31.12.2008

_Science fiction master index of names_

Science fiction master index of names  : Keith L. JUSTICE : McFarland : 1986 : ISBN-10 0-89950-183-4 : 394 pages : une grosse vingtaine d'Euros pour un HC (sans jaquette sur mon exemplaire, je ne sais pas s'il y en a une).

Science Fiction master index of names.jpg


A l'époque, j'avais acheté ce livre sur la foi du nom de l'auteur (qui a aussi écrit l'indispensable Science fiction, fantasy and horror reference) sans vraiment savoir de quoi il parlait (j'imaginais un sorte de dictionnaire, à la Prucher).

Cet ouvrage est en fait d'un type très particulier puisqu'il s'agit d'une sorte d'index général des ouvrages de référence "standards" au moment de sa conception.

Son principe en est donc simple, c'est la concaténation des index par auteur de 132 ouvrages avec un système de codification permettant de savoir dans quel ouvrage et à quelles page(s) est traité l'auteur X.

De plus, l'auteur a assuré lui-même l'indexation des livres de sa sélection qui en étaient dépourvus. Sont dans ce cas, entre autres, les courts ouvrages de Starmont ou de Borgo (généralement des monographies sur un auteur) ou certaines autobiographies (le Pohl par exemple).

Earth is the alien planet.jpg


Les 132 livres traités formaient la base de toute collection sur la SFF dans les années 1980. Cela va des grandes encyclopédies classiques (Tuck, Ash) aux monographies évoquées plus haut en passant par les recueils d'interviews (la série SF voices) et les ouvrages théoriques (Suvin) et les guides de lectures. Cela correspond plus ou moins au fond nécessaire à un outil de travail solide sur le genre (à titre indicatif, je dois en posséder un peu plus d'une centaine sur l'ensemble).

 

Tout d'abord, je vous laisse imaginer la quantité de travail qu'a pu représenter la confection de cet ouvrage, réalisé sur des fiches bristol, à une époque où l'ordinateur domestique était quasi-inconnu et pas forcément capable de réaliser ce genre de travail. On se souviendra que les index informatiques existants contemporains (les NESFA ou le Strauss) étaient réalisés sur des mainframes.

The mitsf index.jpg


Après, on peut s'interroger sur l'intérêt d'un tel méta-index. Justice répond à cette question en donnant une double raison.

- il peut servir à sélectionner des ouvrages que l'on ne possède pas (pour un achat ou un emprunt inter-bibliothèque) en ayant une vision sur les auteurs traités.

- il est surtout indispensable quand on veut optimiser l'exploitation de sa propre bibliothèque de référence. Au delà d'un certain volume, on ne se rappelle pas forcément où est mentionné tel ou tel auteur et il devient impossible de parcourir plusieurs centaines d'index.

Par exemple, si je cherche des informations sur Doris Piserchia ou son oeuvre, je saurais que je peux déjà sortir de mes étagères les livres suivants : Aliens and linguists, Alternate worlds, Anatomy of wonder, etc...; alors que je n'aurais pas forcément immédiatement pensé à certains (le premier par exemple).

Aliens and linguists.jpg

 
On pourra bien sûr regretter certaines choses : une non-indexation des titres (mais alors 2000 pages de plus) ou des thèmes (un travail de titan); l'absence de séparation des index crées par Justice ou la non-inclusion de tel ou tel ouvrage.

Le souci principal est, comme souvent sur des projets de ce type, que leur pertinence décroît au fil des années, soit par l'apparition de nouveaux ouvrages incontournables soit par les rééditions augmentées (cf. Anatony of wonder qui en est à sa 5ème incarnation) qui rendent caduc ou inutilisable le travail sur les versions antérieures.

C'est en tout cas une somme de travail admirable, et un outil très utile à la condition d'avoir (ou d'avoir accès à) une fraction significative des ouvrages traités (et en plus dans la "bonne" version ou le "bon" format).

D'où un note GHOR qui peut varier de 0 (un tel index peut ne servir strictement à rien pour certains) à 3 étoiles (en ce qui me concerne).

Donc, note GHOR = 3 étoiles

30.12.2008

_The cross, the plow and the skyline : Contemporary science fiction and the ecological imagination_

The cross, the plow and the skyline : Contemporary science fiction and the ecological imagination  : Ernest J. YANARELLA : Brown Walker Press : 2001 : ISBN-10 1-58112-402-3 : 319 pages (y compris index et bibliographie après chaque chapitre) : une grosse dizaine d'Euros pour
un TP.

