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31/03/2009

_L'argus de la SF 2006_

L'argus de la SF 2006 : Tome 1 les auteurs & L'argus de la SF 2006 : Tome 2 Collections, Revues SF, Polychromes, Études/essais : Pierre Caillens & Alain Mauret : ABSL L'Annonce-Bouquins : ISSN 0769-2765 (pour les deux) : 481 & 500 pages : 30 & 32 Euros pour des TP avec couverture couleur plastifié et un brochage du type collage renforcé par une bande Scotch noire (comme certains fanzines).

L'argus de la SF 2006 T1.jpg

Ces deux ouvrages font partie d'une série commencée dans les années 90 qui se voit régulièrement mise à jour (je dirais tous les deux ans). Leur principe est simple et provient en droite ligne du Rayon SF. Le premier tome liste les publications de SF classées par auteur en se focalisant sur les parutions "hors-collection". Le deuxième tome traite principalement les collections estampillées "SF". Elles sont présentées par ordre alphabétique d'éditeur puis par intitulé de la collection. A cette partie principale s'ajoutent des annéxes consacrées aux revues, aux cartonnages et aux ouvrages de référence.

Structurellement, les informations données pour chaque livre sont assez succinctes : date de parution (première impression seulement et si connue), numéro dans la collection (si applicable), titre (VF uniquement), nombre de nouvelles (si recueil), appartenance à une série (non exhaustif) ou autres informations et cote en Euros (pour les titres non disponibles en neuf).

L'argus de la SF 2006 T2.jpg

J'ai une certain nombre de remarques à faire sur ces deux ouvrages, remarques que je livre ici sans ordre précis :

- La stratégie d'inclusion ou d'exclusion des ouvrages traités est d'une logique et d'une constance un peu trop variable pour être acceptable. En effet, le choix des auteurs est d'inclure suivant des critères (je cite) du style "(ce livre)...ouvre ses pages à la ... (Hard Fantasy) ... mais n'a toujours pas retenu TOLKIEN (Soft Fantasy)...".On voit donc que des positions aussi subjectives (comment différencier Hard Fantasy et Soft Fantasy ?) ne peuvent que mener à des listings à trous puisque les ouvrages non retenus ne sont même pas mentionnées dans le cas de collections à numérotation continue. Du coup, il est difficile de savoir si ces trous dans les séquences correspondent à des volumes existants mais qui ont été exclus par les auteurs (sur des critères nébuleux), ou à des véritables trous dans la numérotation (le livre n'existe tout simplement pas) du fait de l'éditeur (comme chez Presses Pocket). Il est d'ailleurs savoureux de voir que les critères sont tellement vagues que le roman de Randall Garret Tous des magiciens ! est listé au titre de sa parution dans la collection Temps Futurs, mais ne l'est pas pour celle dans la collection Abysses.

Tous des magiciens (TF 1983).jpg        Tous des magiciens (LCE 1998).jpg

- On constatera la présence de livres dont l'existence n'est pas véritablement avérée voire carrément inventée : il est mentionné chez Albin-Michel (SF 4éme série ou Albin Poche) un Poul Anderson qui s'appellerait La carène du ciel. Outre qu'il s'agit sûrement plutôt de La caverne du ciel, ce livre est (pour n'en avoir jamais vu d'exemplaire ni même de scan) ce que l'on appelle un 'fantôme', à savoir une livre annoncé mais jamais sorti.

- Il y a pas mal de coquilles et/ou d'erreurs de typo : un cycle Herrington, des chroniques de Cadwell, un Russel; chose pas forcément grave mais qui peut se révéler problématique en cas de recherches à mener.

- Un texte parfois peu clair (ou faux) et qui peut donner lieu à des interprétations erronées. Par exemple, à propos de la collection CAL (Culture Art Loisir), on peut lire "Les éditions Denöel reprirent en partie la formule pour les 5 premiers volumes de la collection Présence du futur", ce qui pourrait faire croire que cette dernière (née en 1954) est postérieure à CAL (née en 1973).

Martiens go home (CAL 1973).jpg

- Des erreurs de contenu ou de classification : Le monde Lavalite de Farmer n'est pas, à ma connaissance, un recueil de 5 nouvelles mais un roman.

