02/09/2009
_The creation of tomorrow : Fifty years of magazine science fiction_
The creation of tomorrow : Fifty years of magazine science fiction : Paul A. CARTER : Columbia University Press : 1977 : ISBN-10 0-231-04211-6 : 318 pages (y compris index) : coûtait 7 USD pour un TP illustré en N&B, existe aussi en HC qui semble avoir eu au moins trois impressions.

Présenté par la quatrième de couverture comme une "illustrated history of magazine fiction", cet ouvrage de Paul A. CARTER (un connaisseur du genre, juré du Campbell Award) est plus proche d'une histoire du développement de certains thèmes au travers des pulps (de leur naissance en 1926 au milieu des années 70) qu'une histoire éditoriale des magazines de SF. En gros, on est plus près de Moskowitz (qui cherche à déterminer les filiations des grands concepts du genre) que de Ashley (qui a une approche plus socio-économique de l'évolution de ce secteur de la SF).

Pratiquement, ce livre est divisé en onze chapitres (dont les deux premiers ne sont pas inédits). Il commence par une sorte de présentation globale de la scène des magazines SF. Suivent ensuite une dizaine de parties qui tracent chacune l'histoire d'un thème particulier (la conquête de la Lune, Hitler et les nazis, les utopies, le post-apocalyptique...) ou de ce que l'on pourrait assimiler à un sous-genre (space-opéra, time-opéra). Cette analyse se fait donc dans l'ordre chronologique et s'appuie sur une certain nombres de textes issus des magazines (pas toujours d'ailleurs comme le montre l'inclusion de The sound of his horn ou Dhalgren) dont Carter montre les changements de perspective ou de préoccupation principale. Un dernier chapitre donne diverses pistes de recherche (bibliographies, ouvrages de référence, collections de magazines conservées par des universités...). Un index thématique clôt ce livre qui est en plus agrémenté d'une vingtaine d'illustrations intérieures reprises des pulps (on en retrouvera certaines chez Sadoul). La reproduction est de qualité et l'impression en N&B correspond bien à leur apparence initiale.

Il faut bien comprendre que Carter n'est probablement pas dans une démarche historique exhaustive ou synthétique, chose impossible en 300 pages comme le montre la taille atteinte par un tel travail chez Ashley. Il nous convie plutôt à une relecture des trésors que recèlent ces magazines. Ses recherches lui permettent d'ailleurs de bousculer, preuves à l'appui, certaines idées reçues comme le racisme que l'on a toujours affirmé comme étant omniprésent dans les pulps.

L'impression qu'il reste est celle d'un livre très agréable à lire, qui mélange informations précises, anecdotes et discussions pointues de textes tant connus que plus rares, assez proche dans l'esprit de l'histoire de la SF de Sadoul. C'est aussi un ouvrage qui permet de remettre en perspective des auteurs importants mais maintenant oubliés comme Schachner, Del Rey ou Weinbaum. L'existence récente de textes nettement plus fouillés sur le même thème (Ashley mais aussi Westfahl) font hélas que ce côté "léger" est un peu moins séduisant de nos jours. Pour relativiser cette déception, il faut quand même se souvenir que c'est un livre qui a désormais plus de trente ans.

Note GHOR : 2 étoiles
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27/08/2009
_Cosmic engineers : A study of hard Science Fiction_
Cosmic engineers : A study of hard Science Fiction : Gary WESTFAHL : Greenwood Press (série "Contributions to the study of SF & F" #67) : 1996 (pour la première impression) : ISBN-10 0-313-29727-4 : 148 pages (y compris index et bibliographie) : coûtait 50 USD pour un HC sans jaquette sur mon exemplaire, qui, au vu de la ligne de chiffres de la page de garde est une deuxième impression.

La Hard Science est, en bon sous-ensemble de la SF, un sous-genre de celle-ci qui pose exactement les mêmes problématiques de définition. De la même façon que l'on s'amuse depuis des lustres à tenter de définir la SF en une jolie expression synthétique, on essaie (certes depuis un peu moins longtemps) d'isoler les caractéristiques propres à la Hard Science. C'est donc Gary Westfahl qui s'attelle à cette tâche dans cet ouvrage paru chez Greenwood, un des spécialistes de l'édition d'ouvrages de référence, essentiellement à destination des bibliothèques.

