30.12.2009

_Fritz Leiber _

Fritz Leiber : Tom STAICAR : Ungar (série Recognitions) : 1983 : ISBN-10 0-8044-6875-3 : 134 pages (y compris index et biblio basique) : coûtait 7 USD pour un TP (existe aussi en HC -2836-0), se trouve assez aisément d'occase.

Fritz Leiber.jpg

Comme le dit la préface, cet ouvrage paru dans la série de monographies publiées par Ungar est le premier à être consacré uniquement à Fritz Leiber. Une chose assez surprenante quand on connaît la très haute estime dans laquelle était tenu cet auteur.  Il se peut que ses carrières parallèles dans la Science-Fiction, le Fantastique et la Fantasy aient généré une certaine difficulté de placement de ce remarquable auteur sur l'échiquier des divers genres, conduisant à une forme de négligence par manque de visibilité de l'homme qui nous a donné des textes comme The big time, Conjure wife ou la série de Lankhmar.

Ballet de sorcieres (Le Masque 1976).jpg

L'étude de Staicar (un auteur habituel de l'éditeur) est divisée en neuf chapitres de longueur inégale (de moins de cinq à trente pages). Sont successivement abordés les thèmes suivants : une courte biographie, les satires (The silver eggheads, A specter is haunting Texas), l'aliénation et la liberté (Night of the wolf, Gather darkness !), la série Changewar, la série Lankhmar, l'horreur, les principales nouvelles, les autres textes (poésie, essais) et une courte conclusion. On retrouve à la fin de l'ouvrage les fameuses notes inutilisables propres à cet éditeur, une succincte bibliographie primaire et secondaire ainsi qu'un index.

The big time (Ace Double D-491 1961).jpg

C'est un bel hommage qui est rendu à Leiber et une façon claire de montrer l'étendue du talent de l'auteur et de sa facilité à être bons dans les genres de l'imaginaire en général. En plus, Staicar se concentre sur certaines oeuvres peu connues de Leiber (par exemple l'excellent fix-up Night of the wolf) et offre à la SF la place principale dans son étude. Ceci nous évite une nième discussion en longueur sur les éléments autobiographiques de Fafhrd ou sur le fantastique urbain de The pale brown thing/Our lady of darkness. Non pas que ces éléments ne soient pas analysés (il y a un chapitre sur chacun), mais ils ne forment pas l'ossature de l'ouvrage, un point qui est pour le moins rafraîchissant.

Notre-dame des ténèbres (Casterman 1980).jpg

Logiquement un peu elliptique (vu le vaste matériau à étudier et le nombre de page limité), cet ouvrage aurait peut-être pu se permettre de se concentrer sur la SF de Leiber. Il aurait ainsi pu éviter une certaine dispersion entre des genres demandant des approches théoriques différentes et profiter de la place gagnée pour approfondir la réflexion sur les nouvelles 'isolées' de Leiber. Malgré tout un bon essai permettant de mieux appréhender cet auteur protéiforme.

Royaume de Lankhmar (TF 1982).jpg

Note GHOR : 2 étoiles

29.12.2009

_Frederik Pohl_

Frederik Pohl : Thomas CLARESON : 1987 : Starmont House (Starmont reader's guide #39) : 173 pages (y compris bibliographies & index) : ISBN-10 0-930261-33-X : coûtait 10 USD pour un TP (existe aussi en HC -34-8), semble pouvoir se trouver d'occasion.

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Cette étude consacrée à F. Pohl est donc due à Thomas Clareson, un des grands noms de la réflexion sur le genre aux USA. Faisant partie de la série connue de monographies publiées par Starmont et ses successeurs, elle aborde donc l'oeuvre de l'un des personnages clés de la SF américaine. Pas forcément perçu comme l'un des grands du genre malgré l'aura de certains titres comme The space merchants (en collaboration avec Kornbluth) ou Gateway, il est une figure essentielle de l'histoire de la SF, à la fois comme fan (membre des Futurians), editor (entre autres de Galaxy et If) et auteur acclamé (grand master, multiple vainqueur aux Hugos et Nebulas).

