30.09.2009

_Démons et merveilles de la science fiction_

Démons et merveilles de la science fiction : Henri GOUGAUD (assisté de Alain LACOMBE) : 1974 : Julliard : pas d'ISBN : 189 pages (pas d'index) : TP grand format abondamment illustré en N&B qui se trouvait en neuf il n'y a pas si longtemps.

Demons et merveilles de la SF.jpg

Henri Gougaud ne fait pas vraiment partie du milieu de la SF. Ce personnage est un poète et un conteur qui nous donne ici un ouvrage inclassable. C'est la fois "coffee-table book" par sa taille, son papier de qualité et son iconographie et c'est aussi une réflexion fleurie sur le genre et une tentative de démontrer les liens entre les archétypes fantastiques et les thèmes les plus couramment abordés par la SF, la thèse de Gougaud étant (semble t-il) que celle-ci n'existe pas, étant une simple réincarnation du Fantastique (une théorie assez courante dans le milieu intellectuel français, cf. Sternberg).

Une succursale du fantastique nommée science-fiction.jpg

Ce livre est divisé en exactement dix chapitres d'une petite vingtaine de pages. Chacun d'eux est consacré à un thème ou à une image soit propre au genre (le robot, le vaisseau spatial, l'extraterrestre) soit tel que traité par la SF (la femme, la ville, le vertige). Gougaud y passe en revue l'historique partiel de ce concept au sein du genre tout en l'entourant de ses propres réflexions. Le tout est illustré de nombreuses images pleine page, des images qui sont essentiellement tirées du cinéma (japonais en particulier) ou de l'illustration fantastique "classique" (Escher, Piranèse, Bosch). D'une façon somme toute assez logique, l'ouvrage ne comporte pas d'index ni de bibliographie.

Planète interdite (RF 1957).jpg

Il faut reconnaître à Gougaud une grande connaissance du genre, le nombre et la variété des exemples qu'il fournit pour illustrer les thèmes étudiés en attestant (de Butler à Smith, de Orwell à Vance, du roman fleuve à la nouvelle isolée, y compris en VO). Malgré tout, le discours n'est pas d'une limpidité évidente et le style parfois surchargé complexifie la lecture inutilement. De toute façon, je ne pense pas qu'il ait été dans le projet de l'auteur d'écrire un ouvrage analytique mais plutôt une sorte d'ensemble quasi onirique crée par associations libres. Cette construction explique aussi un certain nombre d'approximations (dont une : la traduction de "fantasy" dans une citation de Van Vogt par "fantastique", au tout début du livre révèle nettement le parti pris de l'auteur) et d'ellipses (des résumés de texte non attribués qui les rendent non identifiables).

La machine à tuer (OPTA 1969).jpg

L'iconographie souffre d'un nombre de faiblesses plus inquiétant. On passera sur le fait que pour Gougaud (ou pour Lacombe qui semble avoir réalisé cette partie du livre), la SF soit visuellement représentée par des images "acceptables" par un public cultivé soit parce qu'elles n'en sont pas vraiment (il y presque une dizaine de gravures d'Escher), soit parce qu'elles sont aux marges de l'art (Druillet) soit parce qu'elles sont suffisamment exotiques (les films japonais). En tout cas, il n'y a aucune image issue d'un pulp et aucune illustration de couverture, un point paradoxal pour un ouvrage qui traite essentiellement de la SF écrite. Plus inquiétant est le fait que la personne qui a légendé les illustrations ne connaît pas grand chose au genre. En effet, une image (les fameux robots policiers au visage métallique) tirée de THX-1138 est par exemple libellée "Robot cosmonaute", on trouve aussi ce qui semble bien être l'arrivée sur la lune de la navette dans 2001 comme représentant un "extraterrestre machinal" (sic). Tout cela n'est guère sérieux. 

Patrouilles (FN 1984).jpg

Dommage pour ce livre qui est une sorte d'ode à la SF. Un acte courageux (pour l'époque) mais qui est à la fois plombé par une théorie sous-jacente (SF = Fantastique modernisé) largement discutable ou méritant au moins plus de sérieux dans la démonstration et par une iconographie choisie à la va-vite.

 

Note GHOR : 1 étoile

29.09.2009

_Demand the impossible : Science fiction and the utopian imagination_

Demand the impossible : Science fiction and the utopian imagination : Tom MOYLAN : 1986 : Methuen (série "University Paperbacks" #943 : ISBN-10 0-416-00022-3 : 242 pages (y compris bibliographie et index) : coûtait 8 GBP pour un petit TP aisément trouvable, existe aussi en HC (-00012-6).