The cross, the plow and the skyline.jpg

 

Cet ouvrage est basé sur un ensemble de textes produits par l'auteur sur une assez longue période (12 ans). Son propos général est de montrer que les traditions apocalyptiques (the cross), pastorales (the plow) et urbaines (the skyline) sont des éléments fondateurs de la culture occidentale et ont exercé une influence fondamentale sur la culture américaine (lire US). Yanarella retrouve ces éléments dans la SF et tente de démontrer leur centralité dans le genre par l'existence de structures narratives récurrentes (le post-apo, la catastrophe, la ville tentaculaire...) qui leur sont directement liées.

Ce livre est organisé en une dizaine de chapitres qui traitent alternativement de ce que l'on peut voir comme une sorte d'histoire générale ou littéraire des USA  (avec des titres comme "Literary responses to the crisis of the 1890s and the populist challenge") et de leur partie science-fictive correspondante dans la démonstration de l'auteur ("Images of the city in contemporary science fiction").

On remarquera que les deux derniers chapitres (sur la théorie de Gaia et la terraformation) marquent une transition vers un discours plus écologique (qui donne d'ailleurs son titre à l'ouvrage) alors qu'il était plus politique (Yanarella faisant partie, me semble t-il, de l'école marxiste de Suvin ou Jameson) dans les premières pages.

Red Mars (Harper Collins 1983).jpg

Je suis assez partagé sur cet ouvrage. En tant qu'amateur de SF, je dois avouer que les parties du livre (une petite moitié) qui traitent de l'histoire culturelle des USA ne m'ont pas vraiment intéressé. Un jargon omniprésent et un style plutôt alambiqué m'ont fortement incité à sauter des passages entiers avec des sous-titres comme "Plutocratic america and pastoral altruria : The christian pastoral utopia of Howell's Altrurian romance". Le plaisir de lecture a donc été assez peu présent dans certaines parties alors qu'il l'a plus été dans d'autres.

Sur la partie proprement SF, je suis aussi de nouveau partagé. Tout d'abord, il y a clairement chez Yanarella de gros emprunts à Wolfe (The known and the unknown) sur l'imagerie propre à la SF et sa signification, qui vont jusqu'à une structuration parfois similaire du discours. En plus, je n'ai pu me défaire durant toute la lecture du sentiment diffus et difficile à justifier objectivement que la SF n'est pas forcément le point fort de l'auteur. Sans doute parce que son spectre d'ouvrages cités est assez limité, avec des oeuvres (Woman on the edge of timepar exemple) qui reviennent trop souvent et pas forcement d'une façon pertinente. Sans doute aussi parce que la SF en tant que genre avec une histoire, des acteurs, des révolutions, des modes et des mouvements n'apparaît presque pas du tout dans cet ouvrage. Elle est réduite à une suite de romans (il n'est presque pas fait mention de nouvelles) qui ne s'articulent jamais entre eux (alors que c'est une des forces du genre) et ne sont pas contextualisés.

Earth (McDonald 1990).jpg

Et c'est alors qu'au milieu de ce discours souvent convenu et assez général surgissent des passages très intéressants (par exemple une analyse de Earth de Brin sous l'angle écologique), carrément jouissifs (un torpillage en trois pages des derniers "fondation") ou glorieusement obscurs (qui aurait pu s'attendre à voir une discussion de The million cities, livre quasi inconnu d'un auteur oublié -J. T. McIntosh- dans un tel ouvrage ?). Heureusement, ces passages se concentrent dans les chapitres sur la SF (et à la fin) ce qui permet d'éventuellement les sélectionner.

The million cities (Pyramid 1963).jpg

Un livre qui présente trop de scories (du fait de sa construction par petits bouts ?) et qui aurait gagné (AMHA) a être resserré sur la partie SF.

Note GHOR : 1 étoile

29.12.2008

_Theorizing fandom : Fans, subculture, and identity_

Theorizing fandom : Fans, subculture, and identity  : Cheryl HARRIS (1961- ) & Alison ALEXANDER (1949- ) : Hampton Press : 1998 : ISBN-10 1-57273-115-X : 253 pages (y compris biblio, index classique et par sujet) : une grosse dizaine d'Euros pour un TP.

Theorizing fandom.jpg

 

Les années 90 ont été propices aux études académiques sur le phénomène des fans particulièrement lorsqu'il existait un fandom structuré, importante source de matière exploitable. Cet eldorado de sujets d'articles a donc été miné par divers universitaires qui, par la force des choses, se sont surtout intéressés aux genres ayant donné naissance à des manifestations ou des créations à caractère fanique marqué. Logiquement, la SF et plus spécialement la SF "visuelle" (TV ou cinéma) s'est souvent retrouvée au coeur des ces études (voir Jenkins par exemple http://ghor.hautetfort.com/archive/2008/07/17/textual-poa...).

Cet ouvrage ne déroge donc pas à cette habitude et, au fil de la dizaine d'articles qu'il contient, revient souvent sur le genre.

