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27/01/2010

_C. M. Kornbluth : The life and works of a science fiction visionary_

C. M. Kornbluth : The life and works of a science fiction visionary : Mark RICH : 2010 : McFarland : ISBN-10 978-0-7864-4393-2 : 439 pages (y compris bibliographie et index) : coûte 40 USD pour un TP (couverture assez fragile) agrémenté de quelques photographies en N&B, disponible chez l'éditeur : http://www.mcfarlandpub.com/book-2.php?id=978-0-7864-4393-2.

C M Kornbluth.jpg

Cet ouvrage est dû à la plume de Mark Rich, un auteur de nouvelles de science fiction américain qui publie surtout dans Analog. Il est édité par McFarland qui a déjà sorti plusieurs biographies (Piper et Boucher). Celle-ci est donc consacrée à Cyril Kornbluth. Plus connu comme collaborateur de Frederik Pohl sur des dystopies satiriques (The space merchants, Gladiator at law), c'est un de ces auteurs (comme Weinbaum) dont on dit souvent avec nostalgie que la mort à un jeune âge (il avait à peine 35 ans lors de son décès) l'a empêché de changer la face de la SF.

A mile beyond the moon (Macfadden 1966).jpg

La première et principale (350 pages) partie de l'ouvrage est une biographie détaillée de la vie de l'auteur, de sa naissance à New York en 1923 à sa mort (une attaque cardiaque) en 1958. Rich nous fait revivre en détail et avec force témoignages de ses proches ou de ses amis la jeunesse de l'auteur (enfant brillant mais pas très adapté), son adolescence et ses années de jeune adulte passées au sein du fameux groupe des Futurians, sa participation à la 2GM (il combattra en Europe en 1945), son retour à la vie civile et sa difficile carrière d'écrivain et son cortège de difficultés financières récurrentes. La seconde partie est une sorte d'essai qui piste le thème de la double personnalité dans les oeuvres de Kornbluth et montre qu'il s'agit d'un écho des préoccupations centrales de l'auteur. Après plusieurs pages de notes, on trouve une bibliographie globale et un index. Une grosse dizaine d'illustrations (couvertures de livres, reproductions de photos de famille) parsèment cette biographie.

His share of glory (NESFA 1997).jpg

Comme le travail de Carr sur Piper, celui de Rich sur Kornbluth est extrêmement solide et s'appuie sur de nombreuses sources (ouvrages divers, interviews avec les protagonistes ou la famille, échanges de courrier, documents archivés). Le résultat est un ensemble d'une grande solidité factuelle et d'une lecture très intéressante d'autant plus que la narration intègre parfaitement le cadre plus général de l'histoire du genre. On y croise d'ailleurs toutes les figures habituelles du milieu de la SF de la côte Est, parfois sous des jours assez négatifs (Heinlein pour son attitude mesquine à la mort de Kornbluth) même si l'essentiel de la charge de Rich est faite en permanence contre Pohl qui ressort de ce livre comme un écrivain médiocre et surtout un collègue profiteur d'une honnêteté discutable.

Ce n'est pas pour cette année (Satellite 1962).jpg

Au final, Rich nous fait le récit instructif d'une vie qui n'a jamais été très agréable pour cause des soucis financiers permanents (finalement assez similaire à celle de Piper) et une impression de gâchis d'un réel talent qui devrait amener à une réévaluation de la place de l'auteur et de sa réelle importance dans ses collaborations, bien qu'il faille se méfier de cette habitude de présenter les morts prématurés comme des géants du genre en devenir. Je serais plus réservé sur la deuxième partie qui n'apporte pas grand chose au livre de par sa brièveté et le fait qu'elle soit plus centrée sur les textes hors SF de Kornbluth, écrits qui sont relativement inaccessibles. Après d'autres biographies réussies, celle-ci montre que cet exercice est maintenant maîtrisé par les historiens du genre.

The syndic (Sphere 1968).jpg

Note GHOR : 3 étoiles

26/01/2010

_Hell's cartographers_

Hell's cartographers : Brian W. ALDISS & Harry HARRISON (editors) : 1975 : Weidenfeld & Nicholson : ISBN-10 0-297-76882-4 : 246 pages (y compris bibliographies des auteurs mais pas d'index) : coûtait 3.50 GBP pour un HC avec jaquette illustré d'un cahier central de photographies en N&B.

