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15/07/2008

_Modern science fiction and the american literary community_

Modern science fiction and the american literary community : Frederick Andrew LERNER (USA, 1945 -) : The Scarecrow Press : 1985 : pas d'illustration (il se peut que ce livre ait normalement une jaquette ) : ISBN-10  0-8108-1794-2 : 325 pages (y compris index et énorme bibliographie de 150 pages) : une petite vingtaine d'Euros port compris pour un HC d'occase.

Modern SF and the american literary community.jpg

Cet ouvrage a pour objectif de retracer l'histoire de la réception de la SF (anglo-saxonne) par la communauté littéraire américaine. Par communauté littéraire américaine, Lerner entend plusieurs acteurs différents :
- les critiques et chroniqueurs de livres qui écivent pour des magazines ou des journaux ne faisant pas partie du genre (quotidiens, suppléments littéraires, magazines littéraires)
- les chercheurs et le milieu universitaire, vus sous le prisme de leurs publications
- le milieu enseignant (niveau primaire ou secondaire) à la fois dans leurs pratiques d'enseignement de la SF et dans le corpus des textes enseignés ou conseillés via leurs propres journaux
- les bibliothécaires principalement au travers de leur importante (aux USA) presse professionnelle
- les professionnels de la futurologie ou de la recherche appliquée.

Le pianiste déchaîné (LDP 1977).jpg

Organisé en une dizaine de chapitres, ce livre s'ouvre par le rituel exercice de la définition de la SF, une formalité expédiée sans aucune originalité.
Suivent cinq chapitres (un par "âge" de la SF Moderne) qui détaillent et contextualisent toutes les critiques ou chroniques d'ouvrages de SF dans des publications hors du genre (e.g. un article sur Slaughterhouse five dans The new republic).
Le chapitre 7 : "Science fiction and the scholars" trace à la fois les mentions de la SF dans le monde de l'académie mais aussi les ouvrages de référence existant à l'époque et le processus de constitution de réseaux de réflexion sur la SF (SFRA, SF Fondation...).
Le chaptre 8 : "Science fiction in the classroom" décrit à la fois l'émergence de cours sur la SF ainsi que l'évolution des lectures recommandées par les enseignants.
Le chapitre 9 : "Science fiction in the library" montre comment la SF a fini par entrer dans les bibliothèques, à la faveur d'un changement de format (apparition de HC de SF, seul type de livre toléré en bibliothèque) et en profitant de la quête de clients lancée par ces dernières.
"Science fiction in the laboratory" (chapitre 10) liste les interactions entre SF et futurologues, généralement peu fructueuses, chacune des parties tentant de garder ses prérogatives.
Une courte conclusion au titre ironique "The descent into respectability" (en écho à la fameuse phrase écrite par Dena Benatan -Brown à l'époque-) termine le livre en récapitulant le chemin parcouru depuis le ghetto des pulps.

Fantastic 1975-04.jpg

On pourra reprocher à certains chapitres (les premiers) de ce livre un aspect énumératif de lieux de parution et de citations qui rendent la lecture parfois un peu rébarbative. C'est toutefois un recensement unique (à ma connaissance) qui permet de mesurer réellement quel était l'image de la SF dans le monde des lettres américain. Ceci permet par exemple de tordre le cou au fantasme de la littérature maudite puisque l'on voit que, à ses débuts (jusqu'à aprés la 2GM), la SF était tout simplement ignorée du reste de la communauté littéraire ou que, par la suite, la réception était généralement plutôt favorable, grâce à certains intellectuels favorables au genre (K. Amis pour n'en citer qu'un). De plus, Lerner donnant l'intégralité de ses sources, la mise en doute de ses conclusions devient assez difficile.

J'ai trouvé les chapitres sur le monde de l'académie et de l'enseignement particulièrement intéressants tant dans un aspect historique "interne" que dans certains livres cités que je vais tenter de me procurer. Les lecteurs de nos jours pourront aussi être génés par le fait que le livre est tout entier rédigé en police "courrier" (avec titres soulignés), comme sorti directement d'une machine à écrire. Il est aussi probable que les lecteurs francophones regretteront l'absence d'un ouvrage similaire sur la réception du genre dans la sphère littéraire traditionnelle.

SF A teacher's guide and resource book.jpg

En tout cas, c'est un sujet original pour l'époque (et encore actuellement) qui permet de sortir du cadre de la SF, un ouvrage d'une méthodologie indiscutable soutenue par une quantité de recherche impressionnante (peut-être même trop envahissante) et qui a la mérite de remettre en place certaines idées reçues.

Note GHOR : 3 étoiles

13/07/2008

_H. Beam Piper : A biography_

H. Beam Piper : A biography : John F. CARR : McFarland : 2008 : ISBN-13  978-0-7864-3375 : 250 pages (y compris annexes, index et biblio) : une grosse vigntaine d'Euros port compris pour un HC sans jaquette.

