06/01/2026
_The Politically Incorrect Guide to Science Fiction and Fantasy_
The Politically Incorrect Guide to Science Fiction and Fantasy : D. J. BUTLER : 2025 : Regnery (série "Politically Incorrect Guides") : ISBN-13 978-1-68451-541-7 (la fihe ISFDB du titre) : xix+191 pages (y compris index, pas de bibliographie) : coute 21.99 USD pour tp format carré, disponible chez l'éditeur.

Sous la plume d'un auteur américain et ancien employé de Baen Books et de Wordfire Press (maisons d'édition qui ont publié la plupart de ses livres si j'en crois sa bibliographie), cet ouvrage fait partie de la catégorie de titres voulant initier le lecteur à la SF (et ici aussi la Fantasy). Au début, le ton est plutôt léger et assez sympathique, loin de l'académisme ou de la prétention à la haute culture de certains ouvrages de ce type. Hélas, à la lecture, il se dégage de plus en plus une odeur assez nauséabonde, odeur émise par un certain nombre de petits apartés au début puis par chapitres entiers uniquement occupés consacrés à pourfendre certains auteurs (GRRM en particulier), à en défendre d'autres tant sur le plan littéraire que extra-littéraire (Larry Correia et ses Sad Puppies) et à dénoncer l'horrible et décadent esprit progressiste qui a pris le contrôle du genre par le biais de son bras armé : le fandom. Pire, une partie de la SF est devenue un repaire de très méchants wokistes, progressistes, nihilistes et athées (et en plus ils nient le changement climatique). Cette odeur, c'est celle du conservatisme US qui est d'ailleurs le fond de commerce de l'éditeur. Et bien, je peux vous dire que cela pue.

Comme c'est pompé sur diverses encyclopédies (Britannica, SFE, Encyclopedia of Fantasy) et parsemé de publicité gratuite pour certains amis (?) de l'auteur avec par exemple un chapitre entier de recommandations de lecture pour auteurs comme Christopher Ruocchio ou Martin L. Shoemaker (à lire dans Galaxies NS #47), je ne peux recommander ce livre même si son côté un peu iconoclaste et distrayant peut être séduisant au premier abord. Mais c'est un livre qui est de plus en plus phagocyté par une idéologie qui n'est pas la mienne. D'autres lecteurs s'y retrouveront peut-être.

Note GHOR : 0 étoile (la SF selon Trump)
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31/12/2025
_Science Fiction : Voyage to the Edge of Imagination_
Science Fiction : Voyage to the Edge of Imagination : Glyn MORGAN (editor) : 2022 : Thames & Hudson : ISBN-13 978-0-500-25239-0 (la fiche ISFDB du titre) : 288 pages (y compris index et bibliographie) : coûte 30.00 GBP pour un hc carré sans jaquette illustré en couleurs : disponible en ligne (épuisé chez l'éditeur).

Ce livre est à l'origine destiné à accompagner l'exposition "Science Fiction" qui s'est tenue au musée de sciences de Londres en octobre 2022. Rassemblant 5 grands chapitres groupant plusieurs essais chacun par des plumes connues, le résultat est une magnifique présentation de la SF sous un jour parfait. On nous décrit un genre idéal : international, tiers-mondiste, quart-mondiste, multi-culturel, multi-ethnique, multi-racial, multi-genré, multi-orienté, écologiste, LGBTQIA+-friendly et adhérant à tous les -ismes possibles, pourvu qu'ils soient cools et bien pensants (du posthumanisme à l'afrofuturisme en passant par le postcolonialisme). C'est une vaste fumisterie et surtout un travestissement de la réalité du genre. En faisant l'impasse sur le fait que la SF est (du moins durant les 50 premières années) un genre littéraire qui s'adressait à des hommes occidentaux (particulièrement anglo-saxons), jeunes, bien nourris et ayant un accès à une certaine culture, on efface d'un seul coup toute l'idéologie, les préjugés, les aveuglements, les aspirations ou les rêves qui ont forgé l'histoire de la SF en bien ou en mal. Non, la SF ce n'est pas Sun Ra (cité dans 6 pages) mais plutôt Van Vogt (jamais cité) ou Herbert (2 fois).
Si vous avez honte de la SF, ce livre est parfait pour montrer à vos amis bobos combien c'est un genre ouvert et progressiste (il y a même des Africains et des Aborigènes dedans en plus des Cyborgs de Harraway). Comme quoi la réécriture de l'histoire n'est pas une pratique réservée aux régimes dictatoriaux. Vivement que la SF retourne dans son caniveau.
Note GHOR : 0 étoile (on sauvera juste les quelques pages d'interviews -Quifan, Anders, Singh, Thompson, KSR-)
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22/07/2025
_Un siècle de SF_
Un siècle de SF : Jean-Pierre ANDREVON : 2024 (Aout) : Encrage (collection "Travaux" #58) : ISBN-13 978-2-251-45576-1 ou 978-2-36056-178-8 suivant le diffuseur (inconnu de l'ISFDB, dans la base à Bruno) : 647 pages (index structurel, pas de bibliographie) : coute 45.00 Euros pour tp non illustré avec couverture à rabats, disponible chez l'éditeur.