Sont donc abordés divers fandoms, certains faisant partie de la SF (les fanfics K/S, Code quantum, la série TV War of the worlds) ou en étant proches (les comics, la série Dark shadows, le slash en général) alors que d'autres nous sembleront plus ésotériques (celui des amatrices de catch dans les années 50 ou celui des coupons promotionnels).

Ils sont traités sous divers angles comme celui du pouvoir (une étude sur la migration vers un forum usenet, ici rec.sf.tv.quantum-leap, qui finalement ne fait que conserver les hierarchies qui existent dans tout fandom), du genre (lire sexuel), de l'impact de l'informatique (usenet et les ML)ou l'angle économique (les collectionneurs de comics et le coût de la préservation des fascicules).

On notera le dernier article qui applique la Q-methodolgy (des expressions à évaluer par un panel générant des groupes corrélés) qui permet aux auteurs de discerner divers types de lecteurs de SF, soit suivant leur pratique (Impliqués, Loisir, Sérieux et Immergés) ou suivant leur esthétique (Émotionnels, Intellectuels et Héroïques). A noter qu'un même test effectué sur des auteurs permet juste une séparation SF/Fantasy.

 

Même si la fandom SF n'est pas le seul analysé dans cet ouvrage, les mécaniques qui y sont à l'oeuvre y sont (AMHA) bien représentées, même si elles doivent être transposées d'un autre domaine.

La mesure de la part réelle des femmes dans les fandoms est à ce titre assez intéressante puisqu'elle se révèle être parfois très importante. Les auteurs en concluent d'ailleurs que la répartition par sexe du fandom (et des collectionneurs) SF (plutôt masculin) est plus dûe au sujet lui-même qu'à des causes structurelles réservant ce type d'activité aux hommes.

On pourra peut-être regretter une certaine emphase donnée au slash (des fictions homo-érotiques entre héros de séries TV, SF ou pas), dont la part importante dans l'ouvrage me semble peu en rapport avec la réalité des fanfics, mais il est vrai que je ne suis pas un expert de ce domaine et que le sujet en lui-même a toujours exercé une grande attirance pour les universitaires (Kirk embrassant Spock, c'est vendeur).

L'essai le plus intéressant, parce que appuyé sur une méthodologie explicitée, reste celui qui tente de classifier les lecteurs du genre. Il est un peu dommage que l'échantillon choisi ait été si limité (27 lecteurs à peine), une telle étude sur une plus grande échelle aurait pu donner des résultats fascinants.

De la même façon, il serait pertinent de pouvoir savoir si cette esquisse du paysage fanique resterait identique dix ans plus tard.

Un livre loin d'être déplaisant même s'il s'éloigne parfois du genre.

Note GHOR : 2 étoiles

26.12.2008

_Robert A. Heinlein : America as science fiction_

Robert A. Heinlein : America as science fiction: H. Bruce FRANKLIN : Oxford University Press : 1980 : ISBN 0-19-5027-46-9 : Couverture Frank Kelly FREAS : 232 pages (y compris index et bibliographie primaire & secondaire) : quelques dizaines d'euros pour un HC.

Robert A Heinlein America as science fiction.jpg

 

Ce livre est une étude de l'oeuvre de RAH, publiée en 1980. Cette relative ancienneté n'a pas permis à l'auteur de bénéficier de toutes les recherches menées sur RAH après sa mort (sur sa première femme par exemple) mais a par contre permis à Franklin d'avoir une longue (1 journée) d'interview avec Heinlein, chose que peu de commentateurs de son oeuvre ont eu la loisir d'obtenir.

La structure du livre est simple. Il s'agit d'une division en six chapitres parmi lesquels l'oeuvre de RAH est répartie en quatre périodes disctinctes :
- The early fiction (1938-1941) : l'histoire du futur & Astounding
- New frontiers (1947-1959) ; les slicks et les juveniles
- A voice of the 1960s : les Hugos
- The private worlds of the 1970s : les romans controversés

Au sein de chaque chapitre les oeuvres sont abordées dans l'ordre chronologique et sont présentés en conjonction avec les éléments contextuels jugés pertinents, qu'ils fassent partie du domaine de la SF ou de celui des évolutions de la société américaine dans sa globalité.

En ce qui concerne l'approche critique choisie, le principe utilisé par Franklin a l'avantage d'être limpide : "le texte, tout le texte et rien que le
texte".

Ce qui veut dire que, sans tenter de deviner les intentions de RAH pour écrire telle ou telle chose, Franklin utilise de larges extraits des romans ou des nouvelles de RAH et appuie son analyse sur ce matériau que l'on a tendance à parfois négliger au profit d'envolées lyriques sur les supposées intentions de certains auteurs.

