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13/04/2026

_Billion Year Spree_

Billion Year Spree : The history of Science Fiction : Brian W. ALDISS : 1973 (1974 pour cette seconde édition) : Weidenfeld & Nicolson : ISBN-10 0-297-76555-8 (la fiche ISFDB du titre ) : 339 pages (y compris index et bibliographie) : coûtait 3.75 GBP pour un petit hc avec jaquette et cahier photographique en n&b de 8 pages : se trouve assez aisément d'occasion.

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C'est au début des années 70 qu'est arrivée la première rafale d'ouvrages de références publiés par des éditeurs "généralistes" (à la différence de maisons comme Advent issues du milieu de la SF). Dans cette vague de titres sont aussi apparues les premières histoires du genre qui, à l'époque, ne concernaient uniquement que la SF (on est au tout début de la Fantasy comme genre autonome). On pensera à Sadoul en France, Del Rey aux USA (plus tardif) et bien sûr celle qui nous intéresse, celle écrite par l'auteur de SF anglais Brian Aldiss. Rapidement (et faute de mieux ?) cet ouvrage est devenu canonique à tel point que l'auteur s'associera à David Wingrove pour lui donner une version mise à jour en 1986 : Trillion Year Spree chez Gollancz. Organisé chronologiquement (logique !), le livre est divisé en 11 chapitres (ainsi qu'une introduction et une conclusion) et offre un index et une bibliographie plutôt complète (pour l'époque) ainsi que deux petits cahiers photographiques.

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Faisant œuvre de pionnier, c'est donc à l'histoire du genre que s'est attaqué Aldiss, un vaste sujet, même à l'époque. Mais déjà, il existait autant d'histoires de la SF que d'auteurs et autant de stratégies pour le genre. Ici, nous avons une approche qui est à la fois très britanno-centrée (Shelley, Wells, Stapledon), avec un pedigree long comme le bras (on remonte jusqu'à Lucien de Samosate) et très comme il faut (on glisse sous le tapis les côté "sensawunda" et pulpesque du genre). Cette quête de légitimation et de respectabilité britannique sous-tend certains des choix d'Aldiss. Ceci explique sans doute : 1) le choix de Mary Shelley (et son Frankenstein) comme origine du genre; 2) le poids disproportionné de la proto-SF (on attaque la SF telle qu'on la connaît aux deux tiers du livre) et 3) une certaine condescendance vis-à-vis d'une SF américaine qui est vue comme trop simpliste politiquement et littérairement.

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La lecture d'un tel texte en 2026 n'est certes pas indispensable, tout ce que dit Aldiss ayant été dit et redit des centaines de fois (et est parfois sujet à caution). Ce livre est toutefois un élément important du débat sur les origines du genre, la théorie "Shelleysienne" étant relativement fréquente (mais me paraît personnellement erronée). C'est surtout l'illustration de la difficulté d'écrire une histoire unifiée/unique du genre en fonction de son pays d'origine (il existe un livre sur la SF est-allemand qui vaut son pesant de cacahuètes) et du fait que chaque auteur qui se fait historien plaque sur le genre un certain nombre de présupposés et surtout tente de mettre en lumière telle ou telle caractéristique particulière de celui-ci qui lui paraît essentielle et qui fonde sa stratégie de présentation. Un exercice particulièrement intéressant est la lecture en parallèle de cette histoire de la SF par Aldiss (britannique et cultivée) et celles de Sadoul et Del Rey (américaines et populaires). Au final, c'est un des livres fondateurs de la réflexion sur le genre par la pose de bases historiques, mais il est quand même un peu trop daté (il a plus de cinquante ans) pour être autre chose qu'une curiosité historique.

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Note GHOR : 2 étoiles (pour son influence)

23/03/2026

_After the New Wave : Science Fiction Today_

After the New Wave : Science Fiction Today : Nader ELHEFNAWY : 2015 : pas d'éditeur mentionné (indiqué comme "CreateSpace Independent Publishing Platform" sur Amazon) : ISBN-13 978-151513364-3 (inconnu de l'ISFDB) : 232 pages (pas de bibliographie ni d'index) : coûte une dizaine d'Euros pour un TP non illustré, disponible , existe aussi en ebook.

