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24/11/2008

_La science-fiction_ (Roger BOZZETTO)

La science-fiction: Roger BOZZETTO : Armand Colin (Collection 128) : 2007 : 128 pages (pas d'index, bibliographie famélique, glossaire) : ISBN 978-2-2003-4717-8 : 9 Euros pour un poche

La science-fiction (Bozetto).jpg


Cet ouvrage est organisé (sic) en six chapitres :

1) "La littérature d'imagination scientifique avant Gernbsback" qui, comme son nom l'indique, dresse un historique de la proto-SF (sous les divers noms que l'on a pu utiliser).

2) "L'évolution de la science-fiction" qui poursuit l'histoire de la SF à partir du moment où elle acquiert un nom.

3) "Quelques procédés narratifs" qui recycle le livre de Langlet sur les procédures d'écriture propres au genre.

4) "Quatre variantes sur le thème de l'altérité" qui traite quatre des thèmes de la SF.

5) "Deux approches de la science en SF" qui unit deux courts textes (un sur les robots et un autre sur les premiers FNA).

6) "Un florilège d'auteurs" aborde, comme son nom l'indique, une dizaine d'auteurs traités en quelques lignes ou quelques pages.

Cet ouvrage fait partie de ceux que j'adore détester.

En effet, comme le Manfrédo ou le Ruaud/Colson (des méchants à la mémoire longue rajouteront le Gattégno), il est un digne représentant d'une catégorie de livres qui se définissent suivant deux critères : "Vite fait, mal fait " (ou "j'ai les traites du SUV à payer, torchons donc un truc sur la SF avant dimanche prochain pour mon pote l'éditeur") et "C'est un ouvrage d'initiation, on peut raconter n'importe quoi" (ou "P.., j'ai trop la flemme de vérifier ce point, faisons confiance à notre mémoire").

La science-fiction (Manfrédo).jpg

Il s'agit souvent d'ouvrages à petits prix dans des collections d'initiation à divers sujets. Même s'ils sont destinés à des néophytes, ils montrent bien que la conscience professionnelle n'étouffe pas tout le monde et que le fait d'être enseignant à l'université ne protège absolument pas contre le bâclage, l'erreur factuelle ou la simple absurdité.

Ce court livre n'est pas loin de partager la palme (avec les deux ou trois précités) du ratio conneries/nombre de pages. Au fil des pages, on découvre en effet des tas de nouvelles horreurs, allant de la simple coquille à l'erreur de raisonnement en passant par l'invention pure et simple.

Un petit florilège (sur la première moitié seulement, pour cause de flemme de tout noter) :

- p 25 : la phrase "En France, parallèlement au modèle vernien, des auteurs comme Robida, Rosny Ainé, WELLS, de La Hire, D'Ivoi, Le Rouge...", ce cher HG a dû demander la nationalité française sans que cela se sache.

- p 26 : "Astounding Science Fiction (1938-1950)", raté de juste 10 ans (alors que le distinguo est fait avec Astounding stories 1930-1937), pour information ce n'est en 1960 qu'Astounding devient définitivement Analog.

- p 28 : RavageS, le livre ultra connu de Barjavel.

- p 33 : un petit SCheckley, qui présage de grosses difficultés pour le lecteur qui souhaite trouver ses ouvrages.

- p 36 : la phrase sur PKD "Il s'affirme dès Loterie solaire qui manifeste une rupture avec l'âge d'or de la SF, avec l'univers de Van Vogt en particulier...", superbe bêtise quand on sait (et cela a été souvent montré) la filiation directe et revendiquée des premiers PKD avec AEVV. C'est d'autant plus inadmissible que cette filiation entre les deux auteurs est citée par Bozzetto page 100 et ré-affirmée page 101.