Ceci donne une analyse extrêmement percutante (et pertinente) où les arguments présentés sont toujours appuyés par des citations tirées directement des oeuvres de RAH, ce qui reste quand même la seule chose non sujette à interprétation.

The moon is a harsh mistress (NEL 1969).jpg

Chose plutôt rafraîchissante pour un ouvrage américain, Franklin est un théoricien proche des idées marxistes. Son analyse est donc à la fois très critique des idées entrepreneuriales défendues par RAH mais aussi très documentée en ce qui concerne le fameux complexe militaro-industriel dont RAH s'est parfois fait le porte-parole (dans le futur de ce livre par exemple, où Heinlein apportera plus ou moins sa caution à l'administration Reagan). Cette connaissance est de première main puisque Franklin a été (lui aussi) un vrai militaire d'active, officier au SAC (Strategic Air Command) et a même volé au dessus de l'URSS dans des bombardiers nucléaires.

Les jugements de Franklin sur RAH et la société américaine de son époque sont donc à prendre avec le recul nécessaire. Eric Picholle (spécialiste français de RAH et co-auteur de Solutions non satisfaisantes) a parlé ici même (sur fras) de 'livre partisan' (IIRC), propos que je nuancerais en parlant de livre militant mais objectif. De plus, cet ouvrage est factuellement est difficile à attaquer et, à la différence du livre de Bellagamba & Picholle, est le fait d'un citoyen et militaire US pétri de la culture de ce pays.

Solutions non satisfaisantes.jpg

En tout cas, c'est le meilleur livre sur RAH que j'ai pu lire. Un ouvrage d'une longueur suffisante pour assurer le développement d'une approche critique argumentée. Sans fioritures excessives, mais surtout exempt des sentiments excessifs (haine féroce ou admiration béate) ou des messages politiques envahissants que l'on peut trouver dans d'autres ouvrages consacrés à cet auteur qui déchaîne immanquablement les passions.  Son attitude "back to basics" (ici les textes de la main même de RAH) est indiscutablement un plus.

Note GHOR : 3 étoiles

23.12.2008

_The John W. Campell letters Volume 1_

The John W. Campell letters Volume 1 : John W. Campbell (compilé par Chapdelaine & Chapdelaine & Hay) : AC Projects : 1985 : ISBN 0-931150-16-7 : 610 pages (y compris un index plutôt sommaire) : quelques euros pour le PB, quand on le trouve (ce titre existe aussi en HC). A noter qu'il a été publié un deuxième volume, qui est rarissime.

The J W Campbell letters vol 1.jpg

Cet ouvrage est tout simplement une compilation d'une partie des lettres écrites par Campbell aux divers acteurs de la SF (auteurs, agents, illustrateurs, critiques) entre 1938 & 1971. Celles figurant dans ce volume couvrent surtout les années 50-60.

Campbell était un véritable 'letterhack', mais à l'envers, puisque ses longs (plusieurs pages chacun) courriers n'avaient pas vocation à être publiés. C'était plutôt des sortes d'éditoriaux-bis dans lequel il utilisait les mêmes techniques de provocation et les mêmes outils de contre-pied que dans ceux qu'il écrivait pour ASF. Il employait ainsi un certain nombre de personnalités de la SF comme "sounding-boards" pour divers sujets de débats.

Il y faisait donc large usage de ses (parfois supposées ou limitées) connaissances variées et y poursuivait ses théories souvent fumeuses tout en donnant en patûre à ses correspondants des tonnes d'idées ou de scénarii de romans ou nouvelles.

Compte tenu de sa taille (+ de 600 pages écrites petit) et du style de Campbell qui oscille entre le strident ou le didactique développant à longueur de page des points techniques sans intérêt, ce livre est, en l'état, à peu près illisible. Du coup, je l'ai plutôt lu en diagonale, en ne m'arrêtant que sur des points précis de la légende Campbellienne (le Dean drive) ou des destinataires spécifiques (RAH/Blassingame). L'absence de tout matériel supplémentaire (pas d'indication permettant par exemple de savoir quel est le texte que Campbell rejette dans telle ou telle lettre) augmente la difficulté de lecture, surtout pour ASF des années 50-60 qui est le magazine le moins connu/traduit en VF. Comme on ne connaît pas la teneur des lettres auxquelles répond Campbell, on en est parfois réduit à des suppositions. Cela fait parfois l'effet d'une conversation dont on n'entendrait que l'un des interlocuteurs.

Astounding 1953-10.jpg


En conséquence, il convient de réserver cet ouvrage au rôle de source d'information supplémantaire dans le cadre d'études ciblées, par exemple sur un auteur ou la génèse d'un texte.