Tomorrow times seven (Ballantine 1959).jpg

L'ouvrage commence, comme souvent dans cette série par une chronologie synthétique de la carrière de l'auteur. On peut dire qu'elle sert de base à Clareson puisque celui-ci a choisi un plan d'ouvrage relativement chronologique. Les premiers chapitres tracent sa longue carrière durant les décennies 40, 50 et 60 avec un focus sur ses collaborations avec Kornbluth et sur ses textes courts. Les suivants, probablement à cause d'une quantité trop grande de matériau à traiter, abandonnent un peu ce principe en se concentrant sur certaines oeuvres ou séries (respectivement The gold at the starbow's end, Man plus, le cycle Heechee, The years of the city, Black star rising et The coming of the quantum cats). En matière d'annexes, on a droit à la liste des oeuvres majeures de l'auteur, une bibliographie secondaire (sélective et commentée) et un index.

The gold at the starbow's end (Ballantine 1972).jpg

Au risque de manquer d'originalité, il faut constater que la mission dévolue à Clareson est impossible comme souvent avec cette série formatée même si ce titre est particulièrement épais. Comment traiter en 150 pages les 60 ans de carrière de Pohl et ses multiples influences à divers titres sur le genre ? Comment aborder en détail le couple Pohl-Kornbluth mais aussi les duos Pohl-Del Rey ou Pohl-Williamson (et même maintenant Pohl-Clarke) en un seul chapitre ?

Gladiator-at-law (Ballantine 1969).jpg

Du coup, et malgré l'érudition incontestable de Clareson, cet ouvrage ne peut être pris que comme un survol qui laisse carrément de côte certains romans (The cool war par exemple), une grande partie de la production sur format court de l'auteur (un ensemble pourtant pléthorique et marquant) et généralement l'importante influence exercée sur l'évolution de la SF par le Pohl editor (de magazines mais aussi de livres). Peut-être aurait-il été préférable de diminuer la part consacrée aux titres récents qui faisaient certes l'actualité de Pohl à l'époque de la parution de cet ouvrage mais qui ont eu du mal à résister à l'oubli (Black star rising en étant l'exemple type).

The cool war (Del Rey 1982).jpg

Au final, et comme souvent chez Starmont, un titre fort recommandable mais qui aurait facilement supporté un doublement de sa taille et mérité une partie bibliographique un peu plus étoffée.

Casse-tête chinois (JL 1987).jpg

Note GHOR : 2 étoiles

18.12.2009

_Frank Herbert_ (O'Reilly)

Frank Herbert : Timothy O'REILLY : Ungar (série Recognitions) : 1981 : ISBN-10 0-8044-6617-3 : 216 pages (y compris index et bibliographie) : coûtait 5.95 USD à l'époque pour un TP (existe aussi en HC -2666-X), se trouve facilement en physique et gratuitement sur le net chez l'auteur : http://tim.oreilly.com/herbert/.

Frank Herbert (Ungar).jpg

La genèse de cet ouvrage étant racontée par l'auteur lui-même sur cette page (http://tim.oreilly.com/herbert/intro.html), je ne m'étendrais pas dessus si ce n'est pour remarquer encore une sorte de synchronicité dans les parutions des ouvrages de référence puisque ce livre est contemporain de son homonyme de chez Starmont. Il est donc sorti comme lui un peu trop tôt, avant que la notoriété de Herbert ne soit complète auprès du grand public.

Et l'homme créa un dieu (Lattès 1979).jpg

Cette étude est divisée en neuf chapitres d'une longueur variable. Le premier est une longue introduction qui pose les problématiques évoquées dans l'oeuvre de Herbert (le héros, l'ambiguïté). Les suivants abordent soit principalement un roman de Herbert (Under pressure par exemple) soit un aspect de la saga Dune, soit groupent plusieurs textes perçus comme mineurs. Une courte conclusion récapitule les points évoqués par O'Reilly. Elle est suivie par plusieurs pages de notes strictement inutilisables puisque n'étant pas signalées dans le corps du texte, puis par une bibliographie primaire et secondaire assez complète mais limitée aux premières parutions et enfin par un index (oeuvres, noms propres et thèmes).