Loterie solaire (OPTA 1968).jpg

- p 38: date de 1965 (sic) certaines nouvelles de Cordwainer Smith. C'est une des nombreuses occurrences d'un problème majeur dans ce livre, les dates associées aux textes. En effet, on trouve soit des simples erreurs factuelles comme ici (probablement la date de première parution en recueil), soit la date de première publication VO (par exemple Planète à gogos = 1953), soit la date de première parution en VF (par exemple Question de poids = 1971). Au-delà de la simple idiotie ou facilité, ce manque de rigueur peut, dans un ouvrage qui se veut donner une vision historique du genre, faire passer le lecteur complètement à coté d'une proximité chronologique bien réelle entre ces deux textes (pour mémoire Mission of gravity = 1953, Gravy planet= 1952). La perception de l'histoire du genre ne peut qu'en être faussée. On pourra aussi être énervé de l'usage assez particulier des TF & TO, qui sont employés sans aucune logique. Bozzetto utilise souvent le TF, mais va parfois chercher le TO alors qu'il existe un TF (par flemme d'avoir à chercher le TF ?).

Question de poids (Laffont 1971).jpg

- p 39 : on apprend que Gernsback quitte Amazing en 1936, cette précision qui en jette est tout simplement fausse de quelques années (dans notre ligne d'univers, c'est en 1929), fâcheux pour une des péripéties des pulps les plus connues et documentées, par exemple chez Ashley ou Westfahl, mais n'en demandons pas trop, la lecture de tels ouvrages quasi définitifs sur le sujet semblant optionnelle chez Bozzetto.

- p 49 : un paradoxe temporel qui devrait faire acourrir la Patrouille du temps :

"La mode steampunk (datée par Bozzetto de la fin des années 80) a également gagné aussi bien le cinéma que les séries télévisées. On retiendra par exemple comme films (...) et comme séries télévisuelles Les mystères de L'Ouest.".

On conviendra qu'il s'agit bien là d'un remarquable paradoxe temporel (pour mémoire, The Wild Wild West = 1965) qui risque de mettre en péril la trame de notre univers.

- p 51 : une lecture alternative de Question de poids, où l'on apprend que ce sont les humains qui parcourent Mesklin (en fait ils restent à l'équateur). Du coup, on peut se demander si Bozzetto a simplement lu ce roman.

- p 57 : Barjavel est crédité de l'invention du paradoxe temporel, cinq ans après la première apparition du terme, félicitations (mais bon, il fallait regarder dans le Prucher).

- p 58 : On peut entendre parler de The legion of space,un roman de E. E. Smith (un collector, certainement).

The legion of space (Pyramid 1967).jpg

- p 59 : on croise les fameux "freemen" de Dune.

- p 60 : on nous rappelle le non moins fameux début de La machine à explorer l'espace de Priest: "J'avais atteint l'âge de mille kilomètres" (Bozzetto a au moins l'auteur de juste). Dommage pour un des débuts de livre de SF les plus connus (avec Neuromancer).

Le monde inverti (JL 1976).jpg

J'arrête ici, mais tout cela est d'autant plus rageant que la correction d'une majorité de ces erreurs aurait pu se faire "à la volée" lors d'une simple relecture (les coquilles évidentes par exemple) ou, au pire, avec des recherches dont la durée ne dépasse pas la minute et qui peuvent même se limiter à consulter wikipedia. En ce qui me concerne, je les ai relevées au fil de ma lecture, c'est dire si elles sont assez évidentes pour qui a un minimum de vernis SF.

Pour résumer mon opinion sur ce livre, je vais donc laisser la parole à Bozzetto lui-même :

"On trouve donc un véritable sottisier qu'il est difficile d'expliquer sinon d'excuser" (page 96, à propos du FNA).

Comme quoi le plus sot n'est pas forcément celui qui le dit.

En plus de ce foutage de gueule généralisé, le livre manque complètement d'une ligne directrice identifiable. C'est bien plus une suite d'anecdotes ou de digressions (on dirait parfois une compilation des articles de Bozzetto) qu'un ouvrage vraiment construit ayant une vision à partager sur le genre. Çà part dans tous les sens et présente un niveau d'approfondissement trop variable qui va du résumé d'une nouvelle au non-traitement de figures majeures (au hasard RAH), d'où la difficulté (toujours pour un néophyte) à hiérarchiser les contributions à la SF.