Il en ressort tout de même un Campbell très imbu de lui même et de son savoir. Son fourvoiement aveugle dans la croyance en des pouvoirs psi qu'il a (selon ses dires) longuement étudié est par exemple évident dans ses écrits qui ne renvoient pas l'image d'un homme très sympathique et que l'amour du débat pour le débat rend parfois solitaire. A contrario, sa générosité en idées et suggestions pour améliorer un texte est manifeste ainsi qu'un coté humain touchant dans ses rapports avec son épouse et ses enfants.

Un livre très sépcifique, donc, que l'absence d'appareil analytique ou contextuel pénalise fortement dans le cadre d'une lecture informelle.

Note GHOR : 1 étoile

22.12.2008

_Solutions non satisfaisantes : Une anatomie de Robert A. Heinlein_

Solutions non satisfaisantes : Une anatomie de Robert A. Heinlein : Ugo BELLAGAMBA & Eric PICHOLLE : Les Moutons Électriques : 2007 : 320 pages (y compris index et bibliographie) : ISBN  978-1-934543-28- : 45 Euros en souscription pour un HC avec jaquette.

Solutions non satisfaisantes.jpg

Lors de l'annonce de ce livre, j'avais cru bêtement qu'il s'agissait d'une étude sur RAH, dans le fil des études habituelles (Borgo, Encrage, Starmont), à savoir une analyse de l'oeuvre de l'auteur, sur la base des textes avec des enrichissements biographiques ou contextuels.

Il s'agit en fait plus d'une biographie commentée de l'auteur, dont le principe est plus proche du livre de Phillips sur Tiptree que de celui de Franklin sur RAH.

L'organisation du livre est à la fois celle d'une anatomie (cela semble vouloir dire que c'est un joyeux mélange d'articles indépendants & multi-angles pour les incultes dans mon genre) et une progression chronologico-thématique. En langage courant cela veut dire que le livre suit la vie de RAH dans un ordre plutôt chronologique mais qu'il n'est pas garanti que l'on va parler du texte X 'à sa place' dans un strict ordre temporel.

Ce choix (en hommage à RAH, je suppose) est un écueil assez perceptible à la facilité de lecture, puisqu'un même ouvrage va être traité à plusieurs endroits, sous des angles très différents. Par exemple, le roman Beyond this horizon (L'enfant de la science en VF) apparaît page 63 (pour l'ordre chronologique), puis pages 106-109 (pour le darwinisme), puis 157-160 (pour la télépathie) et ainsi de suite.

Beyond this horizon (Panther 1974).jpg

L'impression qu'il en ressort est celle d'un certain fouillis, qui pourrait faire voir le livre comme une compilation d'articles parus séparément, avec des redites et des aller-retours fatiguants pour une personne de mon âge. La solution (satisfaisante ?) est peut-être de le lire chapitre par chapitre, avec des pauses entre chaque groupe thématique.

Sur la partie biographique, je n'ai pas grand chose à dire, si ce n'est que je n'ai pas appris grand chose de nouveau sur la vie de RAH qui est un auteur sur lequel pas mal de choses ont été écrites en VO; mais que le lecteur VF a sûrement beaucoup à découvrir. La narration est fluide et plutôt intéressante, même si elle n'évite pas toujours l'emphase et les jugements à l'emporte-pièce, par exemple le couplet sur la première femme de RAH, dont il est dit qu'on ne sait strictement rien mais sur qui les auteurs peuvent dire qu'elle est de "celles qui apprécieraient les avantages du statut de femme d'officier sans vouloir en subir les contraintes", deux propositions assez contradictoires (c'est page 28).

Le point le plus génant de l'option "biographique" est que, encore plus que le livre de Phillips, on a l'impression que la carrière de l'écrivain RAH se passe dans un vide complet. La SF et son histoire sont les grands absents de ce livre, disparaissant durant des pages. Il n'est que très rarement fait de relation entre les évolutions du genre et les choix de l'auteur, qui semble comme complètement indépendant du contexte économique ou social (même si cela devient vrai sur la fin de sa carrière où son succès économique le libère de toute influence). On pourrait croire que RAH, écrivain professionnel d'un genre commercial, n'est pas (ou si peu) touché par des évènerments comme la fin des pulps, la nouvelle vague, l'inflation des avances, l'arrivée des poches... 

Du coup, cela centre encore plus le livre sur l'homme RAH et ses opinions politiques, sujet certes intéressant, mais qui ne fait pas vraiment partie des "science-fiction studies" que veulent promouvoir les auteurs et qui pose le problème de la justesse des opinions attribuées à RAH, dans la mesure ou aucun des auteurs n'a pu en avoir confirmation auprès de l'homme lui-même.

Il est tellement écrit dans ce livre que RAH savait se jouer de tous les analystes de ses écrits que ce point pourrait aisément s'appliquer à cet ouvrage.

