05/06/2009
_L'année de la fiction_
L'année de la fiction 2003-2004 : Jean-Claude ALIZET (et al.) : Encrage (collection "Travaux" #49) : 2006 : ISBN-13 978-2-251-74139-0 : 639 pages (y compris plusieurs index) : 45 Euros en neuf pour un TP volumineux, d'occase pour une vingtaine d'Euros.

Cette série d'annuels a, chronologiquement parlant, pris la suite de celle de Goorden (voir http://ghor.hautetfort.com/archive/2009/05/27/annuaire-bi...) qui elle-même succédait logiquement à celle de Goimard et Riche. Conformément au principe de l'annuel, il s'agit de lister les productions d'un (ou plusieurs) genres pour une ou plusieurs années. La spécificité de cette série est le rassemblement dans un même ouvrage de la couverture des genres de l'imaginaire (SF, Fantasy, Horreur), du Policier et de l'Espionnage.

On notera que cette série est assez embrouillée en matière de format (les premiers sont de HC avec couverture simili cuir, les derniers sont des TP avec couverture glacée), de contenu (les 10 premiers couvrent chacun une année, chiffre qui passe à deux années à partir du onzième) et surtout de dénomination. En effet, le premier volume s'appelle L'année 1989 du Polar, de la SF, du Fantastique et de l'Espionnage, un titre qui est changé dès le suivant en L'année de la fiction : Polar, SF, Fantastique, Espionnage : Volume 2, alors que la page de garde porte L'année de la Fiction 1990 et le dos (la tranche) L'année de la Fiction / 2.

Malgré ces changements d'apparence ou de titre, le principe d'organisation est toutefois resté assez constant. On trouve dans chaque volume une première partie qui décrit, genre par genre (en remarquant que la Fantasy est traitée avec la SF), les évolutions majeures durant la période considérée. Il s'agit principalement d'une vision au travers du prisme de l'édition (nouvelles collections, disparitions, changements de positionnement ou de dirigeants) plutôt qu'à celui du genre.
La partie principale de l'ouvrage est la liste commentée des parutions de l'année. Seuls les inédits sont commentés, pour les réimpressions ou rééditions le lecteur devant trouver l'annuel correspondant. La structure de chaque entrée comprend tout d'abord une partie des éléments bibliographiques habituels (TO, date de première parution, traducteur, collection et numéro mais pas d'ISBN, d'illustrateur ni de pagination). Suit un long résumé du livre (parfois presque une demi page sachant que le texte est organisé en deux colonnes) et une appréciation plus courte (entre dix et vingt lignes). Ces notices sont signées et présentées dans l'ordre alphabétique d'auteur puis de TF. Les anthologies sont à la fin alors que les essais ont disparu (en tout cas dans ce tome là). Le livre se termine par un index par titre (romans et nouvelles) et un autre par collection.

Sans remettre en cause la qualité globale de l'ouvrage qui n'appelle guère de critiques tant en matière bibliographique (par exemple les sommaires des recueils sont détaillés) qu'en matière de qualité "physique" du produit (surtout pour les premiers numéros, chers mais luxueux), deux points structurels me font nuancer mon appréciation.
1) N'étant pas du tout intéressé par les littératures policières (et assimilées comme l'espionnage ou le thriller), je me retrouve face à un ouvrage assez onéreux mais dont je ne peux espérer utiliser qu'une petite partie (à vue de nez SF&F forment la minorité des parutions). Ceci explique d'ailleurs pourquoi j'ai acheté ces ouvrages d'occasion, le rapport utilité/prix étant, pour l'amateur de SF, bien peu intéressant. Comme j'aurais tendance à penser que la population de clients potentiels suffisamment riches et passionnés par tant de genres différents est très limitée, j'aurais trouvé une division en deux de l'ouvrage plus pertinente et plus conforme à mes attentes (en tout cas j'aurais acheté les yeux fermés celui sur la SF&F).