Le monde lavalite (Le Masque 1980).jpg

- Une recherche des collections dans le Tome 2 peu simple puisqu'elles sont classées par éditeur d'une façon assez particulière. Par exemple, si on cherche Le Masque SF, il faut soit se souvenir que l'éditeur est Librairie des Champs-Elysées (qui est à la lettre C des éditeurs !) ou utiliser l'index par collection (ici à M).

- Il n'y a pas toujours cohérence entre les deux tomes, certains livres ou collections (Le Masque de l'Avenir par exemple) ne se trouvent que dans le tome 1 (donc par auteur) et non dans le 2 (par collection).

- Le choix de revues traitées s'est fait sur des critères assez opaques qui conduisent à l'inclusion de certains fanzines parmi les revues : Basis, Argon, Tribune des amis d'ERB. On peut se demander pourquoi ces fanzines là sont traités et pas les autres (sont-ce des copains ?).

- Des erreurs factuelles comme le discours sur la problématique des jaquettes sur les CLA qui fixe l'apparition de celles-ci au No 53 alors que l'on en connaît au moins à partir du No 11, ou sur l'existence des rééditions de certains Galaxie-Bis (130 & 131) pour lesquels il est indiqué Réellement paru ?, question à laquelle la réponse (positive) est assez facile à trouver.

- En ce qui concerne les cotes, je n'ai pas de problèmes avec leur niveau (contrairement à celles du Douilly). Elles me semblent conformes aux prix pratiqués à la fois dans les librairies physiques spécialisées que je connais et au prix (de vente) que je constate sur internet. Les collections (CLA bien sûr) ou les auteurs (PKD, Gilles Thomas...) les plus recherchés présentant les pics attendus. Je suis par contre beaucoup plus réservé sur les cotes des ouvrages de référence qui me semblent abusivement basses pour des livres que l'on ne rencontre que peu (pour les plus pointus).

L'autoroute sauvage (FN 1976).jpg

- C'est un bonne idée (et originale) d'avoir indiqué si et quand des collections se sont retrouvées soldées, ce qui permet de minorer les prétentions de certains vendeurs un peu gourmands.

- Outre la solidité qui me semble peu probable de l'ensemble face à des manipulations fréquentes normales pour un ouvrage de ce type que l'on est amené à consulter fréquemment, ces livres donnent l'impression d'un paquet de feuilles (type papier bureautique 80 grammes) sortis d'une imprimante laser et passés directement au massicot et à la relieuse. Ce point n'est pas rédhibitoire en soi mais à ces tarifs là (62 Euros les deux volumes), on pourrait prétendre à mieux en matière de qualité et de durabilité.

Sorti de ces élements que j'espère suffisament factuels, l'impression qui m'a le plus marquée est celle d'avoir face à moi un décalque du défunt Rayon SF, tant en termes d'organisation générale de l'ouvrage (mais peut-on être original dans ce type d'ouvrage ?, cf. les ressemblances entre Le rayon SF et le Bisceglia) que, et c'est pour moi beaucoup plus gênant, au niveau des textes de présentation où des parties entières semblent tout simplement 'pompées' directement sur le Delmas & Jullian, comme (c'est un des nombreux exemples) celle sur l'augmentation de la taille des polices du CLA qui serait en parallèle avec celle des prix.

Le rayon SF1.jpg

C'est donc un ouvrage unique en son genre (en terme d'actualisation), qui est presque indispensable pour qui n'a pas son ordinateur branché en permanence pour consulter des sites de référence en ligne, mais qui, faute de rigueur, n'est pas le livre de référence indiscutable qu'il aurait pu être avec un peu plus de travail et d'originalité, et c'est un peu dommage.

Note GHOR : 2 étoiles

30/03/2009

_Science-Fiction : Une littérature du réel_

Science-Fiction : Une littérature du réel : Raphaël COLSON et André-François RUAUD : Klincksieck (collection "50 questions") : 2006 : ISBN 2-252-03564-1 : 190 pages (y compris bibliographie et index) : 13.50 Euros pour un TP.