Les fabricants d'Eden (Lattès 1980).jpg

A la différence de l'ouvrage de Miller, le livre d'O'Reilly se concentre essentiellement sur la saga principale de Herbert, même si une attention importante est portée au texte fondateur qu'est Under pressure. Du coup, on a l'impression de lire simplement une nième version de tout ce qui s'écrit sur ces textes (l'écologie, le culte du héros, la déification...), une impression un peu fausse parce que, techniquement, il s'agit là de l'une des toutes premières analyses en profondeur de cette oeuvre majeure du genre.

Astounding 1955-11.jpg

Bien sûr, il faudra moduler les thèses d'O'Reilly à la lumière des évolutions de la pensée de Herbert dans les suites à Dune parues postérieurement à ce livre mais les bases sont bonnes et fournissent un bon point de départ pour une approche de la première partie de la carrière de l'auteur. Il faudra aussi surmonter l'énervement causé par le système de notes débile inventé par Ungar qui fait passer à côté d'informations sur toutes les sources utilisées par l'essayiste. Dommage pour un ouvrage qui se veux sérieux.

Les hérétiques de Dune (PP 1998).jpg

Note GHOR : 2 étoiles

17.12.2009

_Frank Herbert_ (Miller)

Frank Herbert : David M. MILLER : 1980 : Starmont House (Starmont reader's guide #5) : 70 pages (y compris bibliographies & index) : ISBN-10 0-916732-16-9 : quelques Euros pour un TP quand on arrive à le trouver.

Frank Herbert (Starmont).jpg

Ecrit par David Miller, un universitaire américain plutôt (semble t-il) spécialiste de Tolkien, ce petit fascicule fait partie de la numériquement importante série de monographies d'auteurs de SF publiées par Starmont et les divers éditeurs qui lui ont succédé (Borgo puis Wildside). On notera que cette étude a été écrite et/ou publiée un peu avant l'accession définitive de Herbert au statut d'auteur de best-seller et de marque déposée, juste avant la parution de God emperor of Dune.

L'empereur-dieu de Dune (PP 1986).jpg

L'ouvrage est extrêmement découpé pour un total de pages aussi faible. Comptant 7 parties, il commence par une appréciation d'ordre général sur l'auteur (3 pages), puis une chronologie et quelques lignes d'éléments biographiques. La quatrième partie ("Novels") forme l'essentiel de l'ouvrage et, comme son nom l'indique, passe en revue tous les romans de Herbert (de The dragon under the sea à The jesus incident) à raison de deux pages pour chacun (avec dramatis personnae). Les nouvelles sont expédiées (2 pages) dans la partie suivante en fonction du recueil US dans lequel elles ont été publiées. Suit une bibliographie primaire assez complexe : les romans (annotée par un résumé de l'intrigue), les recueils, les nouvelles (si parues dans des anthologies) et de nouveau les nouvelles mais par ordre chronologique; puis une bibliographie secondaire (parfois) annotée. Un index (titres, thèmes, noms propres) clôt l'ouvrage.

L'incident Jésus (PP 1989).jpg

On ne remerciera jamais assez Miller de ne pas céder à la Dune-mania et de donner une place aussi importante aux autres romans de l'auteur qui ne bénéficient pas de la même aura (même si l'illustration de couverture évoque inévitablement Dune). Cela change agréablement de l'omniprésence de ces romans et permet d'aborder certains textes toujours restés dans l'ombre malgré des qualités certaines.

Le cerveau vert (Le Masque 1975).jpg

Malgré tout, vu la place perdue par les annexes (chronologie, bibliographies croisées) et les contraintes du format Starmont, on ne peut que regretter certains choix de Miller, entre autres le sacrifice de la partie consacrée aux nouvelles dont la pertinence pour une analyse du parcours de Herbert est indiscutable malgré une production étonnamment limitée pour un auteur de SF. Il aurait été plus intéressant de couper dans une bibliographie trop volumineuse et surtout difficilement exploitable car trop lacunaire. C'est donc à un survol à très haute altitude que nous convie Miller, puisse t-il donner envie à ses lecteurs de se plonger plus avant dans le Herbert moins connu.

The worlds of Frank Herbert (NEL 1970).jpg

Note GHOR : 2 étoiles

14.12.2009

_The fiction of James Tiptree, Jr._

The fiction of James Tiptree, Jr. : Gardner DOZOIS : 1977 : ALGOL Press : ISBN-10 0-916186-04-0 : 36 pages non numérotées (pas d'index mais bibliographie) : coûtait 2.50 USD à l'époque pour un petit fascicule format A5 agrafé à tirage limité (1000 exemplaires).