Double Etoile (RF 1958).jpg

Ces deux points (structure nébuleuse et découplage du genre) sont ceux qui m'ont le plus embêté. Mais, comme je suis un vrai pinailleur et que je sais lire (parait-il, selon un spécialiste de RAH), il y a pas mal d'autres points irritants que je n'ai pas tous notés (ce livre ayant été réédité en poche, il se peut que certaines d'entre elles aient été corrigées depuis) :

- Un index défaillant avec des numéros de pages erronés (essayez Yann Minh ou Trois pas dans l'étrange pour voir).

Trois pas dans l'éternité (Le Masque 1976).jpg


- Une bibliographie qui oublie les deux Slusser (pourtant cités plusieurs fois) dans les livres sur RAH mais qui mentionne le site d'Anouk (http://heinlein.free.fr/), certes incontournable en matière de VF mais dont la fréquence de mise à jour est assez faible.

Robert A Heinlein Stranger in his own land.jpg

- Une confusion sur le sens du terme Hard-Science dont la définition semble être égale à "anticipation spatiale proche" et dont les références sont extraites de The ascent of wonder, anthologie qui a beaucoup fait débat et qui, pour en préciser les positions pour le moins atypiques, est le seul ouvrage qui place Ballard dans la Hard-Science.

- Des choses avancées sans grandes preuves comme le fait que RAH avait décidé d'avoir le Hugo pour Double star. Possible, mais attesté en aucune façon.

- Des avis d'autres spécialistes de la SF insérés sans le contexte nécessaire alors que celui-ci serait important pour corriger des impressions trompeuses : Aldiss assaisonnant Campbell par exemple (ce qui est assez prévisible), ou un extrait de Franklin (sur Sixth column) sans les dures critiques de ce dernier et qui, du coup, semble soutenir l'avis des auteurs alors qu'une lecture de la source montre qu'il n'en n'est rien.

Sixième colonne (Hachette 1951).jpg

- Des parties de texte qui se retrouvent à l'identique dans deux endroits, une fois dans les notes et une fois dans le corps de l'ouvrage (sur Leslyn pages 76 & 85, sur Niven page 31 & 235).

- Des notes de bas de pages qui (pour les domaines que je connais) sont tout simplement erronées :
   * (page 27) le cuirassé Utah ayant été converti à la chauffe au mazout fin 1925 (voir le massif US Navy de Moulin ou l'indispensable dictionnaire des navires de guerre américains), il est difficile à RAH de monter en 1926 sur ce même navire chauffant au charbon. Ce bâtiment devient navire cible ensuite (numéro de coque AG-16) et n'a donc jamais été "bâtiment de défense anti-aérienne", une hérésie pour qui connaît un peu le sujet.
   * (page 275) comparer le Pluton (missile tactique) avec le SS-20 'missile stratégique) en disant que le dernier est 'un peu plus performant' revient à comparer un Solex et une Porsche en disant que cette dernière est un peu plus performante, une évidence qui masque mal une absence de connaissance du sujet puisque la comparaison porte sur deux systèmes d'armes fondamentalement dissemblables.

US Navy T1.jpg


Du coup, je me demande pourquoi les auteurs ont pris la peine d'insérer de telles notes (qui n'apportent strictement rien au texte proprement dit et sont sans rapport avec RAH), si ce n'est pour faire 'sérieux'. Du fait de leur inexactitude, je suis en droit de me demander quel crédit apporter aux dires des auteurs sur des domaines que je connais moins.

Au final, l'expérience est intéressante et se doit d'être soutenue si les amateurs du genre veulent avoir un appareil critique et analytique autochtone, mais ce livre n'est pas au top de sa catégorie.

Note GHOR : 2 étoiles

21.12.2008

_American fantasy & science fiction_

American fantasy & science fiction : Marshall B. TYMN : Fax Collector's Editions : 1979 : ISBN 0-913960-15-2 : 228 pages : quelques euros pour un PB.

American fantasy & science fiction.jpg

Le principe de cet ouvrage est simple, il s'agit du recensement de tous les hardcovers (livres reliés correspondant généralement à la première édition d'un titre) appartenant au champ des littératures de l'imaginaire (comme on dit maintenant) parus aux USA entre 1948 et 1973 et ce, uniquement pour leur première publication dans ce format.

Les livres sont présentés une fois par auteur (liste principale) avec une liste secondaire par titre et des appendices consacrés aux parutions en Book-club et aux titres 'borderline' (c'est l'expression de Tymn).

Les renseignements donnés pour chaque HC sont extrêmement limités : titre (bien sûr), ville où se situe l'éditeur, éditeur et année de publication (c'est le système standard des références bibliographiques).