Science-Fiction une littérature du réel.jpg

Cet ouvrage fait partie de la collection "50 questions" (voir aussi L'uchronie de Henriet) dont le principe est de faire le tour d'un sujet sous la forme de réponses assez longues (plusieurs pages) à 50 questions. Ici, c'est donc le duo Colson/Ruaud qui s'attaque à cette monumentale entreprise. Pour les placer sur l'échiquier de la SFF, il faut savoir que les deux auteurs sont derrière l'éditeur "Les moutons électriques" et que AFR est un des fanzineuxhistoriques du genre dans notre pays, avec près de 130 numéros de Yellow Submarine à son actif.

Yellow Submarine 128.jpg

Globalement, l'ouvrage adopte une trame chronologique classique pour l'étude de la SF. Il divise l'histoire du genre en six périodes (les plus récentes sont les plus approfondies) et une conclusion.

Je dois bien avouer avoir été passablement déçu par cet ouvrage, surtout au vu de la signature d'AFR, dont la grande connaissance du genre peut difficilement être mise en doute.

Cela va de la surprise de voir Margaret Atwood (qui, comme chacun le sait n'écrit pas de la SF qui n'est que des histoires de "talking squids in outer space") prise comme une autorité sur le genre (elle est d'ailleurs plus citée que Anderson ou Bear). Cette position dominante est probablement un effet de son texte dans Fiction (revue d'ailleurs éditée par les auteurs de l'ouvrage).

Étonnement plus critique de voir Frankenstein cité comme étant unanimement reconnu pour être le premier texte de SF, alors que cette théorie (portée par Aldiss) est loin de fairel'unanimité ni même (au vu de ce que je sais de la réflexion sur le genre) la majorité.

Surprise encore de lire que Baxter "traite d'une façon fantasmée la rupture de 1914-1918", alors que les textes auxquels semblent faire référence les auteurs (puisque aucun exemple n'est fourni) sont soit situés dans un cadre fictif bien antérieur à la WW1 (Anti-ice, Columbiad, Brigantia's angels ou The ant-men of Tibet) ou nettement prostérieurs à cette rupture (les textes de alt.space comme Voyage).

Anti-ice (Harper Collins 1994).jpg

Du regret de voir que la nouvelle de Schachner qui est evoquée page 23 ne soit pas citée, ce qui aurait pû permettre aux amateurs qui ne la connaîtraient pas de pouvoir la lire.

Irritation de lire que "Astounding, un support crée en 1930 en réaction ouverte contre la médiocrité littéraire d'Amazing", ce qui est tout simplement une idiotie complète, qu'un rapide coup d'oeil dans le Rogers, le Ashley ou le Carter aurait permis de corriger en vérifiant que les éditeurs d'Astounding n'affichaient au début clairement aucune prétention littéraire et mettaient au contraireclairement l'emphase sur l'aventure pure.

Énervement de voir ressurgir l'idée fausse que le mot space-opéra (inventé en 1941) est censé faire référence à la télévision (en 1941 !), alors que son origine (Tucker sur le modèle de horse-opéra) est désormais bien établie.

Surprise désagréable d'entendre parler de Gordon VON Gelder (un peu comme A. E. VON Vogt) alors qu'une simple re-lecture aurait permis de mettre VAN (et que AFR doit certainement connaitre personnellement van Gelder).

Incompréhension à la lecture de l'information comme quoi "Astounding est la première revue populaire à passer en poche", ce qui montre bien que l'auteur n'a jamais vu cette revue puisqu'il s'agit du format 'digest' et que ceux qui voudraient ranger les Astounding de cette époque (1945) au milieu de leurs poches auront une belle surprise.

Astounding 1945-05.jpg

Je vais arrêter là, mais le reste est à l'avenant, un long et pénible catalogue de coquilles (juste gênant mais pourtant facilement corrigeable), d'erreurs factuelles (résultant d'un manque de travail) ou de contre-sens dommageables (montrant un manque de maîtrise du sujet). Les lecteurs perspicaces retrouveront d'ailleurs une partie de ces perles à l'identique dans l'ouvrage qui prend la suite de celui-ci (http://ghor.hautetfort.com/archive/2008/12/12/science-fic...).

A noter aussi que la bibliographie fournie est extrêmement pauvre, faisant une part disproportionnée aux publications 'maisons' (Fiction, Yellow Submarine). Ce mélange d'ignorance et d'intérêt personnel bien compris est d'ailleurs une constante tout au long du livre (et se retrouve dans les autres ouvrages du duo).

