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20/06/2026

_Civilisation et divagations_

Civilisation et divagations : Mort, fantasmes et science-fiction : Louis-Vincent THOMAS : 1979 : Payot (collection "Petite bibliothèque Payot" # 354) : ISBN-102-228-33540-1 (la fiche ISFDB du titre, dans la base à Bruno) : 285 pages (y compris bibliographie mais pas d'index) : prix original inconnu pour un pb non illustré : trouvable d'occase.

Civilisation et divagations.jpg

Hasard de l'ordre alphabétique, voici un ouvrage qui ressemble, dans l'esprit, à The Child to Come évoqué récemment ici. Dans le cas du livre de Thomas (un universitaire français), nous sommes invités à une réflexion sur la mort (la spécialité de l'auteur, inventeur de la thanatologie) enrobée et illustrée par des textes (et des films) de science-fiction. Qu'il s'agisse de la mort de individu (et de son corollaire l'immortalité), de celle de la civilisation ou de celle, plus réduite, de la ville, les diverses parties de l'ouvrage suivent un même schéma : une partie "théorique" souvent basée sur des données scientifiques (des années 70 quand même) et un survol de la façon dont la SF a traité le sujet.

Un homme contre la ville (Folio 1981-02).jpg

D'une façon assez logique, la partie explicative est d'un intérêt faible tant elle est datée dans ses données (le plan Peyrefitte ?) et dans ses analyses. Par contre, la partie "SF" malgré un certain mépris qui transparait parfois, est plus intéressante et témoigne d'une vraie connaissance du domaine par l'auteur. Outre les auteurs français de l'époque (Pelot, Andrevon, Curval), l'auteur convie les "classiques" (Van Vogt, Asimov, Bradbury) ainsi que les plus récents des anglo-saxons du moment (Silverberg, Priest, Coney). Un échantillon d'une telle richesse est quand même plutôt rare sous la plume d'un universitaire français (qui plus est en 1979). Le résultat (pour la partie concernant le genre) est parfaitement lisible même s'il reste quand même du niveau de la simple illustration des thèses de l'auteur. On est face à un catalogue des idées développées par la SF qui ne peut prétendre constituer une véritable réflexion sur le genre lui-même (ce n'est d'ailleurs sans doute pas le propos de Thomas). À noter que cet ouvrage a obtenu le prix spécial de l'imaginaire en 1980.

Delirium Circus (JL 1977-11).jpg

Note GHOR : 2 étoiles (pour la partie SF)

16/06/2026

_The Child to Come_

The Child to Come : Life after the Human Cattastrophe : Rebekah SHELDON : 2016 : University of Minnesota Press : ISBN-13 978-0-8166-8988-0 (la fiche ISFDB du titre) : ix+235 pages (y compris index, bibliographie dans les notes) : coute 25.00 USD pour un tp non illustré : disponible chez l'éditeur, existe aussi en ebook.

anglais,1 étoile

Sous la plume d'une assistante professeur d'anglais à l'université du Minnesota (qui édite le livre), voici un ouvrage que je pourrais qualifier de "fourre-tout". En effet, si l'on consulte la liste des sujets sous lesquels le livre peut être classifié par la LoC (c'est page iv)  on trouve : Nature/Children/Global environmental change/Human ecology/Feminist theory (un œil acéré notera que la SF n'en fait pas partie). Pratiquement (et si j'ai bien compris), il s'agit d'une sorte de réflexion sur la place (et le rôle) de l'enfant dans les sciences du vivant et dans l'écologie illustré par sa place dans les récits apocalyptiques.

anglais,1 étoile

Bien sûr, et comme on pouvait s'y attendre, c'est écrit dans un jargon parfois aux limites du compréhensible (ou de l'hyper complexification délibérée) et c'est particulièrement pénible à lire (pour moi en tout cas). Toutefois, au milieu de cette bouillie théorique et servant d'illustration aux propos de l'autrice, on trouve des vrais morceaux de réflexion sur des œuvres de SF. Souvent originales ou à contre-courant des interprétations habituelles (mais parfois pas inédites), les analyses de Sheldon surnagent dans l'ensemble. Par contre, comme souvent dans le monde académique, quel manque d'originalité dans les choix des œuvres ! Que des choses balisés, propres sur elles, connues des ignares es-SF et "acceptables". On a donc bien sûr Ballard (mais juste un peu), Atwood (prix Nobel), McCarthy (à la mode à l'époque) et Russ (pour la caution féministe). Il y a aussi une pincée de Le Guin et de Ishiguro. C'est à peu près tout si l'on y ajoute la série Galactica des années 2000. Ce ne sont que là que des auteurs ou des œuvres sur lesquels on a glosé des milliers de fois. Au final une bouillie réchauffée, fade et indigeste dont le seul intérêt est qu'elle peut facilement se lire en diagonale (il suffit de repérer les paragraphes de jargon) pour arriver aux bouts intéressants.