Certains mouvements sont aussi nettement mal évalués ou traités sans réel sens de leur importance; tant historiquement (la new-wave que Bozzetto prend pour la panacée appliquée à la SF) que quantitativement (2 pages sur 25 dans le chapitre sur les genres pour le steampunk). D'autres ne sont visiblement pas clairement perçus comme la Hard Science, où le terme est employé par Bozzetto d'une façon impropre car trop générale comme se référant à toute fiction sur les technosciences.

Il se borne à survoler la SF tout d'abord en quatre thèmes : le premier contact (en réussissant à ne pas citer Leinster ou Effremov), l'amour (et un coup de Farmer, marque d'une grande originalité), les clones (qui dérive vite et sans raison sur les réalités truquées) et les mutants. Puis en 5 auteurs classiques (Cummings -?????-, Van Vogt, Clarke, Asimov et Bradbury) et 4 auteurs complexes (sans rire), à savoir Dick, Le Guin, Vonarburg et Brussolo, les quatre derniers respectant une parité scrupuleuse (géographique et sexuelle) et un biais assez commun chez les universitaires qui confondent souvent respectabilité (ou étudiabilité) et importance réelle.

Tarrano le conquérant (RF 1963).jpg

Indigne, méprisant ses lecteurs tant il est bâclé, mal construit, laissant un place disproportionnée à la proto-SF (Frankenstein, Kepler, Cyrano...) ou aux mythes (une page sur 128 sur les dieux grecs), maniant la formule lapidaire ("Contrairement aux autres auteurs, Dick était d'abord un écrivain..." p102, sympa pour les autres) et le flou le plus total, ce livre ne mérite même pas d'être acheté (on peut toutefois le voler ou l'avoir en SP).

Note GHOR : 0 étoile

29/10/2008

_Le petit guide à trimballer de la fantasy_

Le petit guide à trimballer de la fantasy  : Pierre DEMETZ & Anne FAKHOURI & Jérôme VINCENT : Les 3 souhaits - Editions ACTU-SF : 2007 : ISBN-10 2-9522502-6X : 56 pages : 5 Euros (port gratuit) chez l'éditeur (http://www.trois-souhaits.com/).

Le petit guide à trimballer de la Fantasy.jpg

Même principe que son homologue sur la SF étrangère déjà évoqué, un petit (format 1/2 livre de poche) guide qui nous propose de découvrir la fantasy.

Il présente 44 écrivains suivant le canevas standard : une dizaine de lignes de présentation, les références d'au maximum une demi-douzaine d'ouvrages (parfois moins au vu de la faible production de certains auteurs) et des suggestions de lecture "si vous avez aimé, alors essayez".

Certains titres ont en plus des hiéroglyphes indiquant diverses choses (dispo en occase, classique, etc...).

A ces fiches auteurs s'ajoutent quelques pages thématiques.

La première chose qui frappe quand on lit cet ouvrage après celui sur la SF (http://ghor.hautetfort.com/archive/2008/10/24/le-petit-gu...), c'est que l'on va y trouver les auteurs féminins dont l'absence était tellement flagrante dans ce dernier.

C'est d'autant plus dérangeant que le fait d'avoir placé Le Guin, Bradley ou McCaffrey dans l'ouvrage sur la Fantasy et pas dans celui sur la SF (surtout pour la première citée) indique soit un mépris total des genres ("à bas les étiquettes", pourquoi pas, mais alors pourquoi SF et Fantasy dans les titres ?) soit une grande méconnaissance de la production de ces auteurs qui ont majoritairement écrit de la SF (à moins de considérer Pern comme de la Fantasy, erreur classique).

Pour les mêmes raisons que pour la SFF mon avis manque certainement de pertinence mais j'avoue être assez surpris de voir des auteurs, certainement estimables, mais à la production moindre, ou d'une ambition limitée voire plus récente (Dufour, Day) figurer dans un guide où l'on ne trouve pas (par exemple et sans réfléchir) des personnages comme Howard, De Camp, C. A. Smith ou Merritt.