2) Même s'il est guidé par un évident principe d'équité, j'avoue que le principe d'un traitement similaire accordé à tous les ouvrages entraîne une lecture parfois un peu pénible. Par exemple, il y a plusieurs pages passées à résumer en détail ("Début Décembre 2436, le Krest V, nouvelle nef amirale terranienne, rallie donc l'étoile Satys.") et à discuter des Perry Rhodan avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir ("...conclut de façon éblouissante l'année Perry Rhodan 2004.") mais qui reste relativement peu justifié par des textes qui sont loin d'être des chefs d'oeuvre du genre. Cet espace important pris par des textes assez stéréotypés (il y a aussi tous les SAS et autres "Brigade Mondaine") se fait au détriment d'oeuvres plus ambitieuses qui auraient mérité et justifié une analyse plus approfondie.

Il s'agit donc là d'un produit dont le positionnement est un peu trop générique et pour lequel la volonté d'exhaustivité ou de transcender les genres est plutôt un point négatif. Des ouvrages compétents mais à trop large spectre pour un achat automatique.
Note GHOR : 1 étoile
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04/06/2009
_L'année 1982-1983 de la Science-Fiction et du Fantastique_
L'année 1982-1983 de la Science-Fiction et du Fantastique : Daniel RICHE : Temps Futurs : 1983 : ISBN-10 2-86607-035-6 : 301 pages : coûtait à l'époque 75 Francs pour un TP pas très solide, se trouve parfois d'occase.

Suite à l'arrêt de la première série de ces ouvrages (voir http://ghor.hautetfort.com/archive/2009/06/03/l-annee-197...) pour cause de lassitude de la part de Goimard, le flambeau sera repris par Daniel Riche et les éditions Temps Futurs. Hélas cette reprise ne durera que le temps d'un seul volume, la faillite de l'éditeur entraînant celle, définitive, de la série.
L'ouvrage présente une nouvelle division en trois grandes parties :
1) "La SF dans ces écrits" qui se subdivise en trois chapitres. Le premier comporte quelques (trois) articles de fond (Hubbard, l'explosion de la Fantasy aux USA, un texte de Houssin); le deuxième propose deux textes de fiction (Hubert & Varley), le troisième est le recensement des parutions de l'année sous une forme assez particulière (une récap par collection, les trente meilleurs livres sur une demi page, un tableau d'étoiles, le reste de la production en une ou deux ligne par titre, diverses annexes).
2) "La SF dans ses images" suit un principe similaire mais décliné par média (Cinéma, TV, BD, arts graphiques) avec toujours un certain nombre de "hits" (vingt pour le cinéma, autant pour la BD) qui ont droit à une entrée plus étoffée.
3) "La SF dans ses faits et gestes" rassemble une longue suite de courts chapitres qui traitent le reste de l'actualité SF (nécrologies, conventions, autres pays) ou les domaines dérivés (jeux & jouets, radio).

Même si l'équipe rédactionnelle est globalement assez similaire à celle de l'ère Goimard, l'arrivée de Riche se traduit (AMHA) par un ton nouveau. On passe d'un annuel plutôt orienté "sérieux" à une publication que je qualifierais de plus "désorganisée". Globalement, l'ouvrage semble nettement plus brouillon avec une structure moins lisible et plus atomisée. La présence d'une volonté de tout couvrir nuit à la profondeur d'analyse et est parfois un peu ridicule comme le montre le chapitre sur les jouets qui nous présente divers robots sans jamais en montrer un seul.
Outre des emprunts à d'autres supports (le tableau étoilé piqué à Fiction), certains commentaires potaches devenus célèbres (par exemple "Comme la lune" sur L'enjeu lunaire) ou offrant des informations d'une pertinence rare ("La suite du précédent") ont une tendance à plomber l'ouvrage par un excès de légèreté qui pourrait facilement passer pour du foutage de gueule ou de la fainéantise. Même les appréciations favorables comme un simple "Eblouissant" paraissent un peu courtes et peuvent engendrer une certaine frustration.