Organisé en sept chapitres principaux partiellement inédits (ainsi qu'une introduction et une conclusion), ce livre peut se diviser en deux grandes parties. La première est consacrée à la Hard Science "en général" et couvre l'histoire du concept (de Gernsback jusqu'à la fin des années 80), fait participer les auteurs (principalement Hal Clement) en montrant comment ce sous-genre est perçu par ceux-ci et quelles sont les procédures d'écriture qui lui sont propres et revient finalement dans le passé pour découvrir d'autres exemples de HS dans la proto-SF. Cette partie est suivie par trois chapitres consacrés chacun à une oeuvre emblématique : A fall of Moondust (Clarke), Mission of gravity (Clement) et Between the strokes of night (Sheffield). L'ouvrage se termine par une bibliographie (qui ne liste que les ouvrages cités dans le texte et renvoie pour le reste à un article de SFS) et un index.

Comme à son habitude le travail de Westfahl est de qualité, mêlant recherches approfondies et opinions tranchées (voire polémiques). Les parties historiques sur l'émergence du concept au sein de l'ensemble plus vaste qu'est la SF sont particulièrement intéressantes et permettent surtout de ce rendre compte du flou générale qui entoure cette notion de HS. Entre SF relativement rigoureuse à la Anderson, extrapolations scientifiques à la Benford et "TP de physique" à la Clement, on trouve un vaste spectre de textes. Du coup, il n'est pas étonnant que HS soit parfois employé comme simple synonyme de SF, la partie devenant alors le tout.

Malgré ses qualités, deux points principaux m'ont gêné dans cet ouvrage. Le premier est d'ordre strictement mercantile, à savoir que 150 pages (dont 30 d'annexes), très aérées et seulement partiellement inédites pour la modique somme de 50 USD représentent un tarif aux limites de l'acceptable. Le second est lié au choix des ouvrages étudiés en profondeur dont deux (le Clarke et le Sheffield) me semblent se situer aux marges de la Hard Science. Un esprit soupçonneux pourrait d'ailleurs penser que l'inclusion du texte sur Clarke (une assez banale histoire d'exploration lunaire proche de l'anticipation technologique) est due au fait qu'il s'agit d'une reprise d'un travail déjà effectué.

C'est malgré tout un ouvrage qui offre de nombreuses pistes de réflexion et d'interrogation sur un sujet problématique ("la Hard Science c'est quoi ?") à partir d'éléments factuels et historiques indiscutables.
Note GHOR : 2 étoiles
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02/07/2009
_Biotechnological and medical themes in science fiction_
Biotechnological and medical themes in science fiction : Domna PASTOURMATZI : University Studio Press : 2002 : ISBN-10 960-12-1133-0 : 512 pages (y compris index) : un gros TP parfois illustré en N&B pas très solide ne comportant pas de prix (il semblait possible de demander des exemplaires gratuits à l'auteur).

C'est un drôle de livre que celui-là. Publié par un éditeur grec mais écrit à 95% en anglais (il y a quelques articles en grec avec l'alphabet adéquat), financé par le ministère Grec de la culture et de surcroît gratuit, il est donc logiquement assez peu commun. Il rassemble des interventions faites lors d'une conférence tenue en 2001 à Thessalonique et dont le sujet est donc la biotechnologie et la médecine telles que vues par la SF.

L'ouvrage contient 31 essais qui se divisent en huit parties d'une importance variable (de trente à une centaine de pages) : les nouvelles techonolgies (médicales); leur impact sur l'exploration spatiale; les transplantation d'organes; le clonage; les représentations cinématographiques; les post-humains; les approches des innovations biotechnologiques et la vision grecque de ces thématiques. Un index squelettique termine l'ouvrage. Pour ce qui est des auteurs des essais, les contributeurs grecs (me) sont inconnus (et les articles dans leur langue sont illisibles pour un non locuteur puisqu'ils ne sont pas traduits) et pour les autres on notera le peu d'acteurs connus du genre tant universitaires (Suvin et Blackford) ou qu'auteurs (Nordley, Sloncewzki).