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Ce court ouvrage fait partie d'une série de livres édités par ALGOL Press, une structure liée au fanzine américain Algol, un quasi-prozine dirigé par Andy Porter qui deviendra Starship. Une partie d'entre eux sont des monographies souvent originales de divers auteurs (Cordwainer Smith, Le Guin et celui-ci). Cet essai est écrit par Gardner Dozois, un auteur devenu plus connu comme ayant été longtemps le rédacteur en chef de Asimov's et l'anthologiste numéro 1 du genre avec ses Year's best et ses recueil originaux au SFBC.

The year's best SF 26 (St Martin's 2009).jpg

James Tiptree Jr. a longtemps été un des mystères de la scène SF américaine. Un auteur reclus, sans aucun contact avec le milieu autre qu'épistolaire mais qui a effectué une véritable moisson des prix les plus prestigieux du genre. Même si le dénouement de l'histoire est désormais connu (cet homme était en fait une femme au parcours assez particulier, pour plus de détails voir l'excellente biographie qui lui a été consacrée par Phillips), cet ouvrage a été écrit alors que personne ne savait rien de l'auteur, y compris donc Dozois. Ce côté chasse à l'homme est d'ailleurs la matière du début de cet essai qui tente de discerner les traits de la personne réelle en fonction de de ses écrits. La suite du fascicule est une assez classique analyse des nouvelles (puisque son roman est dans le futur de l'ouvrage) de l'auteur qui sont replacées dans un ordre chronologique et dans le contexte de la vie du genre.

Par-delà les murs du monde (Denoel 1979).jpg

Suite à la révélation de l'identité réelle de Tiptree (fin 76/début 77, la notule parue dans Locus est reproduite) Dozois a ajouté une postface où il reconnaît ce fait mais indique qu'il maintien ses propos sur la fiction de Tiptree/Sheldon. Une bibliographie complète (compilée par Jeffrey Smith) est présente, elle couvre toute la fiction et la non-fiction relative à Tiptree, Sheldon (un autre de ses alias) et Bradley, le tout uniquement pour la VO.

The girl who was plugged in (Tor Double 7).jpg

En connaissant un peu Dozois, on se doute que l'analyse fournie sera de qualité, tant sur le strict plan littéraire que, chose plus rarement trouvée, sur le plan de l'intégration dans un vue d'ensemble du genre (y compris économique). Malgré tout, on éprouve aussi un certain plaisir coupable à voir un professionnel comme Dozois donner du mieux qu'il le peut un avis étayé sur les problématiques d'identité sexuelle en partant d'une donnée (Tiptre auteur masculin) dont on sait maintenant qu'elle est fausse.

F&SF 1988-05.jpg

En tout cas, un document "brut de décoffrage"important pour bien appréhender ce qui est devenu la légende Tiptree/Sheldon et le fait que cette histoire réverbèrera durant longtemps dans toute la SF.

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Note GHOR : 2 étoiles

03.12.2009

_Exploring Cordwainer Smith_

Exploring Cordwainer Smith : Andrew PORTER (editor) : 1975 : ALGOL Press : Pas d' ISBN : 33 pages (pas d'index) : coûtait 2.50 USD à l'époque pour un petit fascicule format A5 agrafé.

Exploring Cordwainer Smith.jpg

Cordwainer Smith a toujours été un auteur qui a fasciné les amateurs de SF, cet ouvrage en est la preuve. Sorti dans la collection de petits fascicules de chez ALGOL Press, il s'agit là d'une des premières tentatives de cerner cet auteur à la vie si exotique et aux textes si particuliers. Un écrivain qui bénéficie d'ailleurs de la même aura dans notre pays si l'on en croit le nombre important d'éditions différentes de ses écrits malgré un format (il s'agit essentiellement de nouvelles) jugé difficile à vendre.