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Ce livre est l'oeuvre de Tom Moylan, un critique plutôt connoté comme marxiste et féministe dans le monde académique anglo-saxon (le premier qualificatif est parfois considéré comme un défaut, le second comme une qualité). Son propos est de nous confronter à ce qu'il appelle les "utopies critiques" par le biais de quatre romans appartenant à ce courant. Pour Moylan, ce genre d'utopie constitue en quelque sorte la troisième génération de textes. Après les premières utopies plutôt statiques et presque trop parfaites est venu le temps des dystopies, sorte d'inverses des précédentes. Finalement, dans les années 60 et dans le sillage des divers mouvements d'émancipation, arrivent ces utopies critiques qui sont certes en réaction vis à vis des excès de la société (libérale) mais proposent aussi un "mode d'emploi" pour réaliser la transition.

Triton (CL 1977).jpg

L'ouvrage se divise en deux parties principales. La première ("Theory") expose donc en une cinquantaine de pages cette évolution des écrits utopiques suivant la progression définie par l'auteur. La seconde ("Texts") se consacre, comme son nom l'indique, en une étude détaillée (plus de trente pages) de quatre romans représentatifs de ces utopies critiques : The female man (Russ), The dispossessed (Le Guin), Woman on the edge of time (Piercy) et Triton (Delany). Chacun des romans fait l'objet d'un chapitre qui le situe d'abord dans le contexte général du genre et dans la carrière de l'auteur, puis qui le dissèque méticuleusement avec l'appui de nombreux extraits. Une bibliographie (primaire et secondaire mélangés) et un index complètent l'ouvrage.

The new atlantis (Tor Double 13).jpg

Il n'y a pas grand chose à dire sur les démonstrations de Moylan qui bénéficient de la longueur suffisante pour se déployer, d'une lecture très fine et d'une contextualisation appréciable. On pourra parfois lui reprocher un certain dogmatisme lié à une idée parfois trop bien arrêtée de ce que devrait être une utopie pour ses semblables. On notera aussi certains passages (surtout dans la première partie) parfois un peu pesants. L'ensemble est toutefois abordable et parvient à rendre intéressant un sujet assez austère.

Rocannon's world (Ace Double G-574).jpg

En fait, ce qui est un peu dommage est que, une fois de plus, ce livre fait la démonstration de l'étroitesse du canon acceptable pour les études sur le genre dès lors qu'elles sont issues du système universitaire. Les processus de formation du canon sont certes assez connus (voir Westfahl & Slusser), mais j'avoue que je suis victime d'une overdose massive de LeGuin/Delany/Russ (avec un zeste de Piercy ou Lem), des auteurs importants par la qualité de leur production mais dont l'influence sur la SF "réelle", celle qui est écrite, vendue, lue et par opposition au tout petit monde des "SF Studies" ne semble pas être proportionnelle à leur présence dans les ouvrages académiques.

 

Note GHOR : 2 étoiles

28.09.2009

_Critical encounters : Writers and themes in science fiction_

Critical encounters : Writers and themes in science fiction : Dick RILEY (éditeur) : Ungar (série "Recognitions") : 1978 : ISBN-10 0-8044-2713-5 : 183 pages (pas d'index) : un HC avec jaquette qui se trouve d'occasion pour presque rien, existe aussi en TP (-6732-3).

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Cet ouvrage, que je n'ai acquis que récemment, est (logiquement) le prédecesseur de Critical encounters II (voir http://ghor.hautetfort.com/archive/2009/09/03/fa4b17a1476...). Il s'agit donc d'un recueil d'essais dus à diverses plumes dont la plupart sont assez obscures et assez éloignées du genre si l'on excepte O'Reilly (auteur d'un livre sur Herbert chez le même éditeur et dans la même collection) et des gens comme Fiedler ou Samuelson.

Frank Herbert (Ungar).jpg

Dans la pratique, ce livre rassemble neuf textes d'une taille assez homogène (une petite vingtaine de pages) qui se consacrent soit à un auteur, un cycle ou un ouvrage en particulier. On trouve donc, dans l'ordre : Fiedler & Mele sur la série "Robots" d'Asimov, Johnson sur les nouvelles d'invasion (de la Terre ou par les Terriens) de Bradbury, O'Reilly sur Dune, Bucknall sur l'androgynie dans The left hand of darkness, Podojil sur Daughters of Earth de Merril, Menger sur les attraits de Childhood's end, Von Glahn sur The Einstein intersection de Delany, Sackmary sur divers textes de Sturgeon et Samuelson pour une analyse de Stranger in a strange land (Heinlein). Plusieurs pages de notes sont rassemblées à la fin mais l'ouvrage ne comporte pas d'index (une habitude dans cette série).