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Cet ouvrage est en fait une "mise à jour" de celui-ci (paru en 2011 sous un titre approchant). C'est donc un recueil de textes parus dans divers supports (revues et blog de l'auteur) et écrits par un universitaire (et auteur) américain. Par rapport à la version précédente et d'une façon schématique, des essais (dont certains posaient sans doute problème comme celui sur le techno-thriller ou une partie des critiques de livres) ont été supprimés pour être remplacés par une partie appelée "Big Ideas" qui rassemble des réflexions de portée plus générale (sur la singularité, les blockbusters, le post cyberpunk...) ainsi qu'une partie "Science Fiction and the World" qui, comme son nom ne l'indique pas, traite de la SF au cinéma ou à la télévision. On remarquera que, au passage, la bibliographie a été passée à la trappe et qu'un index n'est toujours pas fourni.

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Si l'on ne regrettera pas une partie des textes que l'auteur a choisi de supprimer, cette nouvelle mouture souffre des mêmes défauts que la précédente, à savoir que tout cela reste d'un niveau souvent anecdotique et fait parfois montre d'un net manque de développement (certains articles font à peine deux pages) sans doute lié à leur format d'origine (des billets de blog). On pourra aussi trouver assez compliqué de s’intéresser à un texte qui est une sorte de commentaire sur un autre texte (de Paul Kincaid) paru en 2014 dans un journal américain qui évoque lui plusieurs anthologies parues en 2012 (il faut suivre et deviner de quoi parle l'auteur). Mention spéciale toutefois au premier texte : "A Short History of Science Fiction" qui présente de façon claire (et fort classique) une histoire de la SF en une quinzaine de pages. Au final, une initiative sans doute sympathique (et pas très chère) mais que ne marquera pas l'histoire des ouvrages de référence.

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Note GHOR : 2 étoiles (en progrès par rapport au premier)

13/02/2026

_The Routledge Concise History of Science Fiction_

The Routledge Concise History of Science Fiction : Mark BOULD & Sherryl VINT : 2011 : Routledge (série "Routledge Concise Histories of Literature") : ISBN-13 978-0-415-43571-0 (la fiche ISFDB du titre) : xi+247 page (y compris index et bibliographie) : coûte 47.99 USD pour un tp non illustré, disponible chez l'éditeur, existe aussi en hc et ebook.

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Voici un livre sorti en 2011 qui, sous la plume de deux auteurs habituels de l'éditeur (tous deux universitaires anglo-saxons), se présente comme une histoire concise de la SF (ce qui est d'ailleurs le principe de la collection). Effectivement, avec 200 pages de texte (le reste est constitué d'annexes), il ne peut s'agir que d'une histoire du genre brossée à grands traits. D'une façon très classique, le livre commence par un chapitre consacré à la définition du genre, il est suivi par une dizaine de chapitres déroulant une chronologie "standard" (Gernsback puis âge d'or puis période Galaxy & F&SF puis New Wave puis Cyberpunk etc...). Le tout est complété par une copieuse bibliographie, un glossaire des principaux termes théoriques et un index.

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La première chose que l'on appréciera dans cet ouvrage est la qualité et la fraîcheur des sources utilisées. Certes, vous n’échapperez pas aux chouchous de l'académie : PKD, Neuromancer, UKLG ou The Female Man, mais je connais peu d'ouvrages qui intègrent à leur corpus d'étude Oath of Fealty (Niven & Pournelle), Karl Schroeder, la trilogie North Africa (Mack Reynolds) ou Palmer. Cela permet, en utilisant des textes thématiquement un peu "pointus"(et non pas des classiques que l'on pourrait qualifier de "génériques") aux auteurs d'illustrer de façon pertinente leur discours et de sortir un peu des sentiers battus. Cela permet aussi une certaine mise en lumière du patrimoine du genre.