Les seigneurs de l'intrumentalité T1 (OPTA 1974).jpg

Ce court ouvrage se compose de plusieurs textes dont certains sont parus initialement dans un magazine australien et repris ensuite dans les pages de Algol et d'autres qui sont inédits. On notera avec surprise que la quasi totalité de cet ouvrage a été traduite en VF et forme la première partie du CLA #50 (dans un ordre différent toutefois) mais ne sera pas reconduite dans l'intégrale LDP. Après un introduction de Bangsund (non reprise en VF), on trouve donc deux présentations générales des deux facettes du personnage (Burns et Foyster), un entretien avec Bruns (un collègue de Linebarger), un texte de Miesel centré sur la nouvelle The dead lady of clown town et ses parallèles avec Jeanne d'Arc. Suivent une chronologie, une bibliographie et un biographie (inédites en VF).

Les seigneurs de l'intrumentalité T1 (LDP 1980).jpg

Clairement, c'est un livre qui ne fait qu'effleurer la surface de l'iceberg qu'était Smith. Les contraintes très fortes de format (moins de trente pages de textes) ne peuvent pas donner d'autre résultat. Il faut donc prendre ce livre comme un précurseur et une source de matériau primaire (surtout pour l'interview de Burns) et non comme l'analyse définitive de ce grand de la SF.

Le rêveur aux étoiles (PP 1987).jpg

Un premier pas sur un chemin qui conduira (par exemple) à la concordance de Lewis ou au livre nettement plus étoffé de Hellekson. Sa quasi complète traduction en VF ne le rend donc pas indispensable malgré le courage et les qualités de la tentative.

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Note GHOR : 1 étoile

21.10.2009

_Earth is the alien planet : J. G. Ballard's four-dimensional nightmare_

Earth is the alien planet : J. G. Ballard's four-dimensional nightmare : David PRINGLE : 1979 : Borgo Press (série "Milford" #26) : ISBN-10 0-89370-238-2 : 63 pages (avec bibliographies mais pas d'index) : coûtait 3 USD pour un petit TP qui semble peu fréquent (il semble aussi exister sous forme de HC).

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Empruntant son titre à une célèbre citation de l'auteur ("The only truly alien planet is Earth"), cet ouvrage fait partie de la collection de petites monographies éditées par Borgo et consacrées (en général) à des auteurs du genre. Réalisé par David Pringle, un des acteurs clés de la SF britannique (rédacteur en chef d'Interzone et de Foundation, auteur d'ouvrages de référence), il constitue l'une des premières tentatives d'analyse de l'oeuvre de Ballard, un écrivain qui, à l'époque, n'avait pas atteint les sommets de popularité de ces dernières années qui lui ont permis de renier le genre qui l'a fait vivre.

Billenium (Marabout 1970).jpg

Ce court essai est donc divisé en quatre parties inégales : "Introduction" qui traite en fait plutôt des nouvelles de Ballard, "The fourfold symbolism" (partie issue d'un article paru dans Foundation) sur les quatre romans catastrophe, "Ballard's characters" qui étudie les types de personnages habituels de Ballard (la vampiresse/Lamia, le fou et le roi) et "Ballard's themes" qui évoque les deux thèmes favoris de l'auteur, le vol et l'emprisonnement. Comme dans les autres volumes de la série, il n'y a pas d'index mais une bibliographie primaire limitée et une secondaire comparativement plus étoffée.

Sècheresse (LDP 1977).jpg

Même si cet ouvrage souffre d'une maquette remarquablement peu aérée (le défaut de cette série qui a généralement du mal à "passer" dans la soixantaine de pages allouées), il n'en est pas moins d'une lecture agréable. Ceci grâce à l'érudition de Pringle et au fait que les textes étudiés sont ceux de Ballard qui sont le plus identifiables comme appartenant clairement à la SF même si on reste toujours dans l'anticipation proche.

Vermilion sands (LDP 1979).jpg

Bien sûr, vu le récent côté "culte" de Ballard, il existe d'autres ouvrages qui lui sont consacrés (Baxter ou Luckhurst) qui sont à la fois plus fouillés (plus volumineux) et plus récents. Le livre de Pringle reste néanmoins celui qui est le plus proche de la communauté SF et au final peut-être le plus pertinent dans la mesure où il n'est pas "encombré" par les habituelles digressions sur les films tirés des oeuvres autobiographiques de l'auteur.

Sècheresse (PP 1986).jpg

Au final, cet essai représente une bonne introduction au Ballard écrivain de SF, ce qui est après tout ce qu'on lui demande.