Homecalling (NESFA 2005).jpg

Pour ce premier volume, il est clair que le choix des sujets traités a été fait pour attirer un maximum de clients potentiels. Les novices es-SF avec des auteurs ou des oeuvres connus (Asimov, Bradubury, Dune), les étudiants ou le secteur littéraire avec des textes qui figurent dans les cursus universitaires ou qui ont une réputation de sérieux (The left hand of darkness, The Einstein intersection) et même les connaisseurs du genre avec des auteurs appréciés en interne (Sturgeon) ou des textes moins connus (Merril).

L'intersection Einstein (OPTA 1977).jpg

En matière de qualité des articles, il y a tout de même quelques scories comme le premier essai (sur Asimov) qui "rame" un peu et ne semble pas très documenté (aucune mention de l'influence de Campbell sur les trois lois de la robotique) ou celui sur Sturgeon dont on ne voit pas trop où l'auteur veut arriver malgré un thème (les trios) séduisant. En positif on notera (parmi d'autres) l'essai sur Heinlein qui place le roman dans le contexte des années 60 et celui sur Merril, une grande dame de la SF mais qui n'est que rarement considérée sous l'angle de l'écrivain.

En terre étrangère (ES 1974).jpg

Un bon petit ensemble, parfois inégal et pour lequel on pourra peut-être regretter un trop grand classicisme dans le choix des sujets traités.

 

Note GHOR : 2 étoiles

25.09.2009

_The jewel-hinged jaw : Notes on the language of science fiction_

The jewel-hinged jaw : Notes on the language of science fiction : Samuel R. DELANY : Wesleyan University Press : 2009 : ISBN-13 978-0-8195-6883-0 : 254 pages (y compris index) : plus d'une vingtaine d'Euros pour un TP, disponible chez l'éditeur (http://www.upne.com/0-8195-6883-X.html).

The jewel-hinged jaw.jpg

Samuel R. Delany est un de ces auteurs/critiques qui sont un peu une spécialité du genre (on pensera à Blish, Knight ou plus récemment à Broderick). Il est donc aussi connu pour ses écrits de fiction (Nova, Babel 17) que pour ses positions théoriques sur le genre, parfois féroces mais empreintes d'une passion pour celui-ci sans être jamais complaisantes. Cet ouvrage est globalement la reprise d'un recueil d'essais de l'auteur initialement paru en 1978. Pour cette parution et par rapport à l'édition originale, on notera que le contenu de l'ouvrage n'est pas le même, que certains textes ont été révisés et que l'ordre des essais a été modifié.

Babel 17 (Sphere 1969).jpg

Cette version contient donc une dizaine de textes de longueur très variable (de moins de dix à soixante pages) qui datent des années 65-75. Comme souvent chez Delany, les thématiques abordées sont multiples (le féminisme, la définition et la réception de la SF, les protocoles de lecture du genre) et les essais ont parfois tendance à partir dans de multiples directions, alimentés par de nombreuses expériences personnelles. Malgré tout, un certains nombres de textes se concentrent sur des oeuvres précises (la série Alyx de Russ ou une longue lecture de The dispossessed de Le Guin) ou certains auteurs particulièrement appréciés par Delany (Disch et Zelazny). En annexe on remarquera le seul texte récent (2003) qui est une sorte d'analyse de la société américaine des années 50 sous l'angle des discriminations (raciales ou sexuelles). Un index thématique complète cet ouvrage.

The genocides (Panther 1968).jpg

A la lecture de ces textes qui ont plus de trente ans, on est frappé de la qualité de l'analyse de Delany et surtout de son actualité. A l'époque il explorait déjà la problématique des protocoles de lecture propres au genre (dans le très connu essai About 5,750 words) et s'interrogeait déjà sur la signification de la propension de la SF à générer des cycles. Même s'il est clairement ancré dans un paysage SF de son époque, les réflexions de l'auteur sont toujours pertinentes de nos jours. Ses analyses de textes précis sont assez pénétrantes malgré un choix d'oeuvres plutôt convenues (Le Guin, Russ, Disch) et font regretter qu'il ne se soit pas plus souvent livré à cet exercice.

Nova (LDP 1988).jpg

On regrettera que le très intelligent Delany ait les défauts de ses qualités, à savoir un discours parfois complexe et qui peine à se maintenir sur une seule ligne directrice avec des changements assez abrupts au sein d'un même essai. Un défaut récurrent, y compris dans le seul texte récent (celui sur les années 50) dont l'inclusion, malgré son intérêt général, dans l'ouvrage n'obéit à aucune logique évidente. La lecture de l'ensemble n'est d'ailleurs guère facilitée par une présentation peu aérée qui oblige à une lecture appliquée. Ce recueil ressemble des pièces indispensables pour qui veut connaître l'histoire de la réflexion sur le genre même si le contexte éditorial (tel que décrit dans Letter to a critic) a nettement changé.