On sent très nettement que l'auteur (ou les auteurs) a voulu faire un ouvrage sur la SF en n'en ayant qu'une connaissance limitée ou pas les moyens d'y mettre le soin nécessaire (un travail alimentaire de commande ?) et que, face à la difficulté traditionnelle dans un ouvrage historique de ce type d'avoir de la matière de première main, il a pris une petite douzaine d'ouvrages de référence ou carrément des numéros de revues (le Fiction No1 apparaît deux fois dans la bibliographie) ou de fanzines (idem pour le Yellow Submarine sur San Francisco) et s'est parfois borné à recopier leur contenu sans prendre la peine de le vérifier.

On reconnaît ainsi le couplet sur Mary Shelley première auteur de SF copié de Trillion year spree, le coup de Schachner tiré de Sadoul, la page sur Milne et Mitchell extraite de Yellow Submarine alors que ces deux derniers auteurs sont généralement ignorés dans des ouvrages bien plus ambitieux, chose qui serait pourtant légitime dans un ouvrage d'aussi petite taille.

Après le sinistre Manfrédo du Cavalier Bleu, ce n'est pas ce genre d'ouvrage, largement approximatif ou carrément faux qui va aider la cause de la réflexion sérieuse sur la SF en VF ou permettre à des personnes intéressées par le genre et son histoire d'acuqérir des bases solides.

Note GHOR : 0 étoile

27/03/2009

_100 mots pour voyager en science-fiction_

100 mots pour voyager en science-fiction : François ROUILLER : Les empêcheurs de penser en rond (série "100 mots pour...") : 2006 : ISBN-10 2-84671-115-1 : 528 pages (y compris index) : 18 Euros pour un TP à la solidité potentiellement très moyenne.

100 mots pour voyager en SF.jpg

Le principe de ce livre (et de ceux de la même série) est assez simple : l'auteur choisit cent mots (caractéristiques ou non du domaine considéré) et les prend successivement comme thèmes de mini-chapitres (de 3 à 8 pages). L'auteur parcourt donc le genre en allant de ADN (en fait une analyse du film Bienvenue à Gattaca) à Zut (l'exclamation poussée par le lecteur constatant les oublis éventuels de l'ouvrage) en passant par des mots parlants (Amateur, Chiffres, Cyber...) et d'autres plus intrigants (Trois, Presse-citron...).

Ce mode de fonctionnement libre ou par association couvre l'ensemble du genre et s'aventure même dans des contrées rarement explorées comme la photographie de SF ou de design quand il est inspiré par cette dernière. Chaque mot choisi est alors la source d'une promenade parfois assez vaste et même assez théorique mais aussi parfois centrée sur une seule oeuvre, comme par exemple l'entrée Sables qui est uniquement consacrée à Vermilion sands de Ballard.

Vermilion sands (LDP 1979).jpg

Cet ouvrage a d'évidentes qualités : il est fort plaisant à lire, il fait preuve d'une grande érudition et d'une grande ouverture d'esprit dans ses exemples et il est aussi exempt d'erreurs factuelles. Toutefois, malgré la préface et divers appendices qui tendent à expliquer le pourquoi de ce livre (ce qui montrebien qu'il n'est pas aussi clair que cela), je n'ai pas été convaincu par le projet. Je trouve (ici plus que jamais c'est un avis strictement personnel à mettre en relation avec ma pratique de la SF) que cette suite de billets d'humeur n'offre, malgré ses qualités, pas grand intérêt. C'est un esprit proche de celui des chroniques radiophoniques régulières (type France-Inter), une sorte d'écume littéraire, jolie sur l'instant mais qui n'est qu'éphémère. C'est tellement léger que, en le (re)parcourant pour reprendre cet avis (publié en 2006 dans le newsgroup fr.rec.arts.sf), je me suis aperçu que j'avais certes retenu le principe du livre mais que j'étais incapable de me rappeler d'un seul des thèmes ou oeuvres abordés ou des points marquants.

J'ai même été frustré parce que, de temps en temps, se glissent des analyses extrêmement fines (sur la question des origines de la SF par exemple) ou des positions tranchées auxquelles je souscris complètement (comme sur le fait que le livre de Hougron Science-fiction et société ne soit qu'une la merde méprisante).