Sous-titré Écrite et dessinée vue de France des années 1920 à nos jours, cet ouvrage est en fait un dictionnaire encyclopédique du genre (pas ou peu de Fantasy ou d'Horreur) couvrant le matériau disponible en VF (même si parfois des œuvres non traduites sont citées). Jean-Pierre Andrevon (que l'on présente plus et qui signe l'introduction) assisté de Jean-Pierre Fontana et de Claude Ecken nous propose donc un livre très classique dans sa forme puisqu'il est constitué de quelques centaines d'entrées organisées sur deux colonnes, de ABEILLE, Jacques à ZOMBIES (d'où viennent donc les) classées par ordre alphabétique. Ces entrées couvrent généralement des personnes (auteurs, illustrateurs, scénaristes, fans), plus rarement des thèmes (robots, Uchronie...) ainsi que divers éléments du paysage SF (prix, collections...). Elles sont de tailles variables (d'un quart de page à plusieurs) et sont d'ailleurs signées par leur auteur (une organisation identique à celle de la SFE). En ce qui concerne les acteurs du genre, on a un canevas assez constant commençant par une présentation biographique, suivies des éléments de contexte, puis d'une évocation plus poussée des œuvres majeures (romans puis nouvelles) et se termine par une conclusion sur la place de la personne étudiée dans le genre. À noter que l'ensemble se termine par une originale liste des "absents" ainsi que d'une table des matières.

Commençons-donc par le fond de l'ouvrage. Au risque de déboussoler certains des rares lecteurs de ce blog, ce livre est une excellente surprise et l'on peut légitimement penser qu'il se hisse sans problème au niveau des ouvrages anglo-saxons du même type (comme celui de D'Ammassa ou celui de Stableford) avec lesquels il présente de fortes similitudes, mais après tout, il est difficile d'écrire du "neuf" dans un tel format sur des sujets ou des auteurs maintes fois étudiés (une entrée sur Herbert ressemblera toujours à une autre entrée sur Herbert). Un des vrais plus est la présence d'entrées sur les auteurs "mineurs" du Fleuve Noir (Rayjean, Limat, De Fast ou Arnaud) ainsi que l'éclairage porté sur la scène SF franco-française par un des ses acteurs principaux. À ce sujet, bien évidemment, Andrevon reste Andrevon et, même s'il a mis beaucoup d'eau dans son vin, un de ses axes principaux d'analyse (et d’évaluation) reste politique avec une nette séparation des gentils et de méchants. Ces clivages (réels ou imaginaires) sont toutefois abordés avec humour et un recul salutaire de plusieurs décennies.

Bien sûr, il reste malgré tout quelques erreurs factuelles dans ce vaste ensemble (Final Blackout de Hubbard a bien été traduit en français ou L'histoire de la SF de Sadoul chez Librio n'est pas la réédition de son Histoire de la SF moderne). Plutôt que de s'intéresser à la liste des absents fournie (voilà une bonne idée de l'auteur), on peut parfois s'interroger sur les choix d'inclure certaines entrées : BIBI FRICOTIN (?) ou le (trop ?) grand nombre d'articles consacrés à des auteurs italiens (dus logiquement à Fontana) qui n'ont parfois jamais été traduits (comme CURTONI , Vittorio Antonio Maria) et dont la présence dans un ouvrage "vu de France" est pour le moins surprenante. Mais tout cela ne sont que des reproches mineurs de l'obsédé du détail que je suis.