Malgré un sujet potentiellement intéressant, c'est au final un ouvrage assez décevant. J'ai du mal à dire pourquoi précisément mais c'est sans doute à cause de la faiblesse des contributions individuelles et d'un manque d'articles de fond capables de replacer ce thème dans la trame globale du genre. A la place, on a une succession de textes sur des oeuvres uniques et bien souvent obscures (en tout cas pour moi) qui peine à dégager des lignes claires sur l'attitude de la SF face aux problèmes éthiques ou simplement pratiques posés par l'évolution de la technologie.

Une tentative originale venue d'un pays absent de la carte du genre, mais qui demanderait à être approfondie. Malgré tout, pour un ouvrage gratuit (à l'époque) c'est une affaire.
Note GHOR : 1 étoile
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24/06/2009
_The battle of the sexes in science fiction_
The battle of the sexes in science fiction : Justine LARBALESTIER : Wesleyan University Press : 2002 : ISBN-10 0-8195-6527-X : 295 pages (y compris index et bibliographie) : coûtait à l'époque 20 USD pour un TP au pelliculage défaillant.

Malgré un titre que l'on pourrait trouver un peu racoleur, ce livre est plutôt une histoire croisée du féminisme et de la SF ou du féminisme dans la SF ou plus simplement de la place des femmes dans le genre (ce qui pour l'auteur semble être la même chose). Ce livre utilise comme fil rouge les textes de SF du type "bataille des sexes" pour déployer une histoire commentée de l'évolution du positionnement de la SF sur les problématiques de genre (au sens sexe), à la fois par l'apparition de producteurs féminins et par un changement d'attitude vis à vis des aspirations féministes.

L'ouvrage est divisé en sept volumineux chapitres (entre trente et quarante pages chacun) qui suivent un vague ordre chronologique pour les premiers d'entre eux. Ils tentent de brosser la trame de l'évolution du genre dans son positionnement par rapport aux aspirations féministes tant par l'évolution des mentalités et des textes produits que par l'intégration d'auteurs femmes et/ou de thématiques connotées fémininement. Le sixième se focalise sur le personnage de Alice Sheldon/James Tiptree/Raccoona Sheldon, dont la complexe existence a toujours fasciné les universitaires. Le septième et dernier évoque l'histoire du prix littéraire homonyme pour lequel l'auteur a été jurée. Le livre possède un riche ensemble d'annexes : une comparaison sémantique de deux scènes de baiser (par Cooper et Bond), plusieurs pages de notes, un glossaire, une copieuse bibliographie (une trentaine de pages) et un index.
On sent bien derrière cet ouvrage la quantité importante de travail fournie par Larbalestier. Il faut dire que pour quelqu'un qui en 1992 et selon ses propres dires, se trouvait compétente en SF mais ignorait par exemple qu'il existait des magazines de SF, la marge de progression possible n'était pas négligeable. Elle a donc épluché des quantités de fanzines et de vieux pulps pour pouvoir bâtir son argumentation qui est du coup largement étayée. Son histoire de l'émergence d'une sensibilité féministe au sein de la SF est plutôt consensuelle, donnant la parole tant à Russ qu'à Willis. Elle est d'autant plus intéressante qu'elle plonge aux racines du genre dans le fandom et ne se contente pas des quelques lieux communs habituels sur le machisme éditorial et autres histoires de pseudonymes masculins.