 

Note GHOR : 2 étoiles

24.09.2009

_Deconstructing the starships : Science, fiction and reality_

Deconstructing the starships : Science, fiction and reality : Gwyneth JONES : 1999 : Liverpool University Press (série "Science fiction texts and studies" #16) : ISBN-10 0-85323-793-X : viii + 221 pages (y compris bibliographie et index) : coûtait 12 GBP pour un TP, existe en HC.

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Ce livre est un recueil d'écrits de Gwyneth Jones, auteur britannique et membre important de la communauté académique gravitant autour de la SF.  Ecrivant souvent dans une perspective féministe, Jones est surtout connue pour ses deux séries "Aleutian" et "Bold as love". C'est aussi, sous le pseudonyme de Ann Halam une auteur de juvenile réputée outre-manche avec une vingtaine de romans à son actif.

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Cet ouvrage, paru dans l'importante série de livres sur la SF publié par l'université de Liverpool, rassemble des textes parus entre 1986 et 1997. Il s'agit soit d'articles, soit des transcriptions de discours, soit de longues critiques. Ce recueil est divisé en trois parties principales : 1) "All science is description" (4 textes) qui contient des textes de portée assez générale (SF et féminisme, les loisirs du futur dans le genre, Lewis & Tolkien...); 2) "Science, fiction and reality" (4 textes) commence par évoquer le Cyberpunk puis nous livre un éclairage sur le processus qui l'a conduit à concevoir sa série "Aleutian" qui met en scène des extra-terrestres à la biologie différente de la notre; 3) "The reviews", la partie la plus longue (la moitié du livre) qui propose 12 critiques de textes (de Brin à Stephenson) ou d'oeuvres complètes (de Cherryh à Le Guin) détaillées parues dans Foundation. Une courte bibliographie (2 pages) et un index clôturent l'ouvrage.

Glory season (Bantam 1994).jpg

Le problème avec les ouvrages de ce type est qu'ils manquent généralement d'unité. C'est assez logique vu qu'il s'agit d'une compilation de textes produits pour des occasions différentes et vers des publics eux aussi différents. Le seul lien que l'ont peut trouver à cet ensemble assez disparate est la posture féministe qui baigne l'ensemble avec des dénonciations parfois féroces de certains travers machistes qui perdurent dans la SF (comme dans Snow crash). Il est dommage que cette grille d'analyse nous inflige une nième discussion des habituels textes de Lefanu, Tepper, Charnas ou Le Guin, un domaine où il est hélas difficile d'innover.

Snow crash (Bantam 1993).jpg

Plus intéressants, peut-être parce que plus personnels ou moins prévisibles, sont les articles où Jones nous parle de son métier et des origines de certaines de ses fictions. Ils nous permettent de voir le processus créatif à l'oeuvre et témoignent de la quantité de travail que nécessite un texte de SF un tant soit peu solide. Au final, un recueil d'essais d'une actrice active dans la réflexion sur le genre mais qui souffre de n'être qu'un assemblage de circonstance.

 

Note GHOR : 1 étoile

23.09.2009

_Decoding gender in science fiction_

Decoding gender in science fiction : Brian ATTEBERY : Routledge : 2002 : ISBN-10 0-415-93950-X : 210 pages (y compris index et bibliographie des oeuvres citées) : coûtait 23 USD pour un TP avec quelques illustrations N&B, existe aussi en HC (85 USD).

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Cet ouvrage fait partie de la longue liste de titres qui se penchent sur la question du traitement des problématiques du genre (masculin/féminin) dans la SF. A la différence de la plupart des ouvrages qui abordent ce sujet, celui-ci est écrit par un homme, Brian Attebery. Celui-ci est un professeur d'anglais, un anthologiste et un familier de la mouvance des "gender studies". Sa thèse est que le genre est plus qu'un simple thème en SF mais qu'il est un des éléments structurants. La SF est vue comme un code (d'où le titre de l'ouvrage qui fait allusion aux anneaux de décodage), qui considère le genre comme un objet similaire, à savoir une création complètement artificielle. 

