25.08.2009

_Conversations with Isaac Asimov_

Conversations with Isaac Asimov : Carl FREEDMAN (éditeur) : University Press of Mississippi (série "Literary conversations") : 2005 : ISBN-10 1-57806-738-3 : 170 pages (y compris index) : coûtait 20 USD pour un TP facilement trouvable, existe aussi en HC.

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Orné d'une superbe photo du "bon docteur", cet ouvrage est un recueil d'interviews d'Isaac Asimov, probablement l'auteur de SF le plus connu dans le monde. Compilé par Carl Freedman, un universitaire spécialiste du genre (on lui doit par exemple Critical theory and science fiction), il fait partie d'une série en cours d'ouvrages du même type qui inclut aussi un volume sur Ray Bradbury. 

Face aux feux du soleil (Satellite 1961).jpg

Son principe est simple puisqu'il s'agit du rassemblement en un seul volume de plusieurs interviews avec l'auteur étudié. Ici on a droit à une quinzaine de textes d'une longueur très variable (de trois à une trentaine de pages) dont la plupart sont effectivement des interviews (il y a aussi une nécrologie et les minutes d'un panel de 1969 auquel Asimov a participé). Tous les documents sauf un (celui de Gunn) ne sont pas des inédits et sont parus soit dans des magazines d'étude sur le genre (Extrapolation, Science fiction studies) soit dans des publications plus spécialisées (The humanist, Psychology today) ou plus généralistes (Playboy). Il y a aussi des extraits de précédents recueils d'interviews comme la série Science fiction voices.

Science fiction voices 5.jpg

L'ensemble possède un ton hétérogène dû à des styles d'interviewers différents et aborde logiquement des sujets variés suivant les centres d'intérêt des publications dans lesquelles sont parues les interviews. Classé par ordre chronologique (de 1968 à 1990), le livre offre en plus une introduction de Freedman, une chronologie de la vie d'Asimov, une bibliographie sélectionnée (livres seulement) et un index.

Foundation's edge (Del Rey 1983).jpg

Comme Asimov aime bien parler de lui, tant dans ses recueils que dans ses nombreux textes autobiographiques, il n'est donc pas surprenant de ne trouver guère de choses terriblement originales dans cet ouvrage. De plus, certaines interviews s'adressent plus au 'futurologue' professionnel auprès des médias qu'il était devenu et n'offrent donc parfois qu'un rapport assez lointain avec la SF ou l'écriture en se concentrant plus sur la vulgarisation ou les phénomènes de société ("C'est vrai que c'est vous qui avez inventé le terme de robotique ?"). Ce n'est pas forcément inintéressant mais, par exemple, les considérations d'Asimov sur les débuts de la micro-informatique sont d'une pertinence uniquement historique et d'une relevance nulle.

The robots of dawn (Del Rey).jpg

Finalement les interviews les plus intéressantes pour l'amateur de SF sont celles qui sont faites par des gens ayant un minimum de bagage. Ce sont aussi hélas celles que l'on a des chances d'avoir déjà lues. C'est pour cela que le point fort de ce livre est celle réalisée par Gunn. Elle est à la fois inédite, fouillée (c'est la plus longue) et clairement l'oeuvre d'un expert. Elle lui a d'ailleurs servi pour l'élaboration de son ouvrage sur Asimov : The foundations of science fiction.

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Un ouvrage qui n'en n'apprendra pas plus sur Asimov que les pages et les pages qu'il a lui-même rédigées. Un ensemble de paroles du maître à réserver aux complétistes.

 

Note GHOR : 1 étoile

16.06.2009

_Asimov on science fiction_

Asimov on science fiction : Isaac ASIMOV : Granada : 1983 : ISBN-10 0-246-12044-4 : 334 pages (pas d'index ni de bibliographie) : quelques Euros d'occase pour un HC avec jaquette.

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Il s'agit là de la version britannique (légèrement postérieure) d'un ouvrage initialement publié par Doubleday aux USA en 1981. C'est un recueil de 55 petits (au plus une demi-douzaine de pages) textes d'Asimov tournant autour de la SF. La grande majorité d'entre sont des éditoriaux tirés de divers magazines ayant porté le nom d'Asimov, le toujours vivant ASF (ex IASFM) et le rapidement décédé ASFAM, une tentative au format plus grand et au contenu plus distrayant que le précédent. Le reste est composé de préfaces ou d'articles issus de magazines ne faisant pas forcément partie du genre. Globalement les textes datent de la fin des années 70 (quelques uns qui sont nettement plus anciens). 