anglais,1 étoile

Note GHOR : 1 étoile (pour les grumeaux)

08/06/2026

_Celestial Empire_

Celestial Empire : The Emergence of Chinese Science Fiction : Nathaniel ISAACSON : Wesleyan University Press (série "Early Classics of Science fiction") : ISBN-13 978-0-8195-7668-2 (la fiche ISFDB du titre) : viii+259 pages (y compris index et bibliographie) : coûte 25.95 USD pour un tp illustré de quelques gravures en n&b : disponible chez l'éditeur, existe aussi en hc et ebook.

Celestial empire.jpg

Voici un ouvrage sur un sujet bien particulier. Sous la plume d'un professeur américain  de littérature chinoise, il s'agit en effet d'une histoire de l'émergence de la SF en Chine au tournant du XXème sicle (c'est à dire la période de la dynastie Qing). Pour tout dire le dépaysement est total et une partie du livre est consacrée à permettre au lecteur de comprendre les conditions politico-économiques qui prévalaient à l'époque ainsi que la culture d'un pays affaibli et victime d'une colonisation rampante de la part des Européens (et des Japonais). En matière de structure, l'ensemble est divisé en sept chapitres ainsi qu'une introduction et une conclusion et comporte de copieuses notes (plus de vingt pages), un glossaire, une bibliographie et un index.

Chine Les guerres de l'opium.jpg

Si le paysage culturel semble bien brossé (malgré quelques termes obscurs et pas vraiment traduits), la partie relative à la science-fiction m'a nettement moins convaincu. Tout d'abord, le nombre de textes évoqués et étudiés (en gros un par chapitre) est très limité et se compte (au mieux) sur les doigts de deux mains. Impossible de savoir si c'est par choix, par manque de disponibilité ou simplement parce que la SF était un genre inconnu ou incompatible culturellement avec le pays. Cette petitesse de l'échantillon conduit d'ailleurs l'auteur à consacrer un chapitre à ce qui semble être des textes relevant de la vulgarisation scientifique ou de la futurologie. Ensuite, certaines de ces rares œuvres semblent n'appartenir que de très loin au genre malgré les affirmations de l'auteur (il s'agit plutôt visiblement soit d'utopies soit de voyages fantastiques). De toute façon on est clairement dans la proto-SF et il est amusant de voir Isaacson plaquer le label "Science Fiction" sur des textes écrits bien avant que le nom existe.

L'équateur d'Einstein (Actes Sud 2021-12).jpg

Du coup, et malgré une timide ouverture en fin d'ouvrage sur la SF chinoise"actuelle", le résultat est à la fois intéressant et décevant. Intéressant parce qu'il ouvre sur un univers littéraire vraiment "autre" et parfaitement méconnu mais décevant parce que, comme souvent avec les ouvrages sur la proto-SF, les textes passés en revue sont à la fois introuvables (ici encore plus que pour le domaine européen) et ne sont souvent pas vraiment pertinents ou utiles pour mener une réflexion sur le genre tellement ils en sont loin. 

La mort immortelle (Babel 2024-04).jpg

Note GHOR : 1 étoile (fascinant mais d'une utilité limitée)

25/05/2026

_Cartographie du merveilleux_

Cartographie du merveilleux : Guide de lecture : André-François RUAUD : 2008 (2001 pour l'EO) : Folio (collection SF, pas de numéro dans la collection sur l'ouvrage même si la base à Bruno indique #57) : ISBN-13 978-2-07-041649-3 (la fiche ISFDB du titre, dans la base à Bruno) : 287 pages (y compris index, pas de bibliographie) : offert pour l'achat de deux Folio SF à l'époque : se trouve assez aisément.

