deuxième ("Les jeunes") consiste en l'étude d'une enquête menée auprès d'une centaine d'élèves parisiens sur leurs lectures et plus particulièrement sur la Partie SF de celles-ci. La troisième ("Les grands thèmes") déroule les principaux thèmes du genre alors que la quatrième ("Les éditeurs, les collections") fait de même avec l'offre éditoriale existante à l'époque. Enfin, la dernière et plus grosse partie (la moitié du livre) "Sélection" présente, classe (par sous-genre ou par accessibilité), évalue et résume un ensemble de livres choisis par l'auteur. Un index et une (logiquement) très courte bibliographie secondaire clôturent l'ouvrage.

Plus que l'étude sociologique sur les pratiques littéraires des adolescents dont la pertinence éventuelle est annihilée par les quarante ans qui nous séparent de ce livre, le point le plus intéressant de cet ouvrage est le portrait "en creux" qu'il dressait de l'état de la SF pour la jeunesse dans notre pays. Globalement, le constat était à l'époque assez alarmant. En effet, il est frappant de constater que dans la liste de titres proposés par Grenier une bonne moitié sont des ouvrages qui n'ont pas l'étiquette "juvenile" et sont d'ailleurs parus dans des collections pour adultes (OPTA, FN, J'ai Lu, Marabout), certains étant d'une difficulté certaine (Billenium de Ballard ou La nébuleuse Andromède d'Efremov étant parmi les plus marquants dans cette optique).

S'il est vrai que l'on a souvent affirmé que les lecteurs de SF sont plutôt précoces et basculent rapidement sur des oeuvres étiquettées adultes (ou du moins sans préconisation d'âge de lecteur), on pourrait conclure à partir des choix de Grenier qu'il s'agit là d'un état de fait plutôt subi faute d'une offre suffisante (en quantité et/ou en qualité). Ceci contraste défavorablement avec la vitalité du segment des juveniles dans le monde anglo-saxon. Mais là n'est pas le propos de Grenier qui fait de son mieux avec un matériau disponible limité. Au final un livre peu exploitable de nos jours (ne serait-ce que par l'indisponibilité de certains titres) qui vaut surtout par sa photographie d'un passé finalement assez différent qui évoluera d'ailleurs fortement dans les années suivantes.

Note GHOR : 1 étoile
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01/04/2010
_Je suis vivant et vous êtes morts : Philip K. Dick 1928-1982_
Je suis vivant et vous êtes morts : Philip K. Dick 1928-1982 : Emmanuel CARRERE : 1993 : Seuil : ISBN-10 2-02-020173-9 : 358 pages (pas d'index ni de bibliographie) : coûtait 120 FRF pour un TP non illustré, difficile à trouver dans cette version mais qui a été repris en poche chez Points en 1996.

Après son mémoire sur l'uchronie (Le détroit de Behring), ce livre est dû à la plume d'Emmanuel Carrère, une des figures intellectuelles française (romancier, cinéaste, essayiste) et héritier d'un dynastie de penseurs. Aimant s'encanailler dans les sous littératures, il n'en reste pas moins que son choix de P. K. Dick comme sujet d'étude fleure bon le conformisme mental de l'intelligentsia française (un peu de SF pour faire peuple mais pas trop de vaisseaux spatiaux ou de calmars) qui lui a au moins assuré une pleine page dans Télérama (no 2282).

Le livre utilise le canevas standard des biographies avec un structure purement chronologique en vingt-trois chapitres de taille assez homogène mais au rythme variable, les dernières années de la vie de l'auteur (les plus croustillantes) étant les plus développées. La vie de PKD y est racontée par un narrateur invisible qui nous fait parfois partager les pensées de l'auteur. On notera que l'auteur (Carrère) intervient parfois directement dans le cours du récit en nous proposant des apartés ou des petits jeux. A signaler que ce livre ne contient aucune annexe : pas d'index, pas de bibliographie si ce n'est une page de notes.