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Après une petite introduction, l'ouvrage est divisé en 8 grandes parties d'importance inégale qui traitent des sujets aussi divers que l'écriture de la SF, le fandom ou des critiques. Chaque texte est précédé d'un petit chapeau introductif mais les références de parution sont à chercher sur la page des copyrights. A noter qu'aucun index ni aucune bibliographie ne sont fournis.

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Pour résumer l'ouvrage, il s'agit donc d'une suite de petites conversations avec l'auteur où se mêlent conseils, réminiscences et avis sur le genre et son évolution. En matière de ton, c'est bien sûr de l'Asimov typique en mode non-fiction, à savoir un mélange de savoir bien réel, de style transparent et de fausse modestie. Cela se laisse lire plutôt par petits bouts mais donne plus l'impression d'un apéritif que d'un solide repas.  

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Une fois passé le côté parfois pénible des plaisanteries du "bon docteur", il y a parfois des choses intéressantes dans ce livre (au hasard l'article sur Weinbaum) et des éléments autobiographiques ou biographiques sur les nombreux acteurs majeurs du genre qu'Asimov a côtoyés, mais l'absence de tout index le rend complètement inutilisable pour des recherches futures. Cette perte d'information (à moins de relire le livre régulièrement, chose à réserver aux fanatiques) est tout simplement dommage (*).

 

Note GHOR : 1 étoile

 

(*) : Pour les puristes, cet ouvrage a été toutefois indexé par Justice dans son Science fiction master index of names (voir http://ghor.hautetfort.com/archive/2008/12/31/science-fic...).

15.06.2009

_Asimov analyzed_

Asimov analyzed : Neil GOBLE : The Mirage Press (Voyager Series #113) : 1972 : pas d'ISBN : 174 pages (y compris bibliographie mais pas d'index) : coûtait à l'époque 6 USD pour un HC avec jaquette, peut se trouver d'occase.

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Paradoxalement, on évoque souvent le style d'Asimov, généralement pour en déduire qu'il est au mieux inexistant ou transparent, au pire pédestre ou lourd. Face à ce lieu commun, Goble (journaliste et officier dans l'USAF) a voulu fournir des éléments factuels sur ce fameux style dans un ouvrage qui est parti de sa thèse sur Asimov.

Pebble in the sky (Bantam 1964).jpg

Ce livre est divisé en trois parties d'inégale importance. La première et la plus courte ("Biographical study") est consacrée à une biographie sommaire, centrée sur les écrits de l'auteur et son activité dans ses deux domaines de prédilection, la SF et (surtout) les ouvrages de vulgarisation. La deuxième partie ("Statistical analysis") représente le gros du travail de Goble (surtout quand on se rappelle les moyens techniques inexistants de l'époque) et consiste en une suite de tableaux de données largement commentés par type d'ouvrages (SF, essais scientifiques, dissertations, livres d'histoire...). Les données rassemblées par Goble sont assez classiques (nombre de mots par phrase, nombre de phrases par paragraphe, pourcentage de syllabes...) et donnent une première idée de la lisibilité des écrits d'Asimov. La dernière partie ("Rhetorical analysis") est plus subjective et passe en revue divers éléments pas toujours mesurables (utilisation des parenthèses, collaborations, diction...) du style de l'auteur. Divers appendices terminent l'ouvrage, essentiellement des données bibliographiques primaires et secondaires.

The end of eternity (Lancer 1966 72-107).jpg

Face à un tel ouvrage, on reste tout d'abord impressionné par la quantité de travail que l'on devine derrière celui-ci. Imaginez les comptages à la main (pas de Word en 1972) nécessaires pour obtenir ne serait-ce qu'un nombre de mots par phrase relativement fiable. L'idée de Goble est originale (je ne connais pas d'autres exemples de la même époque, même si Westfahl fera plus tard des choses similaires sur une plus petite échelle) et surtout courageuse.