Le livre peut donc se voir comme une sorte de Currey 'light', nettement plus transportable mais incapable de fournir les éléments pour distinguer une EO (première édition) d'une ré-impression et faisant évidemment l'impasse sur les PB/TP (bien que ce format n'ait quasiment pas existé dans les époques étudiées).

SF & fantasy authors 1st printings.jpg

Son plus est la couverture des auteurs non listés dans le Currey et son traitement des anthologies non traitées dans ce dernier.

Une curiosité dont l'utilisation doit être peu fréquente de nos jours.

Note GHOR : 1 étoile.

18.12.2008

_BP 300 : An annotated bibliography of the first 300 publications of the Borgo press, 1975-1998_

BP 300 : An annotated bibliography of the first 300 publications of the borgo press, 1975-1998: Robert REGINALD & Mary A BURGESS : Borgo Press : 2007 (seconde édition la première datant de 2004-5) : ISBN 0-8075-1206-8 : 244 pages (index structurel) : une quinzaine d'Euros pour un TP.

BP 300.jpg


Cet ouvrage (qui est une mise à jour d'un précédent opus appellé BP 250) est un listing des publications Borgo Press et des publications distribuées ou reprises par cette maison (aujourd'hui reprise elle-même par Wildside Press suite à l'arrêt de son fondateur pour cause de problèmes de santé).

Ce livre est intéressant pour l'amateur de SF de part le fait qu'une bonne partie de la production Borgo est constituée d'ouvrages sur la SF : essais, études mono-auteurs (dont certains sortis initialement par Starmont, puis repris par Borgo) ou bibliographies.

Reginald's SF & F awards.jpg   Philip Jose Farmer.jpg  The work of George Zebrowski.jpg

Il liste donc tous les titres sortis par l'éditeur en en donnant tous les détails bibliographiques (caractéristiques, sommaire) et en indiquant d'une façon succincte l'objet des ouvrages.

C'est donc une aide qui peut être précieuse pour un amateur désirant se faire une "liste de courses" sur un auteur ou un thème, en permettant de savoir ce qui existe et en facilitant les recherches auprès des librairies.

C'est aussi un ouvrage intellectuellement amusant parce que faisant partie d'une nouvelle "race" d'ouvrages de référence, à savoir l'ouvrage de référence ne traitant que d'ouvrages de référence (bibliographie secondaire) comme le Spehner, le Justice, le Burgess & Bartle ou le Briney & Wood. On peut même penser qu'il sera bientôt possible de faire un ouvrage de troisème niveau qui serait une bibliographie des ouvrages bibliographiques listant les bibliographies.

SF bibliographies.jpg

Un fois cette paranthèse refermée, ce livre, s'il est visiblement exempt d'erreurs, ne peut qu'être destiné à une population limitée, l'absence de tout texte le rendant assez aride et d'un usage strictement ponctuel.

Note GHOR : 1 étoile

16.12.2008

_Off the main sequence_

Off the main sequence: Tom EASTON : Borgo Press : 2006 : ISBN 0-8095-1205-X : Trade Paperback : 350 pages (y compris index) : une quinzaine d'Euros en neuf port compris.

Off the main sequence.jpg

Ce livre est un receuil des critiques de par Tom Easton (auteur de SF plutôt technophile, particulièrement connu pour sa série 'Organic future') parues dans ANALOG entre 1988 & 2004. C'est une sorte de volume compagnon à Periodic stars qui traitait les oeuvres d'auteurs 'récurrents' (lire connus) d'où son titre.

Periodic stars.jpg

Pour ce nouvel opus, Easton a choisi d'extraire de ses chroniques mensuelles dans ANALOG, tout ce qui est un peu atypique (d'où le titre en forme de clin d'oeil). Il s'agit plus de notules à vocation informatives que de véritables critiques structurées, la longueur de chacune étant au grand maximum d'une page, avec un minimum d'une dizaine de lignes.

Sont donc traités :
- les ouvrages de fiction parus dans des small presses (NESFA, Meisha Merlin, Tachyon...), qu'ils soient des romans, des anthologies ou des
recueils. Le tout tient sur une centaine de pages.
- les ouvrages de poésie (10 pages).
- les magazines à faible diffusion ou parution irrégulière (Pulphouse, On Spec...) sur moins de dix pages.
- les ouvrages sur l'écriture (moins de 10 pages).
- les ouvrages de référence en trois sections (histoire, critiques, autobio & biographies) sur cinquante pages.
- les ouvrages de vulgarisation scientifique (70 pages).
- les publications numériques (40 pages).

Les informations relatives à chaque titre (éditeur, ISBN, pagination) sont bien entendu données par l'auteur, ce qui permet soit de localiser un ouvrage, soit de l'acheter.