Tout cela laisse globalement l'impression d'un ouvrage "un ton en dessous" de ses prédécesseurs, impression renforcée (d'une façon anecdotique) par une qualité physique moins bonne, l'ouvrage paraissant moins solide et moins "qualité" (couverture, reliure). C'est dommage parce qu'une bonne partie des articles sont pertinents et qu'ils offrent un bon panorama du genre dans son ensemble. Cette impression de "fin de règne" était peut-être prémonitoire.
Note GHOR : 2 étoiles
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03/06/2009
_L'année 1977-1978 de la Science-Fiction et du Fantastique_
L'année 1977-1978 de la Science-Fiction et du Fantastique : Jacques GOIMARD : Julliard : 1978 : ISBN-10 2-260-00119-X : 314 pages (pas d'index) : coûtait à l'époque 55 Francs en neuf, se trouve parfois en occase pour une grosse dizaine d'Euros.

Cet ouvrage sous une couverture célèbre (c'est celle d'un festival de film de SF) est le premier d'une série de cinq volumes annuels parus chez Julliard sous la direction de Goimard (une sorte de sixième tome étant paru chez Temps Futurs avec Daniel Riche à sa tête). Même si l'idée d'un annuel de la SF n'était pas une nouveauté (il en existait déjà en Allemagne ou dans les pays anglo-saxons), c'était une première pour la France, qui plus est chez un "grand éditeur". Le principe de base est de présenter et de commenter l'ensemble des oeuvres (livres, films, BD, musique...) relevant de la SF et des genres "associés" (on notera avec surprise la mention des "littératures de l'imaginaire" sur la quatrième de couverture, et ce en 1978) parus dans l'année (ici à cheval sur 1977 et 1978).

Le livre est divisé en neuf chapitres de longueur très inégale (de 4 à 100 pages !) qui traitent chacun d'un pan précis du (ou des) genre(s). On parcourt donc successivement les parties suivantes :
1) Le palmarès : regroupe les principaux festivals (conventions), les prix décernés, la partie nécrologique (une drôle de placement) et une interview avec "l'homme de l'année" (ici Philippe Curval).
2) Textes : une des spécificités de cette série est la présence d'un nombre non négligeable de textes de fiction avec plusieurs nouvelles (SF & Fantastique, francophones et anglophones), une pièce radiophonique et un essai (la célèbre conférence de PKD à Metz).
3) Les livres : divisé en plusieurs sous-rubriques géographiques (francophones, anglo-saxons, autres) ou thématiques (jeunesse, Fantastique), c'est le gros morceau de l'ouvrage puisqu'il s'agit de la liste de toutes les parutions. Chaque entrée comporte les éléments bibliographiques connus (mais pas l'ISBN), un résumé sur quelques lignes et un aussi court avis (signé).
4) Les revues : un chapitre assez court qui dresse l'état du marché des revues (et des principaux fanzines) au plan mondial.

5) Le cinéma : revient à une présentation proche de celle de la partie consacrée aux livres pour les sorties cinéma de l'année.
6) D'une façon similaire à celle des revues, les quatre très courts (quelques pages) derniers chapitres couvrent respectivement la Bande Dessinée, la Musique, Les arts plastiques et les essais.

Bien sûr, on pourra toujours trouver dans cet ouvrage des coquilles (Bean pour Baen par exemple, une erreur que j'ai remarqué parce que je la fais régulièrement), des imprécisions bibliographiques (TO, date de première parution) ou des manques (sommaire des recueils). On pourra aussi trouver certains avis assez complaisants, regretter le non traitement des nouvelles ou la portion congrue faite à la BD.