 

Note GHOR : 2 étoiles

28.08.2009

_Kim Stanley Robinson maps the unimaginable_

Kim Stanley Robinson maps the unimaginable : William J. BURLING (éditeur) : McFarland (série "Critical explorations in SF & F" #13) : 2009 : ISBN-13 978-0-7864-3369-8 : 303 pages (y compris index et bibliographie secondaire) : TP disponible en neuf chez l'éditeur pour 45 USD (http://www.mcfarlandpub.com/book-2.php?id=978-0-7864-3369-8).

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Auréolé de ses nombreux prix, de ses trilogies à succès (Orange County, Mars, Science in the capital), sa double casquette d'Utopiste et d'Ecologiste et patronné par Jameson, il est normal que Robinson intéresse beaucoup les milieux académiques américains. Cet ouvrage est donc le premier qui lui est spécifiquement consacré malgré l'existence d'une foule d'articles à son sujet.

Red Mars (Harper Collins 1983).jpg

Ce recueil d'essais rassemble dix-neuf textes dont seulement cinq sont inédits, le reste ayant déjà été publié dans les endroits habituels du genre et dans les organes de la mouvance Utopiste. D'une longueur très variable (de quatre à une trentaine de pages), on doit ces essais pour partie aux plumes habituelles (Jameson, Luckhurst, Moylan) et pour partie à des enseignants en littérature ou des spécialistes de l'utopie. On notera quand même la présence de l'écrivain de SF John Kessel et du chroniqueur Nick Gevers.

Green Mars (Harper Collins 1994).jpg

L'ouvrage est divisé en quatre parties inégales : 1) "Utopia and alternative history" qui traite du désir utopique chez KSR avec un long article (par Moylan) sur la trilogie Californienne et le seul texte du recueil qui porte sur The years of rice and salt. 2) "Theory and politics" sur les diverses représentations de la politique essentiellement (c'est logique) dans la trilogie Martienne. 3) "Ecology and nature", des courts essais sur les représentations de la nature dont le seul texte sur Antartica. 4) "Interview and select bibliography" qui offre ce qui est annoncé, à savoir une interview de KSR qui date de 1994 et une bibliographie secondaire de trois pages. Un index clôt ce volume.

Blue Mars (Voyager 1996).jpg

Pour être méchant, je dirais que mon avis sur ce livre est le même que celui que j'ai de l'oeuvre romanesque de KSR : "brillant mais ch... comme la pluie". Des pages entières de discussions sur la trilogie Martienne (les deux tiers du livre y sont consacrés) avec force diagrammes aux titres aussi évocateurs que "The actantial mythical model of the Ares debate" ou "A semantic rectangle of the Boone-Chalmers contrast" conjugués à ma lecture assez ancienne de l'oeuvre maîtresse de KSR et multipliés par une police de caractère assez petite ont eu raison de ma patience. Il est clair que la pleine appréciation des analyses parfois hyper détaillées des romans de l'auteur nécessite d'avoir relu récemment les quelques milliers de pages qu'elle représente. N'ayant pas eu ce courage, je n'étais probablement pas en situation de lecture idéale.

The martians (Voyager 1999).jpg

Ce qui est aussi embêtant est cette détestable habitude des écrits universitaires sur la SF qui, dès qu'il s'agit d'un auteur un tant soit peu ambitieux, font en règle générale complètement abstraction du corpus au sein duquel ces oeuvres s'insèrent et dont elles se nourrissent. Si l'on excepte certains (Markley ou Wegner), on pourrait croire que (par exemple) la trilogie Martienne est une oeuvre splendidement isolée et qui n'a donc jamais fait partie du "dialogue sur Mars" des années 85-95. Ce phénomène est un classique qui s'est déjà vu pour des gens comme Le Guin et Bradbury, voire même pour Dick; une volonté de couper l'auteur de racines populaires à base de calmars dans l'espace.