Science-fiction et société.jpg

Il ne s'agit donc pas d'un mauvais livre, loin de là, mais d'un livre dont la finalité m'a complètement échappé. L'auteur est d'ailleurs probablement conscient de ce problème de positionnement puisqu'il essaie à plusieurs reprises d'expliquer l'attrait de ce livre pour le néophyte et pour le fanatique. En fait, mes attentes vis-à-vis de l'auteur étaient celles d'un ouvrage moins primesautier et finalement plus proche de son Stups & Fiction, à savoir un livre certes moins léger, moins facile d'accès mais nettement plus solide.

Stups & fiction.jpg

Il serait injuste de reprocher à cet ouvrage de ne pas être un autre, il n'en reste pas moins que ce côté 'jetable' n'est pas ce que j'attends d'un ouvrage sur la SF, à fortiori quand on prend en compte le prix non négligeable de l'objet.

Note GHOR : 1 étoile

18/03/2009

_La science-fiction : Lecture et poétique d'un genre littéraire_

La science-fiction : Lecture et poétique d'un genre littéraire : Irène LANGLET : Armand Colin (Collection U) : 2006 : ISBN-10 2-200-26-921-8 : 303 pages (y compris index sommaire et bibliographie) : 25 Euros pour un TP pas super solide.

La science-fiction (Langlet).jpg

Ce livre est dû à la plume d'une universitaire française, même si elle a suivi une partie de son cursus au Canada, pays très en pointe en ce qui concerne l'étude de la SF dans le cursus littéraire 'classique' et qui nous a donné plusieurs pointures. On peut citer (entre autres) Saint-Gelais, Suvin le grand ancêtre ou Gouanvic.

Cet ouvrage est organisé en trois parties principales :

1) "Outils de mécanique science fictionnelle", une partie à l'approche très originale puisqu'elle se concentre sur les outils littéraires utilisés par la SF dans sa stratégie de 'cognitive estrangement' (le terme inventé par Suvin) : paratexte, mots valises, appositons, usage du "je", fix-up, etc... Cette partie consacrée donc aux techniques d'écriture proprement dites fait une centaine de pages.

2) "Pour une histoire littéraire de la science-fiction" qui essaie de donner une autre histoire de la SF que celle de ses thèmes ou de sa socio-économie, illustrée par une chronologie schématique en annexe et qui s'ouvre sur une réflexion sur les rapports entre science et SF.

3) "Dans la machine science fictionnelle" qui part de 4 romans (L'usage des armes, Neuromancien, Des milliards de tapis de cheveux & Chroniques du pays de mères) qui sont utilisés comme bases pour aborder certains types de SF (le space opéra, le cyberpunk) et diverses problématiques (la datation interne des oeuvres).

Neuromancien (La Découverte 1985).jpg

Dans les nombreuses annexes on notera la chronologie de la SF évoquée plus haut, les synopsis des romans de la troisième partie ainsi que des extraits en VO & VF, un glossaire, une bibliographie secondaire (y compris sites web) et un index.

 

Globalement le livre à la fois original dans son approche (la première partie) et fait une lecture serrée des oeuvres étudiées. Le jargon de la technique narritive est certes présent (homodiégétique, hétérodiégétique) mais est suffisamment bien expliqué pour les profanes dans mon genre (y compris par le glossaire). La réflexion théorique est d'excellent niveau et s'appuie sur des bases saines.

Toutefois, je ne serais pas fidèle à ma réputation si je n'y avais pas trouvé matière à contestation/discussion/chipotage, à la fois dans les détails et dans ses orientations.

Dans le désordre :

- Il existe un certain nombre d'erreurs factuelles dans les données bibliographiques (par exemple, le cycle du non-A est daté de 1948) ou d'affirmation un peu légères (du style "le cycle de l'histoire du futur ne comporte aucune date dans ses titres", qui oublie Revolt in 2100 qui n'est certes pas le titre d'une nouvelle mais est celui d'un recueil) ou de données incomplètes (une comparaison pertinente des couvertures du Banks omet de préciser quelles éditions sont évoquées, ce qui pourrait laisser croire que toutes les éditions VO & VF ont la même couverture, ce qui n'est pas le cas) ou fausses (une troisième version du C&N est évoquée).