Je suis plus réservé sur la partie relative à Tiptree, qui souffre (maintenant) de la comparaison avec la biographie de Phillips ainsi que sur le Tiptree award qui nous est un peu présenté comme un conte de fées bien gentillet offrant des objets en chocolat (la liste nous en est même fournie) alors que les enjeux de pouvoir et d'influence sur le genre sont au coeur de sa création.
L'impression générale est en fait celle d'un ouvrage assez brouillon avec un plan peu lisible qui multiplie les allers-retours chronologiques et les digressions. Ceci est peut-être dû à la masse d'informations rassemblée par Larbalestier, d'une telle richesse qu'elle prend parfois le pas sur la clarté d'exposition.
Note GHOR : 2 étoiles
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22/06/2009
_Astrofuturism : Science, race, and visions of utopia in space_
Astrofuturism : Science, race, and visions of utopia in space : De Witt Douglas KILGORE : University of Pennsylvania Press : 2003 : ISBN-10 0-8122-1847-7 : 294 pages (y compris index) : une vingtaine d'Euros en neuf pour un TP.

Tout d'abord, il faut savoir que l'astrofuturisme est un mouvement qui prône la conquête de l'espace comme remède aux problèmes de toute nature (sociétaux, économiques, écologiques...) qui accableront l'humanité tant qu'elle restera confinée à notre bonne vieille Terre. C'est un courant plutôt américain (bien que son homologue ait dû exister en URSS) qui mêle un ensemble d'acteurs très disparates : les gens des fusées (des rêveurs comme O'Neill aux techniciens comme Von Braun), les gens de la SF (qui voient la possibilité de guider le futur), les gens du complexe militaro-industriel (qui voient les ventes possibles), les militaires (attirés par la doctrine du "high ground") ou diverses factions politiques, allant des utopistes aux libertariens tous attirés par la promesse d'un territoire vierge pour expérimenter leurs théories politiques.

Malgré toute cette diversité, ce mouvement a longtemps été très majoritairement composé d'individus de race blanche et de sexe masculin. C'est pourquoi Kilgore a décidé de retracer son évolution face aux tensions sociales liées aux problèmes raciaux ou sexuels (au sens de genre) qui se sont manifestés dans la société américaine depuis la 2GM. Après une très longue introduction (30 pages), il suit les diverses phases des rapports de l'astrofuturisme à ces sujets polémiques. Il le fait à travers sept chapitres dont la plupart se focalisent sur un des acteurs principaux du mouvement. Il commence donc par Lasser (le fondateur de l'American Interplanetary Society), puis aborde Von Braun et l'encombrant héritage nazi, Heinlein et la tradition politique américaine, Clarke et la fin de l'empire, O'Neil et l'espace proche comme banlieue et finit par Bova et ses tentatives d'infléchir l'idéologie parfois réactionnaire du milieu de la SF. Un dernier chapitre ouvre sur l'état actuel du genre et l'émergence d'utopies raisonnées (Steele, Robinson).

Même si c'est un ouvrage sur un sujet assez pointu et peu étudié, qui est de plus parfois (mais pas souvent) seulement tangentiel à la SF, cet ouvrage est une réussite. Fruit d'un travail important qui est bien visible, Kilgore nous offre un éclairage très cru mais nécessaire sur certaines limites du genre qui peine parfois à prendre en compte d'autres aspirations que celles de la petite bourgeoisie technophile, blanche et masculine. Il nous montre bien que la place actuelle des afro-américains et des femmes dans cet univers résulté d'un long processus, parfois de ce qui ressemble à un long combat pour l'égalité.

Ses analyses des positions et des actions de certains auteurs me semblent très pertinentes et n'épargnent personne, voir par exemple son traitement du sexisme chez Heinlein, même si l'on sent une grande admiration ou affection de la part de Kilgore pour tous ces personnages. On appréciera aussi particulièrement le chapitre sur Ben Bova qui décrit bien cet homme assez peu connu mais dont l'influence sur le genre a été certainement plus grande qu'il n'y paraît ou que ne le laisse penser l'histoire de la SF telle que l'on la raconte ici.
Même si l'astrofuturisme à l'américaine n'est pas facilement transposable à la France où la conquête spatiale a longtemps été une affaire non de visionnaires mais de militaires, ce récit de l'évolution d'un rêve est fort séduisant.
Note GHOR : 3 étoiles
10:25 | 10:25 | Ouvrages thématiques | Ouvrages thématiques | Lien permanent | Lien permanent | Commentaires (0) | Commentaires (0) | Tags : anglais, 3 étoiles | Tags : anglais, 3 étoiles