Du coup, on pourrait légitimement penser que le fait que ces auteurs "élus" fassent partie du petit cercle des acteurs ayant une présence importante sur le web et sur certains sites n'ait pas été neutre dans leur inclusion dans ce guide produit par une firme du web qui maintient un forum actif. Cela s'étant fait aux dépens d'auteurs historiquement plus significatifs (voir ceux cités plus haut).  D'où la présence du même parfum du microcosme que pour l'ouvrage sur la SFF. Chacun ses amitiés et ses obligations mais l'exercice du best-of est sufisament casse-gueule (voir http://groups.google.com/group/fr.rec.arts.sf/msg/7377c38... ) sans y ajouter des contraintes de copinage. Pour la petite histoire, ce type de méchanisme semble aussi à l'oeuvre dans le livre de Andrews & Rennison qui inclut dans les 100 meilleurs livres de SF, comme par hasard, un roman strictement inconnu de l'épouse de l'auteur de la préface.

Note GHOR : 1 étoile

100 must-read SF novels.jpg

 

26/10/2008

_Le petit guide à trimbaler de l'imaginaire français_

Le petit guide à trimbaler de l'imaginaire français  : Charlotte VOLPER & Jérôme VINCENT : Les 3 souhaits - Editions ACTU-SF : 2008 : ISBN-13 978-2-917689-05-9 : 63 pages : 5 Euros (port gratuit) chez l'éditeur (http://www.trois-souhaits.com/).

Le petit guide à trimbaler de l'imaginaire français.jpg

Même principe que son homologue sur la SF étrangère déjà évoqué, un petit (format 1/2 livre de poche) guide qui nous propose de découvrir l'imaginaire français. Pour les ignares come moi, imaginaire ne veut pas dire histoire inventée (par opposition à biographie ou ouvrage historique) mais = SF + Fantasy + mélange des deux.

Il présente 50 écrivains suivant le canevas standard : une dizaine de lignes de présentation, les références d'au maximum une demi-douzaine d'ouvrages (parfois moins au vu de la faible production de certains auteurs) et des suggestions de lecture (plus que dans son homologue étranger) "si vous avez aimé, alors essayez".

Certains titres ont en plus des hiéroglyphes indiquant diverses choses (dispo en occase, classique, etc...).

A ces 50 fiches auteurs s'ajoutent quelques pages thématiques.

Comme je ne suis guère un expert en SFF, je n'ai pas grand chose à dire, si ce n'est que certains auteurs sont inclus malgré des corpus pour le moins limités (cf. Sylvie Lainé ou Armand Cabasson par exemple) et qu'il ne fait pas bon avoir été auteur du FNA puisque des gens comme Houssin ou Barbet/Maine/Sprigel sont exclus de ce guide (mais bon, il y a Brussolo et Wagner).

Crépuscule du futur (Le Masque 1976).jpg

Je ne connais pas les rédacteurs de ce guide et n'ai donc rien à leur reprocher, mais pour un oeil extérieur comme le mien, il se dégage parfois de cet ouvrage un indéfinissable parfum de microcosme.

Trop léger pour donner envie d'aller plus loin, dommage.

Note GHOR : 1 étoile

24/10/2008

_Le petit guide à trimbaler de la S.F. étrangère_

Le petit guide à trimbaler de la S.F. étrangère  : Jérôme VINCENT & Eric HOLSTEIN : Les 3 souhaits - Editions ACTU-SF : 2008 : ISBN-10 2-9522502-1--9 : 74 pages : 5 Euros (port gratuit) chez l'éditeur (http://www.trois-souhaits.com/).

Le petit guide à trimbaler de la SF étrangère (v2).jpg

Voici un petit (format 1/2 livre de poche) guide qui nous propose de découvrir la SF étrangère (comprenez d'auteurs non-français ou non-francophones, je ne sais pas trop). C'est une sorte de version v2.0 du guide homonyme paru (IIRC) en 2006.