Venons-en maintenant au point qui fâche vraiment, à savoir la forme. Physiquement, le livre en lui-même est d'une manipulation et d'une lecture agréable (attention, c'est écrit assez petit) et semble solide même si on aurait sans doute pu se passer des quelques dessins en n&b qui "agrémentent" l'ouvrage et qui semblent sortis d'un logiciel d'images. Annoncé dans l'introduction comme ayant été "corrigé" par Francis Valéry et les quarante-deux (qui ont d'ailleurs leurs propres entrées), le résultat final est catastrophique. Il est clair que l'ouvrage a été composé par un infâme tâcheron Borduro-Syldave qui ne connait pas : 1) la langue française en général (il manque parfois des bouts de phrases ou des morceaux de phrases sont simplement incompréhensibles); 2) la grammaire française (des fautes d'accord ou de temps à chaque page); 3) l'orthographe française (idem, plusieurs par page); 4) la langue anglaise (les TO sont souvent massacrés); 5) les auteurs de SF (certains titres d'entrées sont à hurler : ABERNATY, BUDRIS, CHERRY); 6) l'histoire du genre (les dates de parutions sont parfois surréalistes, Bluejay est un éditeur, pas un TO); 7) l'utilisation des outils de mise en page (certains auteurs perdent leurs prénoms ou récupèrent des caractères typographiques en plus) et 8) qui manque de la plus élémentaire attention (il y a une entrée BANKS, Iain Menzies mais BANKS, Ian M. est dans la liste des absents). On est bien au-delà de la simple coquille car il n'y a guère d'entrée sans une ou plusieurs conneries de ce genre disséminées dans le texte, mais on est bien dans la gougnafierie la plus totale. On croirait parfois lire un texte que l'on aurait dicté à son téléphone portable (Lige Baley chez Asimov ? sérieux ?). Je n'ose imaginer les sentiments des auteurs à la lecture du résultat de la transcription de leur travail, c'est tout simplement indigne (et cela vaut 45 Euros).

Au final, c'est un super bouquin qui remplit clairement un vide dans la liste des ouvrages de référence en VF mais qui est tellement massacré qu'il peut aisément induire en erreur un lecteur qui voudrait aller plus loin (juste pour le fun, essayez-donc de chercher Quiksland, Some laps of Times ou Polymathe -en VF- de John Brunner). Quel dommage et quel foutage de gueule.

Note GHOR : 3 étoiles (pour le fond), 0 étoile (pour la forme), à vous de choisir.
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05/05/2025
_Science Fiction A Guide for the Perplexed_
Science Fiction A Guide for the Perplexed : Sherryl VINT : 2014 : Bloomsbury (série "Guides for the Perpexed") : ISBN-13 978-1-4411-9460-2 (la fiche ISFDB du titre ) : 210 pages (y compris index et bibliographie) : coûte 21.59 GBP pour un petit tp non illustré (un probable POD), disponible chez l'éditeur en promo; existe aussi en hc et ebook.

Voici un petit ouvrage que j'ai dû rater à sa sortie (déjà 10 ans). Sous la plume d'une spécialiste du genre (elle a été entre autres rédactrice en chef de Extrapolation), il s'agit d'une classique introduction au genre pour étudiants (il y a même des sujets de devoirs à faire). Ceci explique sans doute que l'ensemble peut parfois se lire comme une compilation des théories successives sur le genre. On y croise donc Suvin et son novum, Attebery et ses paraboles, Broderick/Delany et leur mégatexte, Haraway et ses cyborgs, Rieder et son colonialisme, Jenkins et sa fanfic ou Freedman et sa Critical Theory (pour les détails voir leurs divers ouvrages évoqués ici). Outre ses ajouts théoriques, Vint s'appuie sur un certain nombre de textes (et des épisodes de X-Files) "canoniques".

On arrive donc à un ensemble certes assez court mais qui propose une approche originale et satisfaisante différente des structures chronologiques ou thématiques habituelles de ce type de guide. Le revers de cette approche est qu'elle demande au lecteur d'être familier avec la réflexion sur le genre pour replacer/approfondir/dialoguer avec les propos de l'auteur. Au final, une bonne introduction au genre qui, si même si elle n'évite pas un certain conformisme politique dans le choix de ses exemples (Zoline, Ballard, G. Jones, Hopkinson), permet d'identifier et d'aborder ce que sont certaines des spécificités du genre.

Note GHOR : 2 étoiles (un bon point de départ pour aller plus loin)
17:51 | 17:51 | Ouvrages généraux sur la SF | Ouvrages généraux sur la SF | Lien permanent | Lien permanent | Commentaires (0) | Commentaires (0) | Tags : anglais, 2 étoiles | Tags : anglais, 2 étoiles
13/02/2025
_Speculative Epistemologies_
Speculative Epistemologies : An Eccentric Account of SF from the 1960s to the Present : John RIEDER : 2023 (2021 pour le hc) : Liverpool University Press (série "Liverpool Science Fiction Texts and Studies" #70) : ISBN-13 978-1-80207-781-0 (la fiche ISFDB du titre ) : viii+183 pages (y compris index et bibliographie) : coûte 27.95 GBP pour un tp non illustré, disponible chez l'éditeur en promo , existe aussi en hc.