Hell's cartographers.jpg

Cet ouvrage est un recueils de relativement courtes (entre trente et cinquante pages) autobiographies de six auteurs de SF. Ils forment un groupe relativement homogène, comprenant des Futurians (Pohl, Blish et Knight), des britanniques (Aldiss et Harrison) et un inclassable (Bester). Ces auteurs se ressemblent par le fait qu'ils ont eu des responsabilités éditoriales et par leur production de textes manifestant souvent un humour assez grinçant et une certaine originalité stylistique. A noter qu'une partie de ces textes sont disponibles en VF (parus dans Bifrost) et ont parfois été repris dans d'autres ouvrages de référence (comme le Silverberg que l'on retrouve mis à jour dans Other spaces, other times).

Golem 100 (Pan 1981).jpg

La structure de cet ouvrage est assez simple. Il débute par une courte introduction due à Aldiss et se poursuit par le plat de résistance, les six segments autobiographiques de chacun des contributeurs (dans un ordre qui semble aléatoire). On retrouve successivement les mêmes auteurs dans une courte partie intitulée "How we work" où (comme son nom l'indique) ils détaillent leurs méthodes de travail. Des bibliographies "sélectionnées" (titre et date seulement) de chacun concluent l'ouvrage qui ne possède pas d'index mais offre un cahier photographiques de quatre pages sur papier glacé (il s'agit de portraits des auteurs).

Late Knight edition (NESFA 1985).jpg

Cet ensemble de textes a longtemps constitué un témoignage majeur sur le travail de ces écrivains et une des rares sources autobiographiques du genre (le fait qu'une partie ait été traduite indique bien l'importance de ces textes). On y retrouve la verve habituelle de ces conteurs nés et on découvre le quotidien parfois peu glorieux d'écrivains pourtant parmi les plus estimés du genre.  

The best of James Blish (Del Rey 1979).jpg

Outre la regrettable absence d'index et le côté misérable des bibliographies proposées, on ne peut toutefois nier que la valeur de cet ouvrage n'a pu que diminuer avec le temps. En effet, outre le simple éloignement temporel (ces autobiographies s'arrêtent à l'orée des années 70), il existe maintenant un plus grand nombre d'autobiographies d'écrivains de SF plus détaillées, plus à jour ou plus fournies, y compris pour des participants à cet ouvrage (on pensera à Pohl avec The way the future was ou aux ouvrages sur les Futurians de Knight ou Rich). Au final, c'est malgré tout un ouvrage qui livre des témoignages importants sur des individus clés du genre.

The way the future was.jpg

Note GHOR : 3 étoiles

12/01/2010

_Grumbles from the grave_

Grumbles from the grave : Robert A. HEINLEIN (édité par Virginia HEINLEIN) : 1990 : Del Rey : ISBN-10 0-345-36941-6 : xxi+325 pages (y compris index) : coûtait 6 USD pour un PB illustré de photos en N&B, existe aussi en HC (-36246-2).

Grumbles from the grave.jpg

Ce livre, dont il semble que Heinlein avait plus ou moins prévu la parution de son vivant (voir page 115), a été publié en 1990 juste dans la foulée du décès de l'auteur alors que la popularité de ce dernier était encore perceptible (et surtout monnayable comme le montre la mention "National bestseller" de la couverture). Edité par son épouse, il s'agit d'un ouvrage hybride, une sorte d'autobiographie qui a la particularité de n'être composée que d'extraits de lettres, à la fois celles écrites par RAH mais aussi celles qu'il recevait.

Astounding 1956-02.jpg

Après une courte introduction biographique d'une vingtaine de pages, l'ouvrage se divise en quinze chapitres de longueur très inégale (de moins d'une dizaine à une cinquantaine de pages) qui sont consacrés à un thème précis (les débuts d'écrivain, les juveniles, Starship troopers, les voyages...). Comme indiqué, chacun d'entre eux est constitué d'extraits de courriers échangés entre Heinlein et divers correspondants (même si ses échanges avec Lurton Blassingame, son agent, forment l'essentiel des documents). Ces extraits sont datés et classés dans l'ordre chronologique avec parfois des subdivisions au sein de certains chapitres (par livre ou par sujet). Dans certains cas, Viriginia Heinlein fournit des informations supplémentaires permettant de comprendre le contexte sous forme de notes. Outre un index et une bibliographie schématique, plusieurs appendices sont fournis : le texte caviardé dans Red Planet par Scribner's, le prologue à Podkayne of Mars enlevé par Putnam et un compte-rendu de la Heinlein Retrospective par son épouse. A noter que le livre est illustré de nombreuses photos en N&B (voyages, réceptions, vie domestique, reprocdutions de couvertures) auquel le format poche ne rend guère justice.

