26/11/2009
_Envisioning the future : Science fiction and the next millenium_
Envisioning the future : Science fiction and the next millenium : Marleen S. BARR (editor) : 2003 : Wesleyan University Press : ISBN-10 0-8195-6652-7 : xxi + 205 pages (pas d'index) : coûte 23 USD pour un TP, en neuf pour un grosse quinzaine d'Euros.
Cet ouvrage est un hybride assez particulier. Sous la direction de Marleen S. Barr, une spécialiste des relations entre féminisme et SF (on lui doit par exemple le recueil d'essais Lost in space), il rassemble à la fois des textes de fiction (inédits pour la plupart, me semble t-il) et des essais théoriques sur la question de "notre relation avec le futur au travers du double prisme de la SF et des cultural studies" pour paraphraser la quatrième de couverture.

Après une longue préface et une introduction (bourrée de spoilers) en partie consacrées à une sculpture (Quantum cloud de Gormley) qui semble être importante pour l'auteur, l'ouvrage se divise en quatre parties principales : "Future past" (texte de Postman sur le 18ème siècle, fiction de Gunn datant de 1989); "Future present" (essai de Suvin sur We de Zamyantine, fictions de Zebrowski et Ellison); "Future Perfect" (fictions de Barr, Sargent et Piercy, texte de Braidotti sur les cyborgs féminins) et "Future Critical" (texte de Parrinder sur la SF située dans un futur "intermédiaire", méta-fictions de Robinson et Rabkin, billet de Mosley). Les essais sont parfois suivis d'une bibliographie des ouvrages cités mais l'ensemble ne comporte pas d'index.

Parfois, on peut se demander pour quelle raison certains livres sont publiés. C'est le cas de cet ouvrage qui n'a globalement ni queue ni tête et pas plus de raison d'être. Le mélange de la fiction et de la non-fiction est toujours un art assez difficile vu que les publics visés possèdent probablement des motivations différentes pour lire chaque type de texte. Dans ce cas précis, cette difficulté est multipliée par le fait que l'ensemble n'a aucun sens et que les contributions prisent individuellement sont d'un niveau assez faible et mêmes pas toutes inédites.

Plombé dès l'introduction qui nous raconte d'avance toutes les fictions, sentant bon l'autopromotion (Barr nous y inflige sa propre nouvelle à message, d'une médiocrité attristante), d'une rapport parfois nul avec le genre (Postman) ou traitant de textes antédiluviens et peu importants pour l'évolution du genre (Suvin), cet ensemble fleure bon l'artefact feministo-postmoderniste branchouille avec références obligatoires aux écrits de Haraway ou de Robinson et participation de légendes de la cause comme Sargent ou Piercy.

Un "truc" globalement illisible et qui défie toute logique. A oublier rapidement.
Note GHOR : 0 étoile
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11/11/2009
_100 Must-read fantasy novels_
100 Must-read fantasy novels : Stephen E. ANDREWS & Nick RENNISON : A&C Black (série Bloomsbury Good Reading Guides) : 2009 : ISBN-13 978-1-4081-1487-2 : xxx+ 178 pages (y compris index et annexes) : bien moins d'une dizaine d'Euros pour un petit livre de poche, disponible chez l'éditeur (http://www.acblack.com/).

Ce petit (moins grand qu'un poche) est le frère de 100 Must-read science fiction novels (voir http://ghor.hautetfort.com/archive/2009/03/24/100-must-re...). Sous la plume des mêmes auteurs, paru chez le même éditeur et dans la même collection, lui se consacre à la Fantasy. C'est donc aussi un petit guide de lecture visant à fournir au néophyte une liste de textes "de base", qu'ils soient littérairement excellents ou importants pour le genre en question ou son évolution.

Le livre débute par une intéressante introduction qui délimite le champ de la Fantasy comme intégré dans le "Fantastic" mais distinct des deux autres branches que sont la SF et l'Horreur. L'essentiel du livre est donc constitué par les 100 fiches consacrées chacune à un livre. S'agissant de Fantasy, ce sont surtout des romans et souvent des romans qui font partie de séries à rallonge. Ces notules sont classées par ordre alphabétique d'auteur (avec un seul livre par auteur sauf pour Moorcock et Tolkien qui ont droit à deux titres). Les ouvrages sont résumés, évalués et placés dans leur contexte (du genre ou dans la carrière de l'auteur) en une page. A la fin de chaque entrée, des pistes de lectures (autres ouvrages du même auteur, ouvrages stylistiquement ou thématiquement proches) sont indiquées. Deux annexes (glossaire de la Fantasy et lauréats des WFA) ainsi qu'un index terminent le livre.

N'étant pas un spécialiste de la Fantasy (même si j'ai étonnamment lu une partie non négligeable des ouvrages cités), je ne suis pas le mieux placé pour donner un avis valable sur la sélection effectuée par les auteurs. Les principaux (Jordan, Martin, Brooks, Eddings, Donaldson, Tolkien, Pratchett, Peake) me semblent au rendez-vous ainsi que certains auteurs plus "confidentiels" pour ce genre (par exemple Brunner pour The travel(l)er in black).