H Beam Piper A biography.jpg

H. Beam Piper est un auteur maintenant presque complètement oublié. Peu traduit dans notre pays : 4 romans, tous indisponibles depuis longtemps et une demi-douzaine de nouvelles, il n'est guère plus connu outre-atlantique, où sa période de visibilité maximale a été le début des années 60 (de son vivant quand il écrivait surtout pour Astounding/Analog) et lors du boom des paperback années 80 où sont sortis des receuils (Empire, Federation) et des sequels autorisées à certaines de ses séries (Paratime, Fuzzy).

A planet for texans (Ace Double D-299).jpg

Cet ouvrage est donc une biographie de l'auteur, de sa naissance en 1904 jusqu'à son suicide en 1964. Il est organisé en court chapitres qui s'appuient essantiellement sur la volumineuse correspondance de l'auteur et son journal intime. C'est un portrait plutôt tragique, d'un conteur né qui a mis plus de 40 ans à être publié, d'un homme solitaire (la plupart du temps) et en proie à d'insolubles problèmes financiers, tentant de combiner un travail de gardien de nuit et une carrière d'écrivain. Un perfectionniste qui ré-écrivait un nombre incalculable de fois ses textes. Un être humain qui devait, au final, être plutôt malheureux.

Space viking (TF 1982).jpg

Quand on fait le parallèle avec la vie Tiptree/Sheldon (qui se termine de la même façon), on mesure bien là toute la différence entre une fille de la haute bourgeoisie et un prolétaire, ce qui montre bien que le talent est certes important (ils en avaient AMHA tous les deux) mais que le milieu social fait une énorme difference, même pour une carrière d'écrivain. Le récit est suivi par plusieurs annexes (dont deux articles sur la THFH repris de divers supports) et une bibliographie assez sommaire (incomplète pour la VF).

Tinounours sapiens (Le Masque 1978).jpg

Cette plongée dans l'univers d'un écrivain poussé au suicide par ses ennuis financiers et sa solitude est parfois un peu flippante mais reste tout le temps intéressante. Piper est un cas d'école, un de ces écrivains de SF talentueux mais viticmes d'un marché trop étroit pour pouvoir en vivre, un homme qui faisait rêver des milliers de lecteurs tout en vivant dans une misère presque noire. C'est un d'ailleurs un document essentiel pour comprendre les conditions de 'fabrication' de la SF et les mécanismes économiques en jeu.

Paratime (Ace 1983).jpg

Techniquement, on pourra reprocher à cet ouvrage un certain nombre de coquilles (phrases en double) et des répétitions dans le corps du texte où des anecdotes apparaissent plusieurs fois, ainsi qu'une biblio "non-standard" et parfois peu pratique à utiliser (manque d'un index, receuils non cités). On pourra aussi regretter une absence quasi-totale de réflexion sur les textes de Piper eux-mêmes (on sait à peine de quoi ils parlent si on ne les connaît pas) qui ne sont que très rarement placés dans le contexte SF global ni dans celui des préoccupations et sources d'inspiration de l'auteur. Mais il faut se souvenir que ce livre est une biographie et non une analyse de l'oeuvre de l'auteur, d'où très probablement ce parti-pris.

Un livre au final attachant (malgré un personnage qui en ressort parfois comme assez peu sympathique) et surtout un hommage mérité à un auteur important, un travail bien mené et à soutenir.

Uller uprising (Ace 1983).jpg

Note GHOR : 3 étoiles      

_The Futurians_

The Futurians : Damon KNIGHT : John Day : 1977 : ISBN-10 0-381-98288-2 : 276 pages (y compris index et cahiers photographiques N&B) : d'occase pour une dizaine d'Euros (+ port) pour un petit HC avec jaquette.

The Futurians.jpg

Les Futurians sont un groupe d'écrivains et d'éditeurs américains qui ont formé, dans les années d'immédiate avant-guerre, une sorte de communauté entièrement tournée vers la SF, partageant logement, combats, ambitions littéraires, sources de revenu et parfois même épouses. Les plus connus des anciens Futurians sont, outre Damon Knight lui-même, Isaac Asimov, James Blish, Fred Pohl, Cyril Kornbluth, Judith Merril et Don A. Wollheim qui sont tous devenus des acteurs majeurs de la SF US des années 50 à 80, tant dans des rôles d'écrivains que dans ceux de directeurs de collection, critiques ou redacteurs en chef.

The rithian terror (Ace Double M-113 1965).jpg

Damon Knight raconte donc dans cet ouvrage l'histoire au jour le jour de ce groupe de personnages, de leur rencontre à leur mort (pour une partie d'entre eux).  Pour ce faire, il s'appuie sur sa propre mémoire mais aussi sur des interviews avec les survivants ou leur famille pour les décédés ainsi que sur les traces écrites laissées par les membres du groupe. Pour nous plonger un peu plus dans l'ambiance, un certain nombre de photographies d'époque sont insérées. Elles montrent les personnages cités dans le livre ainsi que certaines de leurs productions (fanzines, magazines, dessins). On regrettera que ces dernières ne soient hélas pas légendées.