Revolt in 2100 (Signet).jpg

- Plus étonnant et signe d'une recherche un peu "light", cette affirmation (note 1 de la page 231) que je ne peux resister au plaisir de citer : "L'ordre des nouvelles (de l'anthologie Histoires de voyages dans le temps) est celui de l'édition disponible en librairie datant de 1987. Cet ordre modifie légèrement celui de la première édition, à la date du copyright (1975). Pour les comparer voir le site d'amateur indexant les deux tables des matières, "index SF", URL : http://sf.marseille.mecreant.org/ouvrage/ouv000098.". Une rapide recherche sur le fameux site en question montre que, effectivement, l'ordre semble différent pour les deux éditions, même s'il peut sembler étrangement alphabétique pour la première édition. Une recherche plus poussé dans les différentes impressions de l'ouvrage en question permet de voir que l'ordre est strictement le même dans les deux version citées. L'affirmation de Langlet est donc factuellement fausse, faute d'une recherche suffisamment poussée. J'ai relevé ce point parce que l'ordre des nouvelles est une des bases de l'argumentation de l'auteur ("la complexité va croissant"). Voilà du coup une erreur/absence de 'sort' dans une page web promue au rang de fait avéré et, en quelque sorte, légitimée par l'académie.

- D'une façon générale, j'ai une impression curieuse quand à la profondeur des recherches et la quantité d'éléments bibliographiques vraiment consultés avant l'écriture de cet ouvrage. En effet, l'essentiel des citations et exemples qui appuient le texte provient de seulement trois sources principales (excellentes au demeurant) : L'empire du pseudo de Saint-Gelais, le Clute & Nicholls (The encylopedia of science fiction) et les oeuvres complètes de Gérard Klein telles que l'on peut les trouver sur le site de XLII (donc plutôt une collection de préfaces). Pour un genre aussi vaste et étudié que la SF, cette concentration des sources sur un nombre limité d'items parait assez surprenante. Ce manque de matière est d'autant plus frappant quand on consulte la bibliographie et que l'on y trouve des livres nullissimes comme le Manfrédo chez Le cavalier bleu ou l'infâme Gattégno, ou des chefs d'oeuvres d'approximation et d'erreurs comme le Colson & Ruaud ou le Barets. Avec de mauvais outils comme ceux-là, la qualité du discours ne peut que s'en ressentir. C'est effectivement ce qui se passe avec parfois une nette impression de flou, un manque d'originalité dans certaines analyses ou au moins une absence d'éclairages contradictoires.

L'empire du pseudo.jpg

- Du coup, cette faiblesse du coté des sources primaires explique probablement pourquoi la deuxième partie m'a un peu irrité. Si l'on veut ré-écrire correctement l'histoire de la SF comme veut le faire Langlet, il faut partir sur des bases solides et avoir une vue synthétique, ce qui n'est manifestement pas le cas. Il est vrai que la critique d'un graphique des évènements marquants est toujours subjective et discutable, mais, par exemple, trouver que le seul évènement SF marquant en Grande-Bretagne entre 1990 et 1995 est la tentative (rapidement avortée) de ressortir la revue New Worlds, témoigne d'une vision du genre que l'on peut qualifier de spéciale (spécieuse ?). Langlet n'a pas (ou n'a pas trouvé) le bagage nécessaire pour présenter une chronologie satisfaisante. A mon sens, elle aurait pu exciser cette partie qui est à la fois peu réaliste, atomisée dans son déroulé (qui saute du coq à l'âne) et peu convaincante.