Mais, replacé dans le contexte de l'époque, ce livre était une véritable révolution. Si obtenir la liste des parutions de l'année commentée nous parait aujourd'hui une chose évidente ou si les commentaires sur le genre se ramassent à la pelle, il n'en était pas de même il y a plus de trente ans. La première livraison de cette série a été un coup de tonnerre. C'était à la fois une vitrine de qualité (la liste des collaborateurs est impressionnante) pour le genre, une célébration unitaire (peu de querelles de chapelles ou de règlements de comptes) et un outil sans équivalent pour l'amateur.

Note GHOR : 3 étoiles
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27/05/2009
_Annuaire bibliographique 1984 de la SF et du Fantastique_
Annuaire bibliographique 1984 de la SF et du Fantastique : Bernard GOORDEN : CDE/Recto-Verso (collection "Ides et autres" #41-42) : 1984 : pas d'ISBN : 151 pages (y compris multiples index) : quelques Euros pour un TP aux standards de production fanzinesques (couverture souple, reliure collée).

Malgré les dénégations de la préface, cette série d'ouvrages (ici le premier et qui comprend aussi au moins les années 1985, 1986 & 1987) a, dans la pratique, plus ou moins pris le relais de la série des "Années de la SF&F" de Goimard (chez Julliard) puis Riche (chez Temps Futurs). Ayant un même objectif de couvrir les parutions SF&F de l'année, le travail de Goorden est d'une orientation nettement plus purement bibliographique. En effet, à la différence de ses prédécesseurs, il n'y a dans cet ouvrage que des données brutes. On n'y trouvera donc pas d'évaluations critiques, de portraits ou même de fictions. Autre choix différent, seule la SF&F écrite est traitée dans ce livre, les autres formes habituelles (Cinéma, BD, TV...) n'étant pas répertoriées.

Cet ouvrage est organisé en deux parties principales dont la première est la liste numérotée des parutions relatives aux genres étudiés. Un court (deux pages) premier chapitre recense les bibliographies parues dans l'année, qu'il s'agisse d'ouvrages complets (style Le rayon SF) ou de bibliographies incluses dans divers types de livres (par exemple celles que l'on peut trouver à la fin des Livre d'or de Presses Pocket). Il est suivi par le plus gros morceau, c'est à dire la liste des livres de fiction (romans, recueils et anthologies). Elle est classée par ordre alphabétique d'auteur et fournit les informations bibliographiques habituelles (titre, TO, collection et rang, pagination). On notera que les réimpressions (au sein d'une même collection) semblent être exclues. Un troisième chapitre plus modeste recense l'appareil critique "sélectionné" (livres, articles et interviews). On termine par la liste des nouvelles parues organisée par TF avec nom d'auteur et renvoi vers l'ouvrage qui la contient.

La seconde partie est constituée d'une importante série d'index qui fonctionnent tous sur le principe d'un renvoi chiffré vers les items de la première partie : les auteurs, les matières (thèmes, origine géographique, cycle et séries ou auteurs étudiés), les titres de livres en VF, les titres d'oeuvres de fiction (romans et nouvelles) en langue originale autre que le Français (avec parfois la date du copyright et non celle de première parution), les illustrateurs et enfin les traducteurs.

Pour apprécier pleinement l'intérêt de cette série, il faut se replacer dans le contexte d'une l'époque où il n'existait aucun outil bibliographique en ligne et ou ce type d'activité était éparpillé dans de rares supports. Ces ouvrages étaient par exemple les seuls à recenser les nouvelles d'une façon un tant soit peu synthétique. Ils étaient aussi les seuls à offrir un panorama des parutions en VF. A ce titre, ils étaient indispensables à certains amateurs car offrant une information à laquelle nous accédons maintenant tout naturellement en quelques clics.
Bien sûr, on pourra trouver le système des index particulièrement lourd et la manipulation du livre peu pratique pour localiser un texte, on sera énervé par le format des titres français des nouvelles particulièrement fatiguant à lire (comme ceci : MEURTRE-(UN)-TOUS-LES-CENT-ANS-(1981)) et on regrettera le non traitement de la fiction parue en magazines ou fanzines. Malgré tout ces défauts, ces ouvrages ont fait (et font toujours) partie des fondations de toute recherche bibliographique en langue française.