Tout d'abord, je dois avouer que j'avais mal lu le sous-titre de cet ouvrage en l'achetant (même si je l'aurais finalement quand même commandé). J'avais compris "Eccentric" au sens de "personne excentrique" alors qu'il faut le comprendre en fait comme "loin du centre" (de la SF). En effet, ce livre est construit comme l'analyse approfondie de six œuvres (une par décade de 1960 à 2010) dont la principale caractéristique est de se situer aux franges (parfois même au-delà) du genre. Après une introduction, on trouve donc un chapitre pour chacun des textes (ou ensemble de textes) suivants : la nouvelle de Pamela Zoline The Heat Death of the Universe (un des textes les plus connus du New Worlds de Moorcock, mais non traduit), Ceremony/Cérémonie de Leslie Marmon Silko (une écrivaine de culture pueblo), The Tale of Plagues and Carnivals une nouvelle qui fait partie du cycle de Neverÿon de Samuel R. Delany (non traduit), The Memoirs of Elizabeth Frankenstein/Les mémoires d'Elizabeth Frankenstein de Theodore Roszak (lauréat du Tiptree/Otherwise award), The Adventures of Vela (un roman en vers libres) par le poète samoan Albert Wendt (non traduit) et la série de textes Camille X (il y en a 5 et ils sont introuvables sauf dans un ouvrage de référence de l'écrivaine) par Donna Haraway (celle du manifeste Cyborg), non traduits aussi. Le livre se termine par une conclusion sur la SF en 2021 et propose une bibliographie et un index.

Comme d'habitude avec Rieder, ses essais sont toujours très pointus et parfaitement construits, j'en conviens aisément et ce malgré un jargon parfois omniprésent. Le problème que j'ai eu à la lecture de ce livre est qu'il s'agit vraiment là de textes aux marges du genre que, AMHA, même Rieder n'arrive pas à rattacher à celui-ci de façon convaincante malgré tout son talent et ses effets rhétoriques. On a en effet un texte de collages sans SF dedans (Zoline), une biographie d'un vétéran indien américain (Silko), un bout de cycle de quasi-fantasy (Delany) dont le vrai sujet est l'épidémie de SIDA dans le milieu gay de New York, un spin-off de Frankenstein (Roszak) centré sur la femme de celui-ci, un roman sur le contact entre les européens et les indigènes du Pacifique (Wendt) et des brouillons de nouvelles formant une mini-histoire du futur (Haraway). Pour un amateur, seul deux des exemples (Haraway & Delany) sont clairement de la SFF, le reste est hors-genre et est d'ailleurs marketé ainsi dans les divers pays de parution (le Roszak est paru en LDP Fantastique en VF).

Dans son analyse, Rieder semble parfois confondre le monde de l'académie et celui de la SF en pensant que la perception académique d'un titre (mesurée par le nombre d'articles lui étant consacré) est proportionnelle à son influence dans le genre dans le monde réel. Le choix d'inclure de la fiction de Haraway (alors qu'elle n'en écrit presque jamais) est d'ailleurs révélateur de cette mentalité de clan qui les lie les universitaires donnant dans la SF. Ainsi donc, la théorie de l'auteur qui égale popularité à l'université et influence est facilement contredite par la simple mise en relation du nombre d'articles publiés avec les ventes (et donc les lectures, du moins peut-on le penser) d'un ouvrage donné (qui a dit Piercy ou Dhalgren). Autre passage obligé pour un texte académique, la multiplication des -ismes (post-colonial, afrofutur, fémin, anti-imperial, postmodern, écolog) et des théories à la mode. C'est pétri de bons sentiments et de grandes phrases indiscutablement sincères mais qui serait plus à leur place dans un manifeste que dans un ouvrage sur la SF, paru dans une collection de textes sur la SF et vendu comme tel.

Note GHOR : 1 étoile (brillant mais quel rapport ?)
07:27 | 07:27 | Ouvrages généraux sur la SF | Ouvrages généraux sur la SF | Lien permanent | Lien permanent | Commentaires (0) | Commentaires (0) | Tags : anglais, 1 étoile | Tags : anglais, 1 étoile