- Les quatres oeuvres étudiés sont (je cite) : "...à la fin du parcours d'environ cent ans qu'a suivi la SF...". Si le choix des oeuvres est peu discutable dans l'absolu (ce sont de bons textes), il a été visiblement fait dans l'optique de proposer une représentation acceptable de la SF. On notera la répartition géographique des auteurs, qui si elle est très 'correcte' et 'cosmopolite' (un écossais, un canadien/américain, un allemand et une franco-canadienne) est assez peu représentative du paysage géographique (par nationalité des auteurs) du genre, même si l'on ne prend en compte que les titres existant en traduction française. Ce point de détail évacué, je reste néanmoins sceptique sur le fait que des oeuvres de 1984, 1990, 1995 & 1999 (dans sa version révisée pour la dernière) puissent être valablement prises comme réprésentatives de "l'état de l'art" de la SF. Pour un livre écrit en 2006 cela fait un gouffre de 22 ans avec Neuromancien. Certes, il faut le temps pour mener une analyse aussi poussée et aussi pertinente que celle là mais la date d'expiration et surtout la relevance des ces oeuvres vis à vis de la SF écrite et publiée de nos jours sont largement dépassées. Du coup, les leçons que l'ont peu tirer de ces romans (thématique, technique...), même si elles restent pertinentes, ne sont pas applicables pour comprendre et décrypter la SF actuelle.

Use of weapons (Orbit 1990).jpg

Que ces quelques critiques ne vous empêchent toutefois pas d'acheter ce livre. Il représente une somme de travail non négligeable et constitue un ouvrage qui est parfaitement digne de figurer parmi les ouvrages de référence majeurs en VF.

Note GHOR : 3 étoiles

16/03/2009

_Colloque de Cérisy : Les nouvelles formes de la SF_

Colloque de Cérisy : Les nouvelles formes de la SF : Roger BOZZETTO & Gilles MENGALDO : Bragelonne "Essais" : 2006 : ISBN 2-915549-46-X : 421 pages (pas d'index ni de bibliographie) : 40 Euros pour un TP à la solidité très moyenne.

Colloque de Cerisy Les nouvelles formes de la SF.jpg

 

Cet ouvrage est donc le du recueil des interventions faites lors du colloque de Cérisy 2003. Ce colloque annuel rassemble divers intervenants (généralement les mêmes d'une année sur l'autre) autour d'une thématique qui n'est, comme c'est souvent la cas, qu'un prétexte à rassembler des communications diverses sur le genre.

C'est donc un ensemble de textes variés de textes, mêlant les perspectives historiques (le groupe Limite) à l'analyse d'oeuvres tant cinématographiques (Dark city, Alien, Ghost in the shell, etc...) que littéraires (série Darwin de Greg Bear) en passant par des études propres à certains auteurs (Brussolo, Ballard, Heinlein...).

Traque-la-mort (Lattès 1982).jpg

Une fois évacués les problèmes proprement techniques de l'ouvrage : Photos de films taille timbre poste et toutes noires, transcription des dialogues mal éditée et ne faisant pas forcément avancer le débat, absence totale d'index et de bibliographie centralisée, on arrive au reproche principal que l'on peut faire à ce livre à savoir que la longueur des articles est globalement inadaptée.

En effet, une partie des textes est trop longue (pour ne pas dire délayée) parce que l'on sent que l'intervenant n'a pas grand chose à dire ou pas grand chose de préparé (textes sur Ballard et sur Brussolo par exemple où le manque de profondeur est flagrant). Dans au moins un cas (l'article de Besson sur les séries) c'est carrément une redite inutile puisqu'il s'agit d'un extrait d'un livre déjà publié.

D'asimov à Tolkien.jpg

A contrario, une partie des textes est trop courte parce qu'elle ne fait que mettre l'eau à la bouche. Un bon exemple est le texte de J. C. Dunyach qui développe des thèses intéressantes, assez proches de celle de Langlet, mais seulement sur 20 petites pages. Son argumentaire aurait gagné à être étendu à l'aide d'exemples plus nombreux.

Certains textes présagent parfois peut-être un livre en devenir comme l'intervention sur Heinlein où Eric Picholle nous présente l'oeuvre tardive de cet auteur non comme une série de navets verbeux, malsains et enflés mais comme une illustration de la mécanique quantique (NdA : c'est exactement ce qui c'est passé avec la publication de Solutions non-satisfaisantes).

Un ouvrage suffisamment varié pour que chacun y trouve son compte et un ouvrage à soutenir venant d'un éditeur qu'il est de bon ton de traîner dans la boue pour un mercantilisme excessif mais qui prend un risque (AMHA) important sur ce type de texte (remarque aussi valable pour le Sadoul) que je ne vois pas beaucoup d'autres éditeurs "de qualité" prendre.

Note GHOR : 3 étoiles.