Etoile double 12 (Denoel 1984).jpg

Pour appuyer son idée, Attebery nous livre en neuf chapitres une sorte d'histoire de la SF revisitée qui commence au Gothique, se poursuit dans les Pulps, passe les années 40-50 avec l'image du superman (Slan) et de la wonderwoman (Jirel), bascule dans les années 60-70 sur l'androgynie (The left hand of darkness, Venus plus X) ou les "single-sex utopias" (où l'une est souvent le cauchemar de l'autre), explore les années 80 en se penchant sur Gwyneth Jones (tiens donc !) et James Morrow et se termine par une réflexion sur les rapports de force tels qu'ils se sont cristallisés lors de la parution de l'anthologie (dont il est un des responsables) The Norton book of SF qui a provoqué une controverse importante à cause de son biais féministe plutôt prononcé (en tout cas statistiquement parlant). L'ouvrage est agrémenté de quelques illustrations en N&B et comporte une bibliographie complète mais qui se limite aux ouvrages mentionnés ainsi qu'un index. 

Jirel de Joiry (JL 1974).jpg

Alors que l'usage veut que les livres abordant cet épineux problème soient plutôt des ouvrages militants qui se positionnent en réaction à une oppression, l'essai d'Atterbery emprunte une voie assez médiane et reste assez mesuré. Sans nier les tonnes de clichés sexistes de la SF (la demoiselle en détresse menacée par un ET, l'idiote à qui l'on doit expliquer les merveilles de l'hyperespace ou la veuve noire prédatrice sexuelle), son choix d'une histoire de la SF permet à l'auteur de montrer aussi l'espace d'expression et d'expérimentation qu'elle représentait pour des auteurs voulant questionner les rôles traditionnellement attribués à chacun des sexes.

Vénus plus X (Lattès 1980).jpg

Même si certaines parties et les couplets sur certains auteurs (on pensera à Le Guin ou à l'inévitable Jones) sont prévisibles, on louera Attebery d'avoir utilisé sa grande connaissance du genre pour sortir de temps en temps de la sainte trinité Russ-Charnas-Piercy en nous parlant de Arnason, Bradley ou Vinge. Il est juste dommage que l'auteur utilise une partie de son dernier chapitre pour défendre sa propre anthologie, une discussion qui aurait plus sa place dans un forum ou une revue critique.

Ring of swords (Tor 1993).jpg

En tout cas, un des meilleurs ouvrages sur ce sujet, une réflexion et une présentation originale qui sort du traitement habituel de ce sujet, à savoir le discours formaté qui est caricaturé par McKnight dans un numéro de la revue de la SFRA : "men bad, women good; science fiction by bad men sexist, science fiction by good women not sexist".

 

Note GHOR : 3 étoiles

22.09.2009

_Powers : Secret histories_

Powers : Secret histories : John BERLYNE : PS Publishing : 2009 : ISBN-13 978-1-84863-011-6 : 569 pages (pas d'index) : 40 GBP chez l'éditeur pour un HC largement illustré (en couleur) avec jaquette, signé et à tirage limité (1000 exemplaires), existe aussi en versions de plus en plus luxueuses (et de plus en plus chères).

Powers Secret histories.jpg

Tim Powers est un auteur un peu à part dans le genre, peut-être justement parce qu'il est de plus en souvent aux marges de celui-ci, ce qui ne l'empêche pas d'avoir un cadre de fans loyaux qui le suivent dans toutes ses explorations littéraires. Ce massif (presque 600 pages) ouvrage est donc présenté comme une bibliographie de son oeuvre mais est nettement plus proche du "companion" que d'un ouvrage destiné à un travail bibliographique.

Les voies d'anubis (JL 1986).jpg

En effet, il est divisé en deux parties principales. La première ("Bibliography") occupe 150 pages (un quart du livre) et comporte trois sections : 1) "Novels" qui couvre les douze romans de l'auteur, 2) "Novellas, short stories & other works" qui regroupe tous les textes d'un format plus court et 3) "William Ashbless - Selected sightings", une bibliographie (réelle) de l'alter ego (fictif) de Powers. Chacune de ces sections donne, outre des copieux commentaires de l'auteur et du bibliographe, les renseignements bibliographiques habituels et couvre tous les pays et toutes les éditions (et réimpressions). Elle est magnifiquement illustrée avec une reproduction en couleur de la plupart des couvertures. La seconde partie ("Appendix") est un vaste (plus de quatre cents pages) ensemble qui contient des discussions de l'oeuvre de l'auteur mais est surtout constitué de textes de la main de Powers : notes d'écritures, synopsis, brouillons, propositions de romans (envoyés aux éditeurs), variantes de textes, parties excisées, poèmes non publiés... Cette partie est aussi illustrée, essentiellement par des petits dessins (croquis de personnages, représentation de paysages, plans...) que l'auteur griffonnait abondamment lors de son travail d'écriture.