Une série d'ouvrages importants d'un sérieux indiscutable que la présente abondance d'information offerte par l'Internet ne doit pas faire oublier ni négliger.
Note GHOR : 3 étoiles
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25/05/2009
_Space Opéra ! : L'imaginaire spatial avant 1977_
Space Opéra ! : L'imaginaire spatial avant 1977 : André-François RUAUD & Vivian AMALRIC (et al.) : Les Moutons électriques (série La bibliothèque des miroirs) : 2009 : ISBN-13 978-2-915792-72-7 : 426 pages (y compris index et bibliographie) : 28 Euros pour un TP illustré (N&B + 4 pages couleurs) avec couverture à rabats (en neuf chez l'éditeur http://www.moutons-electriques.fr/).

Cet ouvrage a pour objectif de dresser un panorama du "Space Opéra" jusqu'en 1977, cette date (celle de la sortie de Star wars) ayant été choisie comme marquant une rupture dans une catégorie emblématique de la SF. Cette catégorie, qui existe depuis les débuts du genre, est ici globalement prise (cf. le sous titre) comme celle des aventures dans l'espace, par opposition au Planet Opéra qui se concentre sur un décor planétaire précis.
Il se présente sous la forme d'une vingtaine de chapitres rarement inédits organisés dans un ordre vaguement chronologique et confiés à des auteurs différents (Nolane, Brèque, Wagner...) avec une contribution majoritaire du duo Ruaud/Amalric qui signe plus de la moitié de l'ouvrage. Certains chapitres sont plutôt génériques et abordent soit un thème (les serials) soit un domaine (les comics) mais la plupart des interventions se concentrent sur un auteur (de Smith à Delany) ou une série (littéraire comme Perry Rhodan ou télévisuelles comme Doctor Who ou Star Trek).
L'ensemble est illustré par des vignettes ou des pleines pages en N&B montrant généralement les couvertures des ouvrages évoquées dans le corps du texte. Il y a aussi 4 pages couleurs au début. Le tout est complété par une courte bibliographie (deux pages écrit gros), un index et quelques publicités pour d'autres ouvrages de même éditeur.

Comme il y a pas mal de choses à dire, je vais tenter d'organiser mes remarques d'une façon un peu synthétique, en plusieurs points.
1) Où la passion du recyclage l'emporte :
Etant un garçon radin, ma première réaction a été de voir ce que j'obtenais pour mes 28 Euros, sachant qu'au départ l'ouvrage n'est pas physiquement d'une aussi belle qualité que ceux du même éditeur sur Anderson ou Heinlein (le premier étant à peine plus cher). Je m'attendais donc logiquement à ce que ces 28 Euros soient investis dans des efforts de recherche et d'écriture, mais il est vrai que j'étais un peu naïf vu que l'un des ouvrages précédents de Ruaud pratiquait déjà l'auto emprunt. Pour être clair, cet ouvrage fait plus penser à un patchwork qu'à une étude originale.
En effet, on constate que la préface de Klein est une reprise de 1992, que plusieurs (au moins Harness, Clement, Biggle, Kapp, Panshin) des chapitres du duo Ruaud/Amalric sont déjà parus dans Bifrost (où ils formaient la série des "petits maîtres de la SF"), que un des articles de Wagner (celui sur Thirion qui est aussi le plus long du livre) et celui de Vonarburg (sur La Plaie) viennent du recueil d'essais Le feu aux étoiles, que Brèque sur Anderson est un chapitre complet tiré de Orphée aux étoiles, sans parler d'emprunts non signalés comme des paragraphes entiers extraits tels quels de la postface de Ruaud au Chandler paru chez les moutons ou RAH chez le même éditeur (là, l'emprunt est toutefois signalé). Je ne parle pas des choses que je n'ai pu vérifier par pure flemme comme les possibles emprunts au Star Trek de Ruaud (encore) ou au Perry Rhodan de Archaimbault.