Comment juger cette "biographie" ? Certes l'écriture de Carrère est sans défaut et le tout est plutôt prenant et intéressant à lire comme portrait d'un illuminé à la vie décousue. Le problème est qu'il tombe (AMHA) dans le travers d'un grand nombre de biopics (un genre dont il est visiblement un véritable précurseur), à savoir que la frontière entre le réel et l'imaginaire est parfois ténue et qu'elle se trouve donc souvent allègrement franchie. Faire son héros plus beau ou plus grand que nature est une réaction normale mais méthodologiquement discutable. Plus gênant à mon sens est l'habitude assez constante de Carrère de se mettre dans la tête de Dick et de nous livrer ses pensées alors qu'aucune source existante ne permet de corroborer ses délires.

Finalement ce livre est plus la vie romancée de Dick telle qu'imaginée par Carrère qu'une biographie visant à une certaine objectivité comme celle de Sutin. C'est d'ailleurs à cette conclusion qu'arrive le chronique de Télérama qui finit par qualifier ce livre comme étant "Un beau roman d'Emmanuel Carrère". Ceci explique du coup la faible présence dans l'ouvrage du monde de la SF dans lequel Dick était tout de même parfaitement immergé. Carrère n'en tire que des effets faciles et ô combien prévisibles (un repaire de marginaux qui lisent des auteurs de seconde zone) et réussit même à raconter n'importe quoi comme quand il attribue à Boucher la célèbre citation de Carr sur la Bible telle qu'elle pourrait être publiée chez Ace. Un titre sans grand intérêt, à mettre donc plutôt dans la catégorie "romans" que dans celle des "essais".

Note GHOR : 1 étoile
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22/03/2010
_Isaac Asimov : A checklist of works published in the United States, March 1939--May 1972_
Isaac Asimov : A checklist of works published in the United States, March 1939--May 1972 : Marjorie M. MILLER : 1972 : Kent State University Press (série "Serif" #25) : xii + 98 pages (y compris index) : HC non illustré qui ne semble pas avoir eu de jaquette et qui se trouve d'occasion pour quelques dizaines d'Euros.

Comme il est dit dans la préface signée d'Asimov lui-même, il est clair que son extrême prolixité (400 ouvrages écrits, des rééditions et réimpressions que l'on ne compte plus) pose des problèmes difficilement surmontables aux bibliographes qui souhaiteraient s'attaquer à un tel monument de la SF. C'est pourtant à un tel challenge que s'est attelée Marjorie Miller en 1972, alors que le bon docteur à 122 livres à son compteur. Elle a ainsi produit cette bibliographie qui est d'ailleurs resté la seule existante consacrée cet auteur, du moins au format papier (hors fanzines). En effet, il existe un grand nombre de sites sur Asimov, avec des informations bibliographiques plus ou moins complètes, pertinentes ou exactes (en VF on utilisera avec profit le site de Franck Pissotte : http://www.maitre-asimov.fr/).

Après une note d'Asimov et une introduction de Miller, l'essentiel du livre est donc constitué d'éléments bibliographiques. Le plus gros morceau est donc la bibliographie primaire des textes de l'auteur. Elle est organisée par ordre chronologique de publication et va de Mars 1939 (son premier texte : Marooned off Vesta) à Mai 1972 (un article dans TV Guide). Pour chaque texte (de fiction ou non) est listé l'ensemble des parutions (pour les textes courts) et des éditions et réimpressions (pour les livres). A noter que seul les parutions aux USA sont couvertes (comme l'indique d'ailleurs le titre de l'ouvrage). Un courte seconde partie est formé d'une bibliographie secondaire qui liste une sélection de textes concernant Asimov où l'on retrouve principalement les ouvrages de référence standards existants à l'époque. Un index par titre termine l'ouvrage.

Comme souvent avec ce type d'ouvrage, surtout quand il est à la fois aussi daté (on se rapproche des quarante ans) et aussi restreint dans sa couverture (puisque même les éditions britanniques ne sont pas traitées), l'utilisation que l'on peut en faire est assez limitée. Il ne peut venir qu'en appui d'autres sources pour confirmer (ou infirmer) des données sous réserve qu'elles soient dans son champ d'étude. La courbe de production d'Asimov fait d'ailleurs que seulement un petit tiers de ses écrits sont indexés ici.