Les voies d'Anubis (JL 1992).jpg

J'ai parlé, à propos des bibliographies Underwood-Miller (http://ghor.hautetfort.com/archive/2009/09/18/6332be5d739...), de "Rolls" du genre. Et bien on est ici en matière de qualité, encore un cran au dessus. L'ouvrage est tout simplement un superbe objet. Un livre très solidement réalisé, un papier glacé de qualité, un ensemble d'illustrations parfaitement reproduites avec des pleines pages couleurs, une production soignée et particulièrement lisible, toutes ces qualités physiques justifient largement la grosse cinquantaine d'Euros du livre.

Les voies d'Anubis (JL 1998).jpg

De la même façon, les appendices raviront les spécialistes de Powers qui pourront suivre pas à pas le processus créatif de l'auteur en commençant par ses poèmes des années lycée. Ils pourront aussi délecter en traçant les métamorphoses de certains textes (comme The drawing of the dark où le texte de l'avant projet pour Laser Books nous est fourni intégralement). Les amateurs de jeux littéraires se régaleront avec la bibliographie d'Ashbless et les interventions de ce personnage au sein même de cet ouvrage.

Dinner at deviant's palace (Panther 1987).jpg

Ce livre est vendu comme (je cite) "A book that essentially redefines the term 'bibliography'", ironiquement on pourrait dire que ce n'est pas faux mais sûrement pas au sens où les promoteurs de cet ouvrage l'entendent. En matière d'organisation de la partie bibliographique, il s'agit effectivement de quelque chose de différent. Au lieu de la traditionnelle division en Livres/Textes, on a une séparation en Romans/Autres qui conduit à une section "Autres" qui contient presque autant de livres physiques que la partie "Romans" (ceci étant dû au fait que nombre de novellas de Powers sont parus individuellement dans des éditions limitées). Pour un auteur aussi peu prolifique que Powers (une douzaine de romans et une quinzaine de nouvelles), une telle disposition n'apporte rien de plus si ce n'est une certaine difficulté d'appréhension pour qui est habitué à ce type d'ouvrage. Autre point peu pratique, les recueils de nouvelles sont (bizzarement) mis dans la deuxième section et leur contenu n'est même pas listé.

Sur des mers plus ignorées (JL 1988).jpg

Une fois passé ce mode de présentation certes original mais pas forcément logique ni pratique, on arrive au niveau de la qualité des données. En ce qui me concerne, le tableau n'est guère reluisant. Soyons factuels : je possède exactement neuf livres de Powers (8 VF et un seul en VO). Sur ces neuf ouvrages, trois ne sont pas dans la base (des réimpressions J'ai Lu, alors que certaines sont parfois mentionnées), trois (pas les mêmes) comportent un erreur au niveau de l'ISBN tel que donné par Berlyne (chiffre de contrôle ou code de l'éditeur) et la couverture de l'un d'entre eux présentée par la bibliographie ne correspond pas à cet ouvrage (un livre que Berlyne date de 1986 et qui porte en gros la mention "Prix Apollo 1987"). J'ai pu aussi noter quelques autres VF manquantes (Powers a presque été plus publié chez nous que dans son pays d'origine), des erreurs d'inattention (un illustrateur nommé "De Caza") ou des pièges habituels dans lesquels tombent les bibliographes US traitant des VF (l'indication d'un prix pour des poches français).

Poker d'âmes (JL 1997).jpg

Pour être franc, je trouve que cela fait un peu tâche dans un ouvrage de ce prix et surtout qui affiche de telles ambitions. Il est clair que Powers est l'exemple même de l'auteur de niche qui réussit à vendre (lui ou ses éditeurs) sur son nom des ouvrages hors de prix à des maniaques (comme moi). Sa bibliographie regorge de titres aux tirages limités comme cette version à 26 exemplaires du recueil Night moves (chez Subterranean) dont les 165 pages sont à vous pour la modique somme de 500 USD ou la variante "Authors state" de The bible repairman, 3 exemplaires à 1200 USD pièce. On peut toutefois être un peu irrité de cette exploitation cynique du filon des amateurs.

Le palais du déviant (JL 1992).jpg

A final un très bel (et très cher) ouvrage mais à la partie bibliographique qui semble largement perfectible. La grande quantité de matériel original par Powers le destine plus à des experts littéraires qu'à des collectionneurs ou des bibliographes.

 

Note GHOR : 2 étoiles

21.09.2009

_The SEX column and other misprints_

The SEX column and other misprints : David LANGFORD : Cosmos Books : 2005 : ISBN-10 1-930997-78-7 : 240 pages (y compris index) : une quinzaine d'Euros pour un TP (existe aussi en HC), doit pouvoir se trouver sur le site de l'éditeur (www.wildsidebooks.com).