Même si l'écologie et le recyclage sont à la mode et que ce léger détail est partiellement mentionné page 411 (en petit), je dois avouer une vague impression de m'être fait refiler des vieilleries au prix du neuf. Sentiment d'autant plus aigu que les "versions différentes" que l'on nous indique page 411 ne le sont en réalité que de façon minime. Les changements résidant essentiellement au niveau des introductions ou des transitions, le corps du texte restant strictement identique (et donc assez daté). Les seuls changements que l'on peut voir (j'ai comparé les textes entre eux) sont aussi profonds que, par exemple pour le Thirion, le remplacement de 60 par 1960 (au milieu de la première colonne de la deuxième page) ou le changement d'une référence pointant vers les article de Rémi Maure sur les arches stellaires vers (surprise) un texte de AFR himself. Il y a mieux puisque l'un des rajouts que j'ai pu détecter consiste à insérer des erreurs, comme page 279 où l'on nous dit en 2009 que le seul recueil de Kapp s'appelle Lambda 1, un élément omis dans l'article correspondant de Bifrost, ce qui n'était pas plus mal vu que Lambda 1 est en fait une anthologie qui ne contient qu'un texte de Kapp.
Il n'est bien sûr pas interdit de recycler son propre travail, mais à ce tarif, j'avoue que j'aurais préféré payer pour de l'inédit et non pour du réchauffé à la va-vite.

2) Une histoire du SO par collage ?
En toute logique, l'option prise de principalement réutiliser des textes existants a des impacts radicaux sur l'essence même de l'ouvrage. On a l'impression du glissement progressif d'un projet qui était une louable histoire du Space Opéra vers une compilation d'éléments existants plus ou moins libres de droits pour les auteurs (leurs propres textes par exemple). Au lieu d'une démarche historique classique et globale ("le SO commence là, puis il est devenu comme ça sous l'influence de XXX ou de telle ou telle chose...") on a une démarche de récupération ("Quels textes on pourrait utiliser qui ont un vague rapport avec le SO ?") qui se trouve donc fortement contrainte par les matériaux disponibles.

Du coup, hormis dans les quelques chapitres sur des médias particuliers, il n'y a strictement aucune HISTOIRE du SO, aucune mise en perspective globale puisque la base du livre est une compilation de portraits d'auteurs. Par exemple, à aucun moment on ne sait quand a commencé le SO ou quelles sont les forces (économiques, éditoriales, sociétales...) qui l'ont façonné. Comme Ruaud n'avait pas fait d'articles sur eux, on se trouve face à un ouvrage sur le Space Opéra qui ne mentionne même pas des personnages aussi importants dans son évolution que Campbell (l'auteur), Leinster, Saberhagen ou Dickson (et on peut aisément en trouver d'autres).
Cette stratégie du recyclage nous vaut d'ailleurs quelques moments embarrassants où les auteurs peinent à justifier certaines inclusions comme Hal Clément ou Doctor Who, des éléments généralement peu associés d'une façon centrale avec le SO, le tout donnant lieu à des contorsions assez impressionnantes. Cela marche aussi dans l'autre sens avec les justifications alambiquées à l'absence de Vance ou Herbert ("c'est du Planet Opéra"). Le meilleur étant l'article sur Kapp dont la moitié finale traite de Manalone. Cette partie (La grande oeuvre, page 283) commence par dire clairement que ce roman n'est PAS un Space Opéra mais déroule quand même plusieurs PAGES de commentaires sur une oeuvre qui est, de l'aveu même des auteurs, complètement hors sujet.