Late Knight edition (NESFA 1985).jpg

Ce livre est assez cru et remet en question le mythe qui s'est formé autour de ce groupe de gens destinés à devenir célèbres dans le milieu de la SF. En effet, au fil de la lecture, on en s'éloigne de plus en plus du récit d'une stimulante aventure intellectuelle pour découvrir celui de l'existence petite et étriquée d'un groupe de jeunes adultes immatures et complexés. Au lieu de grandes ambitions pour la SF, on assiste plutôt à des luttes incessantes pour le pouvoir. Ces luttes étaient menées à la fois contre l'extérieur du groupe (Gernsback, d'autres groupes de fans, Sykora, Moskowitz) pour obtenir l'illusoire "contrôle" du fandom et se prolongeaient aussi en interne entre les membres les plus importants pour déterminer qui était l'alpha-mâle. J'emploie à dessein cette expression parce que le groupe était aussi parcouru par une grande tension sexuelle où la conquête des rares filles était un source de conflit importante.

Permutation mentale (PC 1979).jpg

Knight nous brosse un portrait sans fard d'une bande de post-ados, certes brillants mais parfois aux limites de la  psychose, immatures, sans le sou et pratiquant l'auto-destruction (alcool, cigarettes, bagarres) avec un entrain qui fait un peu froid dans le dos. Tout cela est très lucide, ce qui est à l'honneur de l'honnêteté de Knight, mais l'impression finale est celle d'un groupe de malades mentaux, affublés de diverses tares, inadaptés et pour tout dire pas vraiment sympathiques. Même si les groupes d'amateurs, quel que soit le domaine, sont toujours le lieu de luttes d'influence, la taille des égos et les capacités intellectuelles et artistiques certaines des Futurians couplée à une promiscuité économiquement imposée, exacerbent nettement le côté malsain de telles rivalités.

Ce document est important pour mettre en perspective certaines histoires de la SF (on pensera aux mémoires d'Asimov qui ne sort pas grandi de ce livre) que le recul et la célébrité ont visiblement tendance à enjoliver. Un témoignage de première main sur une époque et des personnages clefs d'une SF encore balbutiante. On pourra aussi comparer le récit des évènements fait par Knight à d'autres relations de la même période, en particulier l'autobiographie de Pohl : The way the future was ou les volumineuses mémoires d'Asimov.

The way the future was.jpg

 Note GHOR : 2 étoiles

_On SF_

On SF : Thomas M. Disch : The University of Michigan Press : 2005 : ISBN 0-472-06896-2 : 271 pages (y compris index) : 24.95 USD pour un TP.

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Cet ouvrage rassemble les textes de Disch (de 1970 à 2000 en gros) parus dans divers supports (préfaces, journaux littéraires, revues d'études SF). C'est un livre similaire dans son principe au "ramasse-tout" de Goimard dans la collection qu'il dirige (Critique de la Science-Fiction). Il ne semble pas y avoir de texte inédit. Du coup, cette construction entraîne forcément la possibilité de doublons, particulièrement pour les textes phares de Disch comme The embarrassments of science fiction.

Mankind under the leash (Ace Double G-597 1966).jpg

Sur le fond, c'est du Disch dans son mode habituel, c'est à dire à la fois féroce par une critique sévère sur les limitations de la SF (assimilée dans son fonctionnement à de la littérature enfantine), des attaques hilarantes sur ses cibles favorites (RAH, les sharecroppeurs, le fandom...) et généralement une grande justesse d'analyse. Les piques de Disch portent d'autant plus qu'elles viennent de l'intérieur du genre (qu'il n'a pas renié comme a pu le faire Malzberg) et qu'elles sont fondées sur le constat que la SF n'a (en règle générale) pas réussi à concrétiser son potentiel de littérature originale et d'initiatrice de réflexions qui pourraient se révéler vitales pour notre avenir.

On wings of song (Bantam 1980).jpg

C'est donc là l'oeuvre critique d'un connaisseur et d'un praticien exigeant, mais qui est handicapée par un flagrant manque d'unité. En effet, les textes sont, du fait leurs origines, fondamentalement disjoints. Du coup, la réflexion de Disch sur la SF est, dans ce volume, présentée d'une façon un peu hachée, qui se révèle préjudiciable à la pleine reconnaissance de sa qualité. On préfèrera nettement The dreams our stuff is made of, qui bénéficie d'une homogénéité supérieure. 

The dreams our stuff is made of.jpg

C'est en tout cas un livre à la fois rafraîchissant et solidement argumenté, qui manque surtout d'unité et souffre parfois de la présence de textes mineurs. A déconseiller à ce qui pensent que la SF est la 8ème merveille du monde.

Note GHOR : 2 étoiles