Remaking history (Tor 1991).jpg

Malgré tout, quelques textes sauvent un peu l'ensemble de l'ennui profond qu'engendrent des phrases comme "These syntactical relations having been established, the final step is to interrogate the 'lexematics' (i. e., discursive regularities) of the story, identifying semantic relations among concepts implicated in the text.". Celui de Kessel sur le KSR nouvelliste aurait mérité un plus grand développement ainsi que les rares fois où l'on nous parle des textes moins connus de l'auteur. On mange certes du Mars à toutes les sauces mais il est quand même étrange qu'une novella aussi importante et puissante que A short sharp shock, un texte qui nous montre une autre face de KSR ne soit tout simplement JAMAIS mentionnée dans les 300 pages de cet ouvrage.

A short, sharp shock (Ziesing 1990).jpg

Un recueil d'essais dont l'ensemble ne m'a guère convaincu, sans doute à cause d'un manque de connaissance de ma part des techniques d'analyse littéraire les plus sophistiquées et d'une concentration des auteurs sur une seule facette des talents de Robinson.

 

Note GHOR : 1 étoile

25.08.2009

_Conversations with Isaac Asimov_

Conversations with Isaac Asimov : Carl FREEDMAN (éditeur) : University Press of Mississippi (série "Literary conversations") : 2005 : ISBN-10 1-57806-738-3 : 170 pages (y compris index) : coûtait 20 USD pour un TP facilement trouvable, existe aussi en HC.

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Orné d'une superbe photo du "bon docteur", cet ouvrage est un recueil d'interviews d'Isaac Asimov, probablement l'auteur de SF le plus connu dans le monde. Compilé par Carl Freedman, un universitaire spécialiste du genre (on lui doit par exemple Critical theory and science fiction), il fait partie d'une série en cours d'ouvrages du même type qui inclut aussi un volume sur Ray Bradbury. 

Face aux feux du soleil (Satellite 1961).jpg

Son principe est simple puisqu'il s'agit du rassemblement en un seul volume de plusieurs interviews avec l'auteur étudié. Ici on a droit à une quinzaine de textes d'une longueur très variable (de trois à une trentaine de pages) dont la plupart sont effectivement des interviews (il y a aussi une nécrologie et les minutes d'un panel de 1969 auquel Asimov a participé). Tous les documents sauf un (celui de Gunn) ne sont pas des inédits et sont parus soit dans des magazines d'étude sur le genre (Extrapolation, Science fiction studies) soit dans des publications plus spécialisées (The humanist, Psychology today) ou plus généralistes (Playboy). Il y a aussi des extraits de précédents recueils d'interviews comme la série Science fiction voices.

Science fiction voices 5.jpg

L'ensemble possède un ton hétérogène dû à des styles d'interviewers différents et aborde logiquement des sujets variés suivant les centres d'intérêt des publications dans lesquelles sont parues les interviews. Classé par ordre chronologique (de 1968 à 1990), le livre offre en plus une introduction de Freedman, une chronologie de la vie d'Asimov, une bibliographie sélectionnée (livres seulement) et un index.

Foundation's edge (Del Rey 1983).jpg

Comme Asimov aime bien parler de lui, tant dans ses recueils que dans ses nombreux textes autobiographiques, il n'est donc pas surprenant de ne trouver guère de choses terriblement originales dans cet ouvrage. De plus, certaines interviews s'adressent plus au 'futurologue' professionnel auprès des médias qu'il était devenu et n'offrent donc parfois qu'un rapport assez lointain avec la SF ou l'écriture en se concentrant plus sur la vulgarisation ou les phénomènes de société ("C'est vrai que c'est vous qui avez inventé le terme de robotique ?"). Ce n'est pas forcément inintéressant mais, par exemple, les considérations d'Asimov sur les débuts de la micro-informatique sont d'une pertinence uniquement historique et d'une relevance nulle.

The robots of dawn (Del Rey).jpg

Finalement les interviews les plus intéressantes pour l'amateur de SF sont celles qui sont faites par des gens ayant un minimum de bagage. Ce sont aussi hélas celles que l'on a des chances d'avoir déjà lues. C'est pour cela que le point fort de ce livre est celle réalisée par Gunn. Elle est à la fois inédite, fouillée (c'est la plus longue) et clairement l'oeuvre d'un expert. Elle lui a d'ailleurs servi pour l'élaboration de son ouvrage sur Asimov : The foundations of science fiction.