Le petit guide à trimbaler de la SF étrangère.jpg

Il présente 54 écrivains de SF suivant un canevas standard : une dizaine de lignes de présentation, les références d'au maximum une demi-douzaine d'ouvrages ("A lire") et des suggestions de lecture (3 ou 4) du type "si vous avez aimé, alors essayez".

Certains titres ont en plus des hiéroglyphes indiquant diverses choses (dispo en occase, classique, etc...).

A ces 54 fiches auteurs s'ajoutent un douzaines de pages consacrées à des grand courants de la SF (Hard Science, Les précurseurs, L'uchronie...) qui brossent leur histoire et conseillent des lectures.

Cet ouvrage appelle de sa petite voix un certain nombre de commentaires de ma part :

1) le choix des auteurs :
Comme les rédacteurs nous y invitent dans la préface, le premier plaisir dans ce genre de sélection est de jouer au grand jeu du "Qui est oublié" vs. "Qui est inclus".
Je me plie donc à cet exercice dont je rappelle les contraintes, à savoir 54 places disponibles et pas une de plus.

- Dans les 54 retenus à tort (selon moi, bien sûr) :
Juan Miguel Aguilera : trois romans dont deux ne sont visiblement pas de la SF, visiblement un signe en direction de la SF ibérique.
Terry Bisson : pourtant je suis plutôt fan de l'auteur (de ses nouvelles surtout) mais je ne suis pas convaincu de sa place dans un top 54 de la SF.
Daniel Keyes : traité à juste titre de "one-hit wonder", sa place n'est pas ici.
J. Gregory Keyes : il semble que les rédacteurs adorent les Keyes, même s'ils sont des acteurs mineurs dans la SF.
Jeff Noon : s'il fait l'actualité en France, ce n'est plus un nom marquant dans les pays anglo-saxons
Lewis Shiner : un météore, surtout connu plus pour son "attitude" que ses écrits.
Karl Schroeder : c'est peut-être un peu tôt, même si je suis aussi fan de cet auteur (son côté canadien a dû lui valoir des points).
Je pourrais y ajouter Evagelisti, Morrow, Resnick ou Powers, de bons auteurs mais à mon avis pas assez importants ou marquants pour rentrer dans cette élite.

- les GRANDS absents. Même si on est dans la perception de chacun, je trouve que certaines absences sont difficilement compréhensibles pour un ouvrage visant à dresser un panorama de la SF. Peut-on imaginer un livre sur le genre qui ne traite pas de Anderson, Bujold, Le Guin,
Lem, Leiber, Sheckley, Wolfe pour les plus indiscutables. Je passe sur les auteurs de "deuxième rang" ou récents qui auraient pu remplacer certaines des sélections (Asher, Steele, McAuley, Bradley, Cherryh, Bester, Blish...).

Toujours dans le choix des auteurs, je ne suis pas pour que l'on fasse de la SF suivant la méthode des quotas mais j'ai été stupéfait de m'apercevoir que sur 54 auteurs retenus, seulement DEUX sont des femmes (Butler et Willis). On n'est pas loin du record en matière de sexisme alors que l'on a pris soin d'intégrer un quota d'européens non-anglophones (3).

2) les principes :
On pourra tout d'abord regretter que les ouvrages conseillés ne soient pas datés (ni d'ailleurs ceux cités dans les notules) et que les éditions mentionnées ne soient pas les seules ni celles les plus facilement accessibles.
Le système de liens vers d'autres livres est séduisant dans l'idée (c'est un truc que l'on voit souvent chez les anglo-saxons) mais on peut être parfois surpris par des conseils du style "si vous aimez Aldiss lisez Forward" ou "si vous aimez Sturgeon lisez Ballard".
L'absence quasi totale de traitement du champ des textes courts (pas ou peu de receuils de nouvelles conseillés, pas ou peu de mentions de nouvelles individuellement) est une lacune pour qui connaît un peu le processus de construction de la SF.