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Ce livre est le recueil d'une partie des chroniques écrites par David Langford pour le magazine SFX. Situé chronologiquement avant Starcombing (http://ghor.hautetfort.com/archive/2009/09/11/bf757695339...), il rassemble les textes parus entre 1995 et début 2005. A noter que, à la différence de ce dernier, il n'y a pas d'autres textes que ceux parus dans le magazine ce qui veut dire qu'il n'y a pas de fiction ni de notes de lecture.

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Je ne m'étendrai pas sur le personnage incontournable qu'est David Langford (voir ma présentation de Starcombing). Je me bornerai à préciser que l'ouvrage contient 133 textes d'une longueur homogène (sauf une demi-douzaine de pièces plus longues qui ont été écrites pour des numéros spéciaux). Le principe de ces courts essais est toujours celui d 'un billet d'humeur qui brocarde avec gentillesse certains acteurs du genre (les principales têtes de turc de Langford étant Hubbard et Benford) et certains de ses travers (clichés éculés, écriture atroce). L'auteur est plus mordant vis-à-vis des monceaux de stupidités convenues que la presse peut écrire sur la SF et ses amateurs.

The silence of the langford.jpg

Je conseillerai de ne pas faire comme moi, à savoir lire ce livre peu après d'autres recueils de billets de Langford. En effet, cette lecture concentrée est assez impitoyable pour une rubrique régulière prévue pour être lue (et donc oubliée) d'un mois sur l'autre. On se rend alors beaucoup plus facilement compte des répétitions (des anecdotes sont reprises plusieurs fois à l'identique), des tics d'écriture et du côté un peu "fabriqué" de l'ensemble. A lire donc par petits bouts pour profiter sans retenue de l'humour et des connaissances encyclopédiques de l'auteur et partager sa passion pour le genre.

 

Note GHOR : 1 étoile

18.09.2009

_De Camp : An L. Sprague de Camp bibliography_

De Camp : An L. Sprague de Camp bibliography : Charlotte LAUGHLIN & Daniel J. H. LEVACK : Underwood-Miller : 1983 : ISBN-10 0-934438-70-6 : 328 pages : à l'époque 10 USD pour un TP à tirage limité (1000 exemplaires), existe aussi en HC (500 exemplaires), semble difficile à trouver.

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Ce massif (plus de trois cents pages) ouvrage est une bibliographie complète de L. S. De Camp. Cet auteur a toujours bénéficié d'une large sympathie de la part des amateurs, sans doute en raison du côté distrayant et optimiste des ses oeuvres, y compris en France où seule la meilleure partie de ses textes a été traduite. Elle a été publiée par la small presss de luxe Underwood-Miller dans une série de titres qui comprend aussi Vance ou Zelazny, des auteurs au profil un peu similaire.

La main de Zei (OPTA 1973).jpg

Dans la pratique, il s'agit là d'une bibliographie largement commentée et très illustrée (en N&B seulement) qui tente donc de couvrir toute la production de l'auteur jusqu'en 1982. Elle traite la VO et les traductions dans les nombreuses langues des pays où De Camp a été traduit. En matière d'organisation générale on retrouve une variante du schéma habituel des bibliographies anglo-saxonnes avec ici une répartition par type de parution de texte (le critère essentiel étant la publication sous sa propre couverture) qui mêle fiction et non-fiction. Au cas particulier de De Camp, on a une division en trois parties principales :

- "Books" : qui répertorie par ordre alphabétique tous les livres (romans, recueils, non-fiction) de l'auteur dans toutes les éditions (VO, VF ou VX) connues des auteurs, tous les formats et toutes les variantes existantes (re-impressions, tirages limités). Les informations nécessaires à l'identification précise sont données (nombre de pages, prix, ISBN, indications portées sur la page de copyright, codes divers, illustrateur, traducteur). Chaque livre est aussi résumé (d'une façon assez variable en longueur) et mis en perspective dans l'oeuvre de l'écrivain. Sont aussi indiqués l'appartenance à une série, les prix reçus et le contenu (pour les recueils).

Zei (OPTA 1971).jpg

- "Edited books" : une catégorie importante pour De Camp qui a compilé plusieurs ouvrages, des anthologies d'Heroic Fantasy mais surtout de nombreux recueils sur Conan (sortis en VF chez Lattès). Le format des entrées et les informations données sont identiques à ceux de la section précédente.

Conan l'Aquilonien (Lattès 1983).jpg

 - "Non-books appearances" : sur le même principe, elle traite les nouvelles, les poèmes, les romans parus en magazine (on va donc y retrouver certains textes qui figurent aussi dans la partie "Books"), la non-fiction (partiellement) et les interviews. Sont listés toutes les occurrences des textes, y compris hors VO avec commentaires contextuels ainsi que les informations utiles pour les localiser (sauf la pagination), le nombre de mots des textes est aussi fourni (quand il est connu).