D'une planète à l'autre (Mame 1958).jpg

En lui-même, cet ouvrage n'est pas inintéressant (excepté l'habituel travelogue auquel semblent souvent succomber les auteurs US) pour qui souhaite approfondir sa connaissance de l'homme qu'était Heinlein, malgré le fait que la structure même du livre apporte un effet stroboscopique assez désagréable puisque certains sujets sont expédiés en deux pages et quelques extraits de lettres. On peut aussi pardonner un certain mercantilisme qui conduit, à la mort d'un auteur important, à une profusion de titres dont l'opportunisme d'exploiter des cendres encore chaudes paraît être la motivation principale. On pourra aussi excuser la qualité très moyenne de l'iconographie, le papier utilisé pour un poche n'étant visiblement pas l'idéal en matière de finesse de reproduction.

La patrouille de l'espace (BR 1974).jpg

Mon principal regret vient d'une chose habituelle avec tout ce qui concerne Heinlein après sa mort, à savoir l'impression d'une censure très forte exercée par sa veuve sur tout ce qui concernait son défunt mari. On sent bien qu'il nous manque des éléments ou que les choses sont parfois présentées sous un jour plutôt favorable à l'auteur. Par exemple, la brouille de Heinlein avec Campbell, qui a pourtant constitué une étape importante dans la carrière de RAH et qui, connaissant les deux hommes (voir aussi le recueil des lettres de Campbell rassemblées par Chapdelaine), a dû donner lieu à de belles passes d'armes épistolaires, est presque complètement absente du livre. Idem pour la rupture avec Scribner's ou la réception plutôt tiède (un doux euphémisme) des romans tardifs qui a sûrement dû faire bondir l'auteur sur sa machine à écrire. On sent bien déjà cette légendaire volonté de fer de contrôler (de lisser ?) complètement l'image de Heinlein.

Astounding 1956-04.jpg

Au final, un livre trop partial et partiel pour constituer une base de départ utilisable pour comprendre pleinement la vie et l'oeuvre de cet auteur majeur du genre. ne reste que l'exploitation commerciale d'un nom.

Astounding 1957-09.jpg

Note GHOR : 1 étoile

16/10/2009

_Dreamer of Dune : The biography of Frank Herbert_

Dreamer of Dune : The biography of Frank Herbert : Brian HERBERT : 2004 : Tor : ISBN-10 0-765-30647-6 : 576 pages (y compris annexes et index) : 17 USD pour un épais TP avec cahier central de photographies N&B, à noter que cet ouvrage est un reprise en TP du HC publié l'année précédente (Avril 2003) chez le même éditeur.

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Cet ouvrage est, comme son sous-titre l'indique, une biographie de Frank Herbert. On ne présente plus ce dernier, essentiellement connu comme l'auteur de nombreux best-sellers situés dans l'univers de Dune, une franchise qui, sous la plume de Brian Herbert et Kevin J. Anderson, continue à livrer un nouvel opus chaque année. Cette biographie est d'ailleurs l'oeuvre du premier cité, l'un des fils de Frank Herbert.

Children of dune (Berkley 1977).jpg

En partie basée sur le journal de Brian Herbert, cette biographie suit l'ordre chronologique habituel (de 1864 à 1986). Constituée d'une grosse quarantaine de chapitres, elle se trouve divisée en trois parties principales correspondant peu ou prou à un lieu d'habitation de la famille Herbert (La Californie, la région de Seattle et enfin Hawaï). La narration se partage en parts plutôt inégales entre Herbert l'écrivain (la partie la plus petite) et Herbert le père de famille (la plus importante). Pour illustrer l'ensemble un cahier photographique de seize pages est inséré au milieu du livre et propose des photos en N&B de la famille Herbert, photos d'une qualité assez moyenne à cause du papier sur lequel elles sont imprimées. L'ouvrage se termine par plusieurs annexes : une bibliographie complète de Herbert père (fiction & non-fiction) plutôt mélangée et assez limitée en information, des bibliographies pour les enfants Herbert, une bibliographie secondaire et un index.