3) le ressenti :
C'est parfois approximatif (le cercle des "Trois Greg" qui est certainement une mauvaise interprétation des "killer Bs"), parfois simplement faux (Silverberg n'est pas un auteur de l'écurie Campbell même s'il a eu écrit pour lui, _I.A._ n'est pas basé sur le recueil _Supertoys_ mais sur une seule nouvelle), seulement diffamatoire (l'article sur Van Vogt qui ramène à la scientologie d'une façon grossière et peu crédible historiquement) ou carrément inventé (essayez donc de trouver une référence hors quelques sites français à la Tétralogie noire de Brunner), l'impression générale est d'une perception très branchouille (on y cite bien les auteurs à la mode dans le milieu SF & Internet) de la SF étrangère au travers d'un prisme typiquement français, ce qui est un paradoxe savoureux pour un livre voulant justement présenter la SF étrangère.

En conclusion un ouvrage un peu trop hype (et pas assez analytique), mais une petite chose sympa et pas chère. A 5 Euros, vous pouvez toujours l'offrir à vos amis.

Note GHOR : 1 étoile

23/09/2008

_The history of science fiction_

The history of science fiction : Adam ROBERTS : Palgrave (série Palgrave histories of literature) : 2007 : ill Photo de Thierry VIVES : ISBN-13 978-0-230-54691-2 : 368 pages (y compris index et biblio et annexes) : 17 Euros 28 port compris pour un TP.

The history of science fiction (Roberts).jpg



Nous devons cet ouvrage à d'Adam ROBERTS, un personnage qui est à la fois un écrivain de SF (sous son nom pour des oeuvres sérieuses et non-traduites à l'exception de Gradisil, sous divers pseudos pour des oeuvres parodiques ou opportunistes et bizzarement traduites) doublé d'un professeur d'université et d'un théoricien de la SF.

Science fiction (Roberts, 1st).jpg    Jupiter magnified (PS 2003).jpg

Cet encrage dans les deux camps lui permet donc de s'attaquer à l'un des serpents de mer des ouvrages de référence, à savoir la rédaction d'une histoire générale de la SF. Cet exercice est tellement perilleux qu'il reste rarissime sous un forme autre que schématique (c'est à dire parfois simplifiée à l'excès comme le Miller) les meilleurs réprésentants de cette espèce étant à ce jour étant le Aldiss, le Del Rey, le Gunn et le Sadoul (le seul en Français).

Trillion year spree.jpg  The history of science fiction.jpg  The world of SF.jpg Alternate worlds.jpg  Histoire de la science-fiction moderne (RL).jpg

Roberts divise donc son histoire de la SF en 14+1 chapitres, le premier étant un peu à part puisque sacrifiant aux habituels exercices imposés typiques de tels ouvrages, à savoir tenter de répondre aux questions classiques "Qu'est-ce que la SF" et "Quand commence-t-elle ?".

Les chapitres (d'une taille équivalente, entre 20 et 30 pages) traitent chacun d'une période donnée (de -400 à 1600, le XVIIème, les pulps, 1970-1990 etc...) et se concentrent sur la SF écrite à l'exception de deux d'entre eux qui traitent spécifiquement la TV, le cinéma et les autres formes que peuvent prendre la SF.

Il y a en fait dans cet ouvrage deux livres différents d'une taille équivalente :

1) le premier est une histoire de la SF de 400 avant JC (puisque Roberts commence la SF avec les premiers textes grecs) à 1926. Cette partie fait donc 170 pages et pourrait être qualifiée de "Versinesque" en ce sens qu'elle traite d'à peu près tous les ouvarges conjecturaux connus, fussent-ils parus en Croatie même s'ils n'ont jamais eu aucune influence mesurable sur le genre. C'est fort érudit (citations latines, russes, françaises) et certainement très pointu (trop ambitieusement parfois comme lorsque le titre Sans dessus-dessous de Verne est présenté à tort comme un jeu de mot sur une expression française bien connue : Sens dessous-dessous -sic-) mais les Westfahliens comme moi pourront trouver cette litanie de voyages extraordinaires (parfois strictement inconnus) d'une relevance et d'une portée limitée en ce qui concerne l'histoire et l'évolution du genre.