Isaac asimov The fondations of SF.jpg

Un ouvrage qui n'en n'apprendra pas plus sur Asimov que les pages et les pages qu'il a lui-même rédigées. Un ensemble de paroles du maître à réserver aux complétistes.

 

Note GHOR : 1 étoile

18.08.2009

_Comic inferno : The satirical world of Robert Sheckley_

Comic inferno : The satirical world of Robert Sheckley : Gregory STEPHENSON : Borgo Press (série "Milford - Popular writers of today" #66) : 1997 : ISBN-10 0-916732-61-4 : 114 pages : une bonne dizaine d'Euros pour un TP assez rare comme d'habitude, existe aussi en HC.

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Robert Sheckley est un de ces auteurs qui sont en train de littéralement disparaître du paysage de la SF. C'est particulièrement vrai en France (malgré l'inédit sorti en 2007 chez Rivière Blanche) où il n'existe à peu près aucune édition postérieure à 2000 et cela l'est juste un peu moins aux USA où NESFA a publié deux gros recueils (un de romans et un de nouvelles) en 2002 et 2005. Il n'est donc pas surprenant de constater que cet ouvrage semble être le seul qui lui soit consacré.

Dimensions of Sheckley (NESFA 2002).jpg

Faisant partie de la série "Milford" de Borgo Press, cet essai est de la génération "tardive", à savoir celle des ouvrages nettement plus étoffés que les premiers puisqu'il offre le double de pages avec une police de caractère plus petite. On y retrouve l'organisation habituelle avec une chronologie de l'auteur, un court (cinq pages) premier chapitre à orientation biographique, cinq chapitres principaux de longueur variable (suivant la production parfois erratique de Sheckley) couvrant chacun une décennie entre 1950 et 1990, un chapitre consacré aux autres genres pratiqués par l'auteur (policier essentiellement) et une conclusion. Suivent deux bibliographies commentées, une primaire (qui liste que les livres) et une secondaire (qui ne recense logiquement que des articles ou des mentions).

The status civilization (Dell 1968).jpg

Il est toujours très agréable de pouvoir lire une analyse sur un auteur comme Sheckley, tant il est caractéristique de la SF et même d'une frange si particulière du genre, celle de l'école Galaxy. On retrouve donc sous la plume de Stephenson tous les mythiques textes comme A ticket to Tranai ou The Laxian key, nouvelles savoureuses et maintes fois reprises. Mais l'auteur, qui pour une fois chez Borgo dispose d'une place suffisante, ne se limite pas à ces textes hyper connus et parcourt l'intégralité de la production de Sheckley en s'arrêtant longuement sur les romans de la période tardive de l'auteur. Il réussit même le tour de force de trouver des mots gentils à dire sur les ouvrages de la fin de la carrière de l'auteur (les expansions/sequels à The 10th victim ou les collaborations avec Harrison ou Zelazny).

Arena (Denoel 1988).jpg

Outre une certaine tendresse pour l'auteur qui rend parfois les jugements de Stephenson un peu trop tolérants, le gros point négatif de cet ouvrage est que, paradoxalement, le fait que la spécificité de Sheckley est intimement liée à l'histoire du genre n'est absolument pas mentionné. En effet, le génie de l'auteur n'a pu s'épanouir que dans le contexte propre à la SF des années 50-60, à savoir le seul espace de liberté où la publication de textes courts et percutants était possible. Tout cela est complètement passé sous silence par Stephenson qui ne parle que de Sheckley et absolument pas de l'environnement dans lequel il publiait. Il est d'ailleurs révélateur de voir que dans l'index, les noms Galaxy ou Omni n'apparaissent qu'une seule fois dans tout le texte (et encore dans la chronologie). On se demande bien comment on peut dissocier Sheckley de ces revues. Du coup, l'oeuvre de l'auteur, même si elle est longuement disséquée, donne l'impression fausse de sembler exister dans un vide absolu et se situer hors de tout courant historique de la SF.

The people trap & Mindswap (Ace 1981).jpg

C'est donc un ouvrage certes pointu sur l'auteur et son oeuvre mais qui fait hélas l'impasse sur le terreau fertile qui lui a permis d'exister. A ce titre, il est donc incomplet, ce qui ne peut que nuire à une perception exacte de la carrière et de la réelle place de Sheckley.

 

Note GHOR : 2 étoiles

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