Cartographie du merveilleux.jpg

Quatrième mousquetaire des ouvrages de référence sur les genres de l’imaginaire publiés par Folio à ses débuts (après Valéry sur la SF, Marcel sur Fantastique et Berthelot sur on ne sait pas trop quoi), voici Ruaud sur le Merveilleux. En fait, comme on le voit bien sur la couverture, son sujet d'étude est en fait la Fantasy mais Merveilleux fait sans doute plus "chic". On va retrouver dans cet opus le format des autres titres, à savoir deux parties : 1) une histoire du genre (une centaine de pages) et 2) un guide de lecture qui liste 100 ouvrages ou cycles (ils sont en gras) avec en moyenne une page et demie pour chacun. On a aussi une chronologie, deux index (par artiste et par titre) et les coordonnées de deux librairies où se procurer des ouvrages en VO.

L'enfant contre la nuit (RL 1978).jpg

Même si le résultat est parfois approximatif (Elric publié au Club du Livre d'Anticipation, des cycles aux noms bizarres dont les composants ne sont même pas listés), fait (comme d'habitude) la part plus que belle dans les références aux ouvrages écrits ou édités par l'auteur (Yellow Submarine, Les Moutons Électriques), inclut une de ses anthologies (Fées & Gestes), l'ensemble se laisse lire. La partie historique est synthétique et assez claire, même si elle (AMHA) se focalise un peu trop sur les précurseurs (les décennies 80 et 90 sont expédiées en quinze pages). Le guide de lecture correspond aux goûts de l'auteur et serait sans doute différent sous la plume d'un autre, mais c'est un peu la loi du genre. Au final, une bonne initiation à la Fantasy à un prix défiant toute concurrence.

Fées & gestes (EV 1998-09).jpg

Note GHOR : 2 étoiles (fait le job)

02/05/2026

_Logique de la science-fiction_

Logique de la science-fiction : De Hegel à Philip K. Dick : Jean-Clet MARTIN : 2017 : Les Impressions Nouvelles : ISBN-13 978-2-87449-151513364-3 (la fiche du titre sur l'ISFDB , dans la base à Bruno ) : 341 pages (avec bibliographie mais pas d'index) : coûte 22.00 Euros pour un TP non illustré : ne semble pas disponible chez l'éditeur, mais se trouve en ligne.

Logique de la science-fiction.jpg

Publié par un éditeur belge qui semble plus spécialisé dans la BD, cet ouvrage est dû à un philosophe et historien de l'art français. Dans la mesure où j'ai compris le projet de l'auteur, il s'agit d'une sorte d'illustration par la SF de la pensée du philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel et en particulier de son Logique dont il suit la structure en trois parties principales : l'être, l'essence et le concept. En gros, il s'agit d'une sorte de sandwich qui mêle deux tiers de réflexions sur les théories d'Hegel en les reliant à un tiers d’œuvres appartenant au genre. Sur la partie philosophique, je suis totalement incompétent (au mieux, cela m'a rappelé mes cours de Terminale) et je dois avouer que l'auteur n'a pas vraiment réussi à m'intéresser à son sujet, sans doute par un excès de jargon et de concepts qui semblent évident pour lui mais forcément pour le profane. Il évoque par exemple le paradoxe de Zenon d'Élée (une somme infinie qui donne un résultat fini) sans l'expliquer pour ceux qui ne le connaîtraient pas.

Le cycle du A (JL 2010-04).jpg

En ce qui concerne la partie SF, je suis plutôt dubitatif. Bien sûr, même si l'on ne peut que constater rapidement l'habituelle fixette sur PKD propre aux universitaires français, les autres références au genre sont assez variés (d'Asimov à Haldeman en passant par Lem), parfois assez récentes (Bear, Baxter, Wilson) et en tout cas portent sur des textes reconnus. Toutefois, et sans que je puisse l'étayer complètement, il y a une sorte de distorsion des textes originaux par Martin pour pouvoir les insérer dans son discours, comme quand il analyse le nom du héros du Monde des A (Gosseyn) qui serait formé de Ghost (esprit ???) et de Sein/Seyn (être en allemand) ou qu'il voit la psychohistoire d'Asimov comme une histoire de l'esprit. À cela s'ajoutent des affirmations étonnantes comme la désignation d'un texte de Gabriel Tarde (Fragment d'histoire future) comme "premier recours à la science-fiction". Mais bon, un homme qui trouve que Le cycle du A (il a l'air de penser que c'est un seul roman, sans doute parce qu'il utilise l'omnibus J'ai Lu) est un texte génial ne peut pas être complètement mauvais.

Le cycle du A (JL 2014-07).jpg

Note GHOR : 1 étoile (pour agrégés de philosophie, pas pour agrégés de SF)