Nettement plus intéressante est la thèse qui sous-tend cette partie, à savoir l'opposition entre la Fantasy et la SF suivant des lignes religieuses. En gros (je schématise), la Fantasy serait plutôt issue d'une vision catholique des choses (plus mystique) et la SF d'une vision plus protestante (plus pragmatique), et ce indépendamment des convictions religieuses des auteurs. Cette thèse est plutôt séduisante et, quand Roberts la creuse à l'aide d'exemples (ce qui n'est pas tout le temps le cas), non dénuée d'une validité apparente.


2) le second est une histoire de la SF "moderne" des pulps à 2000 et c'est cette partie qui me pose problème.
En effet, il me parait assez illusoire de vouloir écrire l'histoire de la SF sur ces 80 dernières années en à peine 170 pages, sauf à se retrouver à ne faire que du survol.
Il est d'ailleurs symptomatique de voir que Ashley, face à une problématique similaire bien que plus réduite (puisque portant uniquement sur les magazines), s'est vu contraint d'augementer le nombre de tomes de son histoire des magazines de SF et de raccourcir l'intervalle traité par chacun tant la matière est importante et riche.

Les derniers chapitres de cet ouvrage sont donc parcourus au pas de charge (aucune mention du rôle ou même de l'existence des anthologies originales des années 70-90 par exemple et pour rester dans le domaine couvert par Ashley) et sont de plus plombés par un mode de narration qui ne suit pas un ordre chronologique plus ou moins strict comme on l'attendrait d'une histoire de la SF. On a plutôt droit à une suite de fiches auteurs (pour l'âge d'or Asimov, Heinlein, Vance, Van Vogt, Anderson etc...) qui d'ailleurs ne sont même pas rencontrées dans l'ordre chronologique de l'apparition de leur sujet sur la scène SF.

Du coup, cette seconde partie ne se lit pas comme une histoire de la SF mais comme un collage d'entrées d'encyclopédie (auteurs, mouvements, médias...) mises bout à bout. Il est donc très difficile pour un lecteur novice dans le genre de percevoir un quelquonque mouvement d'ensemble de la SF puisque des textes (et des films et des séries TV) contemporains vont être cités dans divers chapitres, lors
de l'examen de leurs auteurs et non placés dans le continuum de l'évolution du genre.

Le choix d'un comparativement plus faible espace dévolu aux 80 dernières années génère alors le problème des nombreux oublis. Par exemple des auteurs comme Clement, Farmer ou Russell, pourtant au coeur du genre se trouvent ne jamais être mentionnés alors qu'une large place est donnée à des auteurs un peu "branchouilles" (Pynchon, Roth, Atwood..). Ceci pose alors la question de la représentativité d'une histoire du genre dotée d'une mémoire aussi sélective.

En plus, des chipoteurs comme moi bondiront à la phrase sur Jack WILLIAMSON : "I know of no complete bibliography of his work", affirmation sympathique pour Hauptmann ou à la citation comme source de référence d'un aussi remarquable ouvrage que le Gattégno.

La science-fiction (Gattegno).jpg  The work of Jack Williamson.jpg

Ce livre n'est donc pas la très attendue "Histoire de la SF" définitive et actualisée même s'il peut prétendre à ce titre pour la période anté-pulps. Avant d'accabler l'auteur, on peut aussi se demander (et Roberts y fait allusion) si une histoire de la SF moderne détaillée est un projet faisable et surtout commercialisable (voir la stagnation du projet SFX3). Quoi qu'il en soit, cette hsitoire de la SF là n'offre pas grand chose de plus qu'une encyclopédie "normale" (celle de D'Ammassa pour en choisir une récente) et, étonnant paradoxe, n'offre absolument pas du fait même de sa structure, une perspective historique.

Encyclopedia of SF (Facts on File).jpg

Note GHOR : 2 étoiles (pour la première partie et la thèse originale)