Indépendamment de la qualité du livre, deux choses m'ont frappé. Tout d'abord c'est l'extraordinaire variété de ce qui est placé sous l'étiquette Fantasy dans le monde anglo-saxon tel que le voient les auteurs : la Fantasy telle que comprise en France (en gros la HF et la S&S), le merveilleux (style Oz), les fables animalières (Adams, Grahame), la fiction religieuse (Lewis, Chesterton), l'étrange (King, Finney), les trucs inclassables (Borges, Calvino, Murakami), le New Weird (Miéville), les "lost-race novels" (Hyne) et même la SF pur sucre (Lord Valentine's castle, mais voir aussi ci-dessous).

Le deuxième point, qui n'est pas nouveau, est que l'on ne peut constater les très fortes imbrications entre la SF et la Fantasy. Mêmes auteurs (Aldiss, Anderson, De Camp, Dickson, Le Guin, Merritt, Moore, Silverberg, Swanwick, Vance, Wolfe, Zelazny) et aussi mêmes oeuvres (Replay, The dying earth, A voyage to Arcturus). On trouve là matérialisé le manque d'autonomie théorique (pour des raisons historiques ou liées aux modes de production et de consommation du genre) de la Fantasy, un genre qui ne deviendra autonome que lorsqu'il développera ses propres outils théoriques.

Au final un petit guide bien sympathique sur un genre (un peu trop ?) protéiforme.

Note GHOR : 1 étoile
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28/10/2009
_Microworlds _
Microworlds : Stanislaw LEM : 1986 (reprise d'un HC paru en 1984) : Harcourt Brace Jovanovich : ISBN-10 0-15-659443-9 : 285 pages (y compris bibliographie de Lem, pas d'index) : coûtait 6 USD pour un TP, se trouve d'occase aisément.

Cet ouvrage est donc la réédition en format plus accessible d'un ouvrage initialement paru en 1984 en format relié chez le même éditeur, celui qui publiait la SF de Lem aux USA. Stanislaw (Stanislas en VF) est le principal auteur de SF polonais et en tout cas le seul qui ait une renommée qui dépasse les frontières de son pays. A la fois auteur (assez à la mode dans les milieux académiques dans les années 80) et théoricien du genre, il reste actuellement plutôt inconnu de la majorité des amateurs du genre.

Ce livre est un recueil de textes datant des années 70 (sauf trois plus récents) lorsque Lem, principalement grâce aux efforts de son traducteur et agent Franz Rottensteiner, a percé sur la scène de la SF mondiale (lire US). Il contient dix essais de longueur variable (du moins de dix à soixante pages) qui ont pour particularité d'être traduits en anglais à partir de diverses langues (il s'agit donc parfois de traductions de traductions). Parus généralement dans la revue Science Fiction Studies, ces textes comportent un segment autobiographique, diverses considérations sur la SF, des articles thématiques (la cosmologie dans la SF, les récits de voyages dans le temps) ou se concentrent sur des textes (Stalker) ou des auteurs précis (Dick, Borges). Une bibliographie des écrits de Lem sur le genre se situe en fin d'ouvrage, lequel ne comporte pas d'index.

Les amateurs d'histoire de la SF savent que Lem a un lourd contentieux avec le genre ou du moins avec les pratiquants américains de celui-ci (voir "The Lem affair" sur le net). La lecture de ce livre, délibérément polémique (aux dires de Lem) mais au final plutôt simplement puant, permettra d'en comprendre les raisons. Il commence assez fort, par une autobiographie dont la modestie ferait paraître Asimov comme un modèle de retenue. On y apprend incidemment que le QI de Lem est de 180 et qu'il est, semble t-il, l'enfant le plus intelligent de tout le sud de la Pologne. Héros de la Résistance, homme de lettres, homme de science, se comparant à Einstein, des esprits chagrins pourrait trouver le choix de carrière d'écrivain de SF un peu surprenant de la part d'un homme aussi doué.

Les deux textes suivants (les plus longs du recueil) sont une attaque au vitriol de la SF (américaine, les britanniques n'étant, dans une optique assez typique du bloc communiste, que de simples supplétifs des Yankees). Pour faire court, les écrivains de SF sont des prostituées, le genre une maison close à la solde d'éditeurs-souteneurs (il s'agit là exactement des mots de Lem qui semble manifester un certaine obsession pour la chose péripatéticienne), les lecteurs une bande de débiles et les fans ou les commentateurs du genre (Blish, Knight) un troupeau d'idiots qui singent les protocoles de la grande littérature. Heureusement qu'il y a la sainte trinité formée de Dick, Borges et les Strougatsky qui est la seule à pouvoir nous extraire de notre fange. On pourra donc comprendre aisément qu'un tel discours, qui franchit allègrement les bornes de la correction, ait pu provoquer une certaine ire au sein de la SFWA qui expulsera d'ailleurs Lem de ses rangs.

Sur le fond, les reproches de Lem ne sont ni dénués d'une certaine réalité, ni très originaux (voir par exemple Malzberg ou même Knight pour la croisade anti Van Vogt) mais la manière est particulièrement (délibérément ?) insultante pour l'ensemble des acteurs du genre (chacun est vilipendé à son tour), une attitude qui ne favorise guère le débat. La première idée qui vient à la lecture est d'ailleurs de penser qu'un personnage qui a su se tailler une si belle place au sein du monde officiel des lettres d'une dictature communiste est sûrement un expert es putasseries et compromissions. De plus, l'argumentaire de Lem