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Le deuxième point à signaler est l'approche choisie par les auteurs pour nous raconter l'histoire du genre. Ils partent du principe que cette histoire (voire le genre lui-même ou ses définitions) est un peu une arène dans laquelle diverses entités (des "actants") se confrontent ou s'allient (ils parlent d’enrôlement) autour d'un projet (la SF) pour son contrôle, ses frontières ou son évolution. Ces actants peuvent être des individus (on pensera à Gernsback ou Campbell), des regroupements de personnes, qu'elles soient productrices ou consommatrices (la "Milford Mafia", les Futurians, les Afro-américains, les féministes...), des historiens (on comparera l'histoire du genre de Del Rey avec celle d'Aldiss/Wingrove qui semblent parler de deux choses différentes), des théoriciens majeurs (Suvin, Jameson) ou des puissances économiques plus abstraites (les acheteurs, les éditeurs, les amateurs de Hard Science, Hollywood). Toutes ces forces cherchent à définir le genre (en excluant ce qui leur semble être aux marges) et à influer sur celui-ci pour qu'il soit le plus proche de leurs attentes. C'est ce processus permanent de négociation entre ces acteurs qui est décrit dans le livre où les auteurs décortiquent la stratégie de chacun sans émettre de jugement. C'est vraiment une approche originale dans la clarté de son énonciation et, à mon sens, un juste reflet de la vie tumultueuse du genre. Au final, même si cet ouvrage commence à dater un peu (une quinzaine d'années) et reste un peu court, il est une bonne histoire du genre (il ne traite pas de la Fantasy) qui propose une vision séduisante des forces qui le modèlent (ou qui tentent de le modeler).

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Note GHOR : 3 étoiles (à lire)

25/01/2026

_L'imaginaire au pouvoir_

L'imaginaire au pouvoir : Vincent GERBER : 2024 : Le passager clandestin (collection "essais, enquêtes et manifestes") : ISBN-13 978-2-36935-580-9 (inconnu de l'ISFDB, dans la base à Bruno) : 169 pages (y compris bibliographie, pas d'index) : coûte 19.00 Euros pour un petit tp non illustré, disponible chez l'éditeur.

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"La SF peut être une littérature politique", "La SF est plutôt progressiste", "la SF peut permettre de faire réfléchir", "La SF peut projeter d'autres structures politiques", "La SF ne peut pas changer le monde toute seule". Toutes ces affirmations (telles que je les retranscris, c'est à dire plus ou moins correctement) forment les éléments de la thèse développé par l'auteur (un historien suisse). Il y présente l'idée que la SF (et en particulier ses sous-genres utopiques ou dystopiques) ne peuvent avoir une action politique sur le monde réel que par la mise à disposition de possibles alternatifs et que le genre n'agit pas sur le réel en lui-même (ou si peu) mais qu'il peut donner les idées/outils/schémas pour le faire.

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Comme ces quelques affirmations ne peuvent qu'être qu'évidentes pour tout amateur et connaisseur du genre, j'avoue que je n'ai pas trop compris au début quel était le but exact de l'ouvrage ni quels en étaient les lecteurs potentiels. Je dois ajouter que je n'étais pas plus fixé à la fin. En gros, le message m'a semblé être : "La SF c'est bien pour penser un meilleur futur". Après plus de 50 ans de pratique du genre, je n'ai pas vraiment besoin de 160 pages pour m'expliquer cela, ce qui veut dire que je ne suis probablement pas dans la cible visée. Il se peut que ce livre soit plutôt destiné à des penseurs progressistes (j'emploie ce terme de façon générique, l'auteur étant par exemple libertaire) pour qu'ils intègrent la SF dans leur panoplie intellectuelle.