3) Une iconographie riche et rare ?
C'est ce qui est écrit sur le premier rabat et c'est aussi l'un des pitch de la promotion de l'ouvrage. Effectivement, s'il y a bien une importante iconographie (plusieurs centaines d'images), elle souffre, à mon avis, de nombreux défauts.
Il faut dire que cela commence mal puisque les seules images en couleurs sont horriblement coupées (à dessein j'espère) et ne présentent que un petit quart des oeuvres originales. Le reste des illustrations étant en N&B on peut regretter que ces rares pages couleurs soient si mal utilisées. D'autant plus que cette absence de couleur et le traitement style "vignette" nuisent à certains illustrateurs, voir par exemple la comparaison de l'image ci-dessous (pourtant fortement compressée) et celle de la page 295 :

On regrettera aussi l'absence quasi-totale de légendes en regard des illustrations (une habitude chez les Moutons) qui prive le lecteur d'éléments importants comme la date de parution puisque l'on ne représentait pas le SO en 1930 comme en 2000 et que ces choix sont eux-mêmes porteurs de sens sur (par exemple) l'image du genre auprès des lecteurs. Il est assez triste de voir que les illustrateurs ne sont presque jamais mentionnés, cette utilisation gratuite et non créditée de leur travail dans un produit destiné à être vendu me paraît assez désinvolte. De même, la qualité des ouvrages scannés laisse parfois nettement à désirer. Il arrive que l'on ne se soit même pas donné la peine d'ôter l'étiquette du prix apposée par un bouquiniste (par exemple sur le Brunner page 221), d'enlever des traces de colle ou de trouver un exemplaire dans un état décent.
Voilà pour la richesse, quant à la rareté, je peux juste dire que sur le millier de couvertures je dois facilement en avoir 75% (y compris en VO) et que je n'y ai vu que rarement des EO ou beaucoup de choses que l'on puisse qualifier de rares tant il y a de FNA, JL et autres PdF.
N'écoutant que mon bon coeur, si vous m'envoyez 28 Euros, je m'engage à vous faire parvenir un CD contenant plusieurs milliers d'images toutes aussi riches et aussi rares que celles contenues dans ce livre.

4) Et c'est tout ?
Soyez rassurés, cet ouvrage pêche aussi dans de nombreux autres domaines.
On a tout d'abord la séquence publicitaire de l'éditeur qui réussit à placer presque tout son catalogue (je n'ai pas vu le PKD), y compris les zombies et même, grâce à une association d'idée fulgurante (Schmitz => médiéval => taverne => Shakespeare) Le panorama de la fantasy et du merveilleux (page 154).
On a aussi les coquilles (ClarkE Darlton, le frère d'Arthur), photes d'orthographe, notes inversées ou scories typographiques (des mots barrés) que l'on attend de cet éditeur.
Dans le même ordre d'idée, le sens si particulier de la chronologie de ces auteurs est aussi au rendez-vous avec des mentions de textes datant de bien après 1977, et (encore une surprise) l'habituelle mention de James Patrick Kelly.
Globalement, il vaut mieux parfois ne pas trop creuser les détails quand on lit des affirmations disant que (ce ne sont que quelques exemples) : The immortals de Gunn n'est pas traduit, que seulement trois nouvelles de Biggle existent en VF, que Van Vogt faisait partie de la Scientologie, que l'intégralité de Interstellar empire (Brunner) est parue en Ace Double ou que Karres (Schmitz) est traduit par Karès en VF. Autant de points, certes négligeables mais que quelques secondes suffiraient à corriger et qui, laissés tels quels, donnent un peu au cochon de payant l'impression d'un travail bâclé.

Dommage pour une idée qui, traitée d'une façon un peu moins à l'économie, aurait fourni matière à un livre passionnant. Au final, les 28 Euros demandés sont largement prohibitifs pour la proportion réelle de matière inédite (même si certaines parties comme celle sur Doctor Who sont bien faites) et l'impression d'amateurisme de l'ensemble.
Note GHOR : 1 étoile (pour ceux qui n'ont pas accès au matériau original)
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