Children of Dune (NEL 1978).jpg

Globalement cette biographie est plutôt intéressante pour découvrir les facettes inconnues de l'auteur en particulier dans sa sphère familiale où tout n'était semble t-il pas rose. Cette proximité du biographe avec son sujet colore d'une façon plutôt importante le livre qui pourrait parfois s'intituler Moi et mon père. En effet, outre cette relation complexe qui est largement développée, certains passages du livre laissent plutôt l'impression qu'il est plus l'autobiographie de Brian que la biographie de Frank.

Dune messiah (NEL 1972).jpg

Il n'en reste pas moins que, une fois débarassé de l'encombrant fils qui règle quelques comptes avec son père grâce à ce livre (et malgré des passages un peu lourds à la gloire de ce dernier), il reste suffisamment d'information dans ce volumineux ouvrage pour satisfaire les lecteurs intéressés par le métier d'écrivain et ses difficultés ou par la carrière et les sources d'inspiration d'un auteur célèbre. Au final un livre offrant un bon éclairage sur l'auteur malgré certaines longueurs (au début par exemple).

Dune messiah (NEL 1985).jpg

Note GHOR : 2 étoiles

08/10/2009

_Divine invasions : A life of Philip K. Dick_

Divine invasions : A life of Philip K. Dick : Lawrence SUTIN : 1991 : Citadel Twilight : ISBN-10 0-8065-1228-8 : 352 pages (y compris annexes et index) : coûtait 20 USD pour un TP (avec cahier central de photographies N&B), se trouve aisément en VO ou VF au vu du grand nombre d'éditions existantes.

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Comme son sous-titre l'indique, cet ouvrage est une biographie de Philip K. Dick. Cet auteur est l'un de ceux qui fascinent le plus les amateurs du genre, en particulier en France comme l'atteste l'importante (pour notre pays s'entend) littérature qui lui est consacrée (y compris une autre biographie "romancée" par Carrère). Il est d'ailleurs symptomatique de voir que ce titre est l'une des rares biographies d'un auteur de SF à avoir été traduite et qu'il en existe même deux éditions (Denoël "Présences" & Folio-SF). A noter que cet ouvrage est une reprise en format plus accessible de l'EO éditée par Harmony Books fin 1989.

Solar lottery (Arrow 1972).jpg

Ecrite par Lawrence Sutin, un professeur d'université américain, cette biographie suit logiquement le format standard de l'ordre chronologique. Elle est découpée en douze chapitres qui, suivant leur importance dans la vie de l'auteur, couvrent une durée variable. Par exemple un chapitre entier est consacré à l'année suivant les fameuses visions de PKD (1974-1975).  Plusieurs annexes complètent cette biographie : une sorte (puisque n'apportant que le strict minimum en matière de données) de bibliographie commentée et notée (sur 10) qui discute les livres (recueils ou romans), un liste de sources et un index thématique. Un petit (8 pages) cahier central de photos est inséré au milieu du livre mais se révèle d'un rendu d'une piètre qualité (style photocopie) probablement à cause du papier utilisé.

Galactic pot-healer (Berkley 1974).jpg

Il est difficile de reprocher quoi que soit au travail immense de Suvin. Son récit de la vie de l'auteur s'appuie largement appuyé sur la masse des écrits "périphériques" laissés par Dick (certains étant d'ailleurs inédits) et par de nombreuses rencontres avec ses amis, les membres de sa famille ou certains de ses confrères et/ou admirateurs (on croisera fréquemment Jeter ou Bishop). L'ouvrage est très dense, y compris au niveau de la police de caractère (un peu petite) et demande une lecture attentive.

Deus irae (Sphere 1978).jpg

Même je déplore que les éléments bibliographiques soient un peu traités par dessus la jambe, mon principal problème avec ce livre très fouillé est son personnage principal. Pour faire simple, il ressort de tout ceci qui Dick était parfois (souvent ?) "borderline". Du coup, le spectacle de la lente descente aux enfers d'un esprit presque dérangé ne m'a pas particulièrement passionné, d'autant plus que je ne suis pas un grand admirateur de ses oeuvres les plus récentes. Lire des pages sur ses expériences (soit-disant) mystiques et sur la signification de l'univers telle qu'elle lui a été révélée par un rayon rose n'a pu que me conforter dans cette posture.

Le dieu venu du Centaure (Marabout 1977).jpg

Un très bon livre sur un auteur central du genre mais à réserver à ceux qui sont intéressés par le fonctionnement d'un esprit "différent" et auto-destructeur.

 

 Note GHOR : 2 étoiles