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À ce titre, l'intention est louable mais (avec moi il y a toujours un MAIS) force est de constater que le substrat intellectuel du livre n'est plus de prime jeunesse. En effet, Gerber s'appuie essentiellement (une dizaine de citations pour les trois premiers) sur les travaux de Gérard Klein (son fameux article sur le malaise dans la SF, 1975), Bernard Blanc (Pourquoi j'ai tué Jules Verne, 1978), Jacques Van Herp (Panorama de la science-fiction, 1973), UKLG (Le langage de la nuit, 1979), Michael Moorcock (un article de 1978), une étude sur les lecteurs de 1985 ou le Cordesse (La nouvelle science-fiction américaine, 1984). Non pas que ces sources et ces analyses soient intrinsèquement mauvaises, mais il y a quand même un net progrès de la réflexion sur la genre depuis 50 (cinquante !) ans dont il est dommage de ne pas en profiter. En fait, on dirait qu'une partie du livre a été écrite dans les années 80 et cela surprend à la lecture et pose la question de la pertinence des sources employées au regard de la connaissance du genre.

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En bonus, cet ouvrage n'échappe pas aux bons petits travers habituels de la micro-édition française : pas d'index (pratique pour retrouver quelque chose), une bibliographie (je cite) "par ordre d'apparition" (aussi super pratique, sachant qu'en prime elle est incomplète), la présence envahissante des supposés lumières de l'étude sur le genre à la mode (Rumpala par là, Kyrou par ici), publicité gratuite pour l'éditeur (3 titres de la collection Dyschroniques dans la bibliographie). Finalement, reste une dénonciation sympathique : le capitalisme, les dictatures c'est MAL. Pourtant, cette potentielle ode aux utopies et aux combats révolutionnaires inspirés par le genre aurait pu être intéressante en s'appuyant sur un matériau plus récent.

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Note GHOR : 1 étoile (bloqué dans les années 80)

06/01/2026

_The Politically Incorrect Guide to Science Fiction and Fantasy_

The Politically Incorrect Guide to Science Fiction and Fantasy : D. J. BUTLER : 2025 : Regnery (série "Politically Incorrect Guides") : ISBN-13 978-1-68451-541-7 (la fihe ISFDB du titre) : xix+191 pages (y compris index, pas de bibliographie) : coute 21.99 USD pour tp format carré, disponible chez l'éditeur.

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Sous la plume d'un auteur américain et ancien employé de Baen Books et de Wordfire Press (maisons d'édition qui ont publié la plupart de ses livres si j'en crois sa bibliographie), cet ouvrage fait partie de la catégorie de titres voulant initier le lecteur à la SF (et ici aussi la Fantasy). Au début, le ton est plutôt léger et assez sympathique, loin de l'académisme ou de la prétention à la haute culture de certains ouvrages de ce type. Hélas, à la lecture, il se dégage de plus en plus une odeur assez nauséabonde, odeur émise par un certain nombre de petits apartés au début puis par chapitres entiers uniquement occupés consacrés à pourfendre certains auteurs (GRRM en particulier), à en défendre d'autres tant sur le plan littéraire que extra-littéraire (Larry Correia et ses Sad Puppies) et à dénoncer l'horrible et décadent esprit progressiste qui a pris le contrôle du genre par le biais de son bras armé : le fandom. Pire, une partie de la SF est devenue un repaire de très méchants wokistes, progressistes, nihilistes et athées (et en plus ils nient le changement climatique). Cette odeur, c'est celle du conservatisme US qui est d'ailleurs le fond de commerce de l'éditeur. Et bien, je peux vous dire que cela pue. 

Foudre de guerre (L'Atalante 2014-08).jpg

Comme c'est pompé sur diverses encyclopédies (Britannica, SFE, Encyclopedia of Fantasy) et parsemé de publicité gratuite pour certains amis (?) de l'auteur avec par exemple un chapitre entier de recommandations de lecture pour auteurs comme Christopher Ruocchio ou Martin L. Shoemaker (à lire dans Galaxies NS #47), je ne peux recommander ce livre même si son côté un peu iconoclaste et distrayant peut être séduisant au premier abord. Mais c'est un livre qui est de plus en plus phagocyté par une idéologie qui n'est pas la mienne. D'autres lecteurs s'y retrouveront peut-être.

Magie brute (L'Atalante 2012-09).jpg

Note GHOR : 0 étoile (la SF selon Trump)