De plus, même si l'on reste sur la période et l'aire géographique considérée, une rapide recherche montre que l'exhaustivité de cette bibliographie n'est pas garantie puisqu'il manque parfois certaines parutions en anthologie et ce malgré les prétentions de Miller. On pourrait aussi regretter que la bibliographie secondaire liste des livres comme The shape of further things (un recueil d'essais de Brian Aldiss) en mettant en commentaire que cet ouvrage parle peu d'Asimov (je cite : "Aldiss doesn't deal with Asimov at any length"), pourquoi alors l'avoir inclus ? Un travail certain (visiblement dérivé de la thèse de Miller) mais un résultat difficilement exploitable.

Note GHOR : 1 étoile
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15/03/2010
_Better to have loved : The life of Judith Merril_
Better to have loved : The life of Judith Merril : Judith MERRIL & Emily POHL-WEARY : 2002 : Between the lines : ISBN-10 1-896357-57-1 : 282 pages (y compris bibliographie et index) : coûte 25 USD pour un TP grand format, illustré en N&B, disponible chez l'éditeur : http://www.btlbooks.com/New_Titles/bettertohaveloved.htm.

Récompensé par le Hugo de la meilleure non-fiction en 2003, cet ouvrage est donc une autobiographie de Judith Merril (née Judith Grossman), mise en forme par sa petite fille, Emily Pohl-Weary. Judith Merril est une des personnages clés de la SF américaine des années 60-70. Après des débuts d'auteurs solo ou en collaboration avec Cyril M. Kornbluth, sa carrière d'écrivain ne décollera jamais vraiment (au total à peine 5 romans et autant de recueils). Par contre elle sera toujours au coeur du genre (entre autres par ses nombreux amours : Pohl, Leiber, Miller...) et elle prendra une place importante dans celui-ci avec ses anthologies (dont la plus fameuse : England swings SF) qui feront découvrir la New Wave aux USA et sa direction de la partie critique de l'influent magazine F&SF. Refusant la guerre du Vietnam et les dérives de la société américaine, elle émigrera au Canada en 1968 où elle se fixera définitivement.

Cette autobiographie est constitué de l'assemblage de vingt-six chapitres (dont certains ne sont pas inédits, comme par exemple l'introduction au recueil The science fiction of Mark Clifton) écrits par Merril à divers moments de sa vie et parfois prévus expressément pour cet usage. Il suivent logiquement (pour ce type d'ouvrage) un ordre chronologique (même s'il faut parfois deviner les dates de certains évènements) mais ne présentent pas un rythme régulier (certaines périodes entières de la vie de l'auteur sont éludées). A noter qu'une bonne partie de l'ouvrage est constitué de transcription de lettres écrites par Merril ou ses correspondants. Un certain nombre d'annexe sont fournies : chronologie des évènements importants de sa vie, bibliographie, Dramatis Personae et index. L'ouvrage est illustré en N&B (photos, reproductions de couvertures, fac-similés), généralement sous forme de vignettes.

Je dois avouer avoir du mal à comprendre comment cet ouvrage a pu avoir le Hugo. Non pas qu'il soit fondamentalement mauvais mais il souffre d'un certain nombre de handicaps. Tout d'abord, sa structure est peu lisible et le collage effectué ne prend pas puisque les textes repris d'autres sources obéissent à une logique qui n'est pas celle d'une autobiographie. Plus important pour l'amateur d'histoire du genre que je suis, c'est cette partie là (la participation très active et l'influence de Merril) qui est complètement passée sous silence. Les batailles des années 60-70 autour de la New Wave sont par exemple expédiées en quelques lignes au détour d'une page alors que son amour pour Toronto prend plusieurs chapitres. Ce n'est pas en soi répréhensible mais ce livre a été clairement "marketé" en direction du public SF (il n'y a qu'à voir la couverture et le sticker "Hugo Award Winner" rajouté dessus) alors qu'il n'est finalement que peu concerné.