Astounding 1949-08.jpg

On trouve ensuite deux petits chapitres, l'un sur les traductions faites par De Camp et l'autre sur un jeu crée par De Camp. L'ouvrage se termine par près de soixante pages d'index divers et variés (chronologique, par magazine, par série, par collaborateur) ainsi que par une partie bibliographique consacrée à son épouse avec qui il a souvent collaboré.

The swords of zinjaban (Baen 1991).jpg

Sans tomber dans l'excès, on peut dire que ce livre est un peu une des "Rolls" de la bibliographie. Extrêmement complet (voir la qualité de la couverture des VF), hyper détaillé (voir les différences faites entre diverses versions d'un même titre) et finalement pas du tout aride à lire (voir les commentaires faits sur chaque item), c'est un véritable régal.

The hand of Zei (Ace Double F-249 1963).jpg

Au final, un must pour toute bibliothèque de référence, dont on regrettera seulement la rareté et le fait qu'il n'existe pas de version plus récente pour traiter la production tardive de l'auteur dont la complexité bibliographique va croissant.

 

Note GHOR : 3 étoiles

17.09.2009

_De beaux lendemains ?_

De beaux lendemains ? : Histoire, société et politique dans la science-fiction : Gianni HAVER & Patrick J. GYGER : 2002 : Editions Antipodes (collection "Médias et histoire") : ISBN-10 2-940146-23-3 : 213 pages (y compris glossaire et bibliographie) : une vingtaine d'Euros pour un TP.

De beaux lendemains.jpg

Cet ouvrage est un objet littéraire assez rare puisqu'il s'agit d'un ouvrage sur la SF qui est non seulement en français mais qui est originaire de Suisse. Dans la pratique, il s'agit globalement des actes d'un colloque co-organisé par un département de l'université de Lausanne (où enseigne Haver) et la Maison d'Ailleurs (dont le directeur est Gyger). La thématique choisie était celle de l'histoire et de la politique dans le genre, en particulier sous l'éclairage des utopies ou dystopies.

1984 (Penguin 1971).jpg

Ce recueil contient donc dix essais que l'on doit essentiellement à des étudiants de l'université de Lausanne. Ces textes sont d'une longueur variable (de dix à trente pages), les oeuvres discutées étant dans leur immense majorité cinématographiques, ce qui est assez logique pour des non-spécialistes du genre. En effet, hormis deux articles généraux sur l'Utopie (Gyger) et le Cyberpunk (Simioni) et un sur la musique (Mousson), le reste ne traite que des films de SF, soit sous un angle thématique global (le post-atomique, le film-catastrophe) soit en se focalisant sur des oeuvres précises (Total recall, Dark City, 2069). Un court (2 pages) glossaire des termes propres à la SF ainsi qu'une bibliographie secondaire clôturent l'ouvrage.

Hardwired (Tor).jpg

Même si l'amateur de SF écrite comme moi peut être déçu de la place (trop ?) importante accordée aux films, l'ensemble est plutôt d'un bon niveau. Cette qualité est aussi favorisée par le fait que les certains essais restent relativement généraux (style liste de films) ou, à contrario, se concentrent sur des sujets suffisamment étroits pour masquer certaines lacunes qui pourraient apparaître dans des textes à vocation plus générale (qui nécessietnt une plus grande connaissance du genre). Il est par exemple surprenant de constater que des ouvrages de base sur le thème du post-apocalyptique (Bartter, Brians, Seed ou Yoke pour ne mentionner que les plus exhaustifs) ne semblent pas avoir été utilisés. Cette habitude de réinventer la roue est d'ailleurs fréquente dans ce type d'ouvrage en partie réalisé par des étudiants, sans doute à cause d'une difficulté d'accès aux sources primaires ou secondaires.

American science fiction and the cold war.jpg

Malgré une certaine impression de déjà-vu (certains sujets sont partculièrement "bateaux"), on peut trouver dans cet ouvrage quelques essais sur des sujets particulièrement originaux comme celui sur un obscur film de SF Suisse (le seul de son espèce) intéressant mais montrant les limites de la démarche puisque dissertant sur une oeuvre que quasiment aucun des lecteurs ne verra (ou n'a vu) jamais. L'article sur la musique SF aborde lui aussi un sujet, certes plus vaste, mais trop rarement traité. Au final on est face à un bon petit recueil d'essais, certes jamais transcendant mais plus qu'honorable.

 

Note GHOR : 2 étoiles

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