The end of eternity (Lancer 1966 74-818).jpg

Le résultat est d'un bon niveau et permet de discuter un peu sérieusement du style d'Asimov, éléments chiffrés à l'appui. On regrettera surtout de ne pas disposer d'un ouvrage similaire sur d'autres auteurs de SF, ce qui aurait permis des comparaisons à coup sûr intéressantes. Même si la vulgarisation était peut-être la vraie vocation d'Asimov, on pourra aussi trouver dommage que la partie dévolue à ses écrits de SF soit plutôt limitée (un quart de l'ouvrage lui est consacrée).

The man who upset the universe (Ace 1952).jpg

Un ouvrage fort original dont seule la faible relevance vis à vis du genre est à regretter. On aimerait bien lire une suite consacrée aux textes tardifs d'Asimov histoire de pouvoir vérifier si leur côté verbeux est une réalité. 

 

Note GHOR : 2 étoiles

12.06.2009

_Asimov : The unauthorized life_

Asimov : The unauthorized life : Michael WHITE : Millenium : 1994 : ISBN-10 1-85798-120-0 : 257 pages (pas d'index, bibliographies) : coûtait à l'époque 18 GBP pour un HC avec jaquette, se trouve facilement d'occase pour une somme modique.

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Même si Asimov nous a laissé un grand nombre d'éléments autobiographiques, tant dans ses nombreux recueils de nouvelles ou dans des volumes entiers dont certains ont été traduits, il existe toujours pour un auteur aussi connu (y compris hors du genre) une place pour une biographie "extérieure". C'est donc à cette tâche que White s'est attelé. Le résultat de son travail est un ouvrage relativement classique dans sa forme qui consiste donc en une narration chronologique de la vie d'Asimov de sa naissance en 1920 (du moins c'est la date communément admise) en Russie à sa mort en 1992.

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Organisé en une quinzaine de chapitres, le livre détaille bien sûr la vie d'Asimov mais se penche aussi beaucoup sur ses écrits et particulièrement sur sa SF. De nombreux textes sont donc analysés et évalués, à la fois dans leurs qualités (et défauts) intrinsèques mais aussi dans leur relation avec les éléments personnels de la vie de l'auteur. En bonus on a une maigre (par rapport au volume total de ses écrits) bibliographie des fictions d'Asimov (deux pages) et une bibliographie générale sur la SF (une page).

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Globalement, le récit de White est assez favorable à l'auteur, mais sans excès, ce qui nous change un peu de la pénible autosatisfaction ou autoglorification des autobiographies du Maître. Il se focalise assez sur la vie domestique d'Asimov et nous conte nombre d'anecdotes sur ses aventures sentimentales, en restant toutefois assez flou. Techniquement, la lecture est plutôt agréable et la maquette aérée.

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Malgré son côté rafraîchissant et parfois un peu iconoclaste, on pourra regretter que White n'ait visiblement effectué que peu de recherches personnelles (la maigreur de la bibliographie secondaire en atteste). En effet, la quasi-totalité des informations factuelles sont tirées de la masse des écrits d'Asimov (ce qui se vérifie aisément par les notes de bas de page). Les autres éléments fournis par White semblent parfois sortis directement de son imagination ou relever de suppositions psychologiques peu étayées. Ce côte un peu "léger" du travail fourni est assez clairement perceptible dès la préface où White avoue ingénument ne jamais avoir rencontré Asimov pour écrire son livre alors qu'il était encore vivant au moment où il décide de commencer sa biographie. Ce manque d'investissement peut expliquer, par exemple, que White place Heinlein parmi les Futurians (page 41), ce qui, en plus de la simple erreur factuelle aisée à corriger et à détecter (c'est un groupe sur lequel il a été beaucoup écrit), pose des questions sur sa connaissance du genre et de son histoire. 

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Au final, c'est un ouvrage très lisible et qui nous montre un Asimov parfois loin de son image (souvent autopromue) habituelle de génie jovial et sympathique. Il est toutefois très loin des standards désormais atteints par le genre (cf. Phillips sur Tiptree), très probablement à cause d'un manque de travail. Pour finir, on regrettera l'absence d'index, très pénalisante et qui rend cet ouvrage quasiment inutilisable comme source biographique.

 

Note GHOR : 2 étoiles