Outre cette démarche que je trouve un peu trompeuse, l'ensemble manque de chaleur et d'amour (malgré son titre et la vie "tumultueuse" de Merril) et peine à être intéressant avec même des parties franchement soporifiques (le fonctionnement détaillé de l'université de Rochdale). La reproduction in extenso de lettres personnelles n'est pas non plus passionnante et donne plus une impression de remplissage qu'autre chose. A cela s'ajoute une bibliographie assez riche mais parfois perfectible (l'édition Française de Outpost Mars est par exemple omise) et des illustrations dont la pertinence est discutable (une couverture d'Analog contenant un texte de Blish sous prétexte qu'il a été membre des Futurians). Au final un livre physiquement agréable (solide, beau papier, mise en page soignée) mais qui n'apporte que peu de choses pour l'amateur de SF qui est censé l'acheter.

Note GHOR : 1 étoile
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12/03/2010
_Isaac Asimov_ (Hassler)
Isaac Asimov : Donald M. HASSLER : 1991 : Starmont House (série "Starmont reader's guide" #40) : ISBN-10 0-930261-31-3 : 129 pages (y compris annexes bibliographiques et index) : coûtait 10 USD pour un TP non illustré, existe aussi en HC (-32-1).

Bénéficiant d'une peu commune (pour cet éditeur) couverture aux reflets métallisés, cet ouvrage fait partie de la longue série des guides publiés par Starmont qui couvrent la plupart des auteurs de F&SF importants (malgré quelques "trous" assez surprenants). C'est donc assez tard dans le développement de cette série qu'elle s'est attaquée au monument de la SF qu'est Asimov, alors que bizarrement, Clarke (sonj alter-égo dans le genre) a été le premier auteur étudié une douzaine d'années auparavant. A noter que Hassler a aussi écrit le guide sur Hal Clement (http://ghor.hautetfort.com/archive/2010/01/07/hal-clement...).

Ce livre commence par une chronologie (comme le veut l'usage dans cette série) et se poursuit par une demi-douzaine de chapitres d'une quinzaine de pages chacun. Après un premier chapitre qui introduit l'auteur, les suivants tracent le développement d'Asimov en se focalisant sur un nombre (logiquement) limité d'oeuvres représentatives des diverses périodes de sa carrière d'auteur de SF. On a donc les premiers récits, les Foundation, les Robots (tendance Susan Calvin), les juvéniles, les robots (tendance Lije Baley) et les deux romans des années 70 et enfin les romans à visées inclusives de la fin. Une courte conclusion termine cette partie qui est suivie par une nombre important d'annexes : bibliographie primaire annotée, bibliographie secondaire annotée (où certains des concurrents de cet ouvrage en prennent pour leur grade) et index.

Comme d'autres livres du même type ne disposant que d'assez peu de place, celui-ci a bien du mal non seulement à rendre compte de la taille de l'oeuvre laissée par Asimov et se trouve forcé de procéder par petites touches, laissant de coté nombre de textes pour réussir à un peu parler de quelques uns. Par exemple, les quatre romans des années 80 et leurs liens avec les textes plus anciens sont expédiés en une dizaine de pages. On se rend donc bien compte de la difficulté d'une telle tâche.

Les annexes, de par leur taille et leur côté commenté sont plus intéressantes que dans d'autres volumes de la série même si les piques de Hassler sur ses prédécesseurs peuvent paraître assez gratuites. Ce d'autant plus que les jugements critiques très élogieux de ce dernier sur les boursouflures finales du bon docteur donnent l'impression d'un inconditionnel plus que d'un critique impartial. Malgré des apartés souvent pertinents (étrangement localisés dans les notes), c'est finalement un livre compétent mais sans grand relief et dépourvu de toute posture originale.

Note GHOR : 1 étoile
08:05 | 08:05 | Etudes mono-auteur | Etudes mono-auteur | Lien permanent | Lien permanent | Commentaires (0) | Commentaires (0) | Tags : anglais, asimov, 1 étoile | Tags : anglais, asimov, 1 étoile