Tower of the gods (Ace 1993).jpg

Au vu de la laconicité de ces notules et de la faible diffusion des ouvrages considérés, il est exclu d'utiliser cet ouvrage pour se forger autre chose qu'une simple première opinion sur les titres discutés. Easton est d'ailleurs dans un registre purement informatif, ne se laissant aller à des appréciations tranchées que très rarement.

Ce livre sera donc le plus utile dans un rôle de catalogue ou de guide d'achat, permettant de recenser et trouver des titres peu fréquents ou d'avoir une idée du contenu d'un ouvrage peu connu rencontré au cours d'une recherche.

Un deuxième usage, assez limité, sera de pouvoir juger de la réception initiale faite à tel ou tel auteur devenu célèbre, particulièrement s'il a été publié tout d'abord dans des éditions confidentielles. Le cas d'Allen Steele est à cet égard typique, puisque l'on peut assister en filigrane à sa découverte et à sa maturation au travers des notules d'Easton. En effet, avant de devenir la vedette qu'il est, ses premiers livres ont été édités par des small presses (Rude astronauts ou All-american alien boysont sortis chez Old Earth Books et d'autres chez Meisha Merlin avant d'être repris par Ace).

Sex and violence in zero-g (Meisha Merlin 1999).jpg

Un ouvrage dont l'intérêt est nettement limité, malgré ses qualités intrinsèques.

Note GHOR : 1 étoile

15.12.2008

_10 Catastrophes_ & _10 Récits sur le temps_

10 Catastrophes: Fréderick BAAS & Alain GARGUIR & Yves MOUQUET : Maison de la Fiction : 1988 : ISBN -10 2-87765-000-6 : 43 pages : quelques Euros en neuf via e-bay pour un chapbook.

10 Récits sur le temps: Fréderick BAAS & Alain GARGUIR & Yves MOUQUET : Maison de la Fiction : 1988 : ISBN -10 2-87765-001-4 : 43 pages : quelques Euros en neuf via e-bay pour un chapbook.

10 Catastrophes.jpg       10 Récits sur le temps.jpg

Ces deux petits ouvrages sont donc des guides de lectures destinés (je paraphrase) à aider les lecteurs ou les intervenants littéraires à se retrouver dans le maquis de la SF et à constituer une bibliothèque de base sur les thèmes abordés.

Ils partagent la même architecture :
- Une introduction sur le principe des ces guides.
- Un mode d'emploi.
- Une présentation du thème (2 pages).
- 10 fiches de lecture comprenant une sorte de fiche technique (style carte d'index de bibliothèque) et une courte fiche de lecture (1 page).
- Un lexique.
- Une bibliographie annexe (une vingtaine de titres supplémentaires).

Pas grand chose à dire sur ces ouvrages. La sélection des textes étudiés est classique. On va  de Anderson à Wells pour le temps et de Ballard à Wylie pour les catastrophes. Le mélange entre textes récents  et anciens est correct (de Barjavel à Powers) et les équilibres nationaux respectés (30% de francophones + 1 allemand).

La fin du rêve (OPTA 1976).jpg

Les notes de lectures sont très brèves (une quarantaine de lignes au total) et se bornent à un résumé du texte suivi d'un paragraphe d'évaluation. Dans la pratique ce sont donc plutôt des notules et leur côté hyper-schématique vaut aussi pour le reste des guides (les présentations par exemple).

Ajoutons quelques bugs dans les fiches techniques et on obtient des ouvrages dont la plus-value me parait bien mince et l'objectif peu clair.

Une porte sur l'été (JL 1978).jpg


En fait, le point le plus intéressant est, en ce qui me concerne, la tentative que l'on voit transparaître au fil des pages d'une codification des genres de la SF. Ce projet de taxonomie du genre est un serpent de mer qui resurgit périodiquement et auquel tout fan s'est attelé au moins un fois dans sa vie. C'est un vieux rêve que de pouvoir classer tout ouvrage de SF dans un schéma global et bien ordonné.

Comme souvent, cela vire à l'usine à gaz géante avec une multiplication des critères pour pouvoir rendre compte des caractéristiques de chaque oeuvre.

Ici, on a donc pour chaque texte (entre parathèses les valeurs pour un des titres) les critères suivants : un thème (Temps) et un sous-thème (Voyage), un cas (Ramification), un genre (Time-opéra) un genre-bis (Aventure), une caractéristique (Maîtrise), un type (Machine) et une forme (R<N).
Pour info cet ensemble de critères permet de définir La patrouille du temps.

La patrouille du temps (Marabout).jpg

Trop complexe, cette brillante construction intellectuelle s'effondre sous son propre poids en à peine 20 oeuvres, sans atteindre les 42210 univers de la SF de l'inénarable Guy Bouchard.

Note GHOR : 1 étoile (pour le côté sympathique de cette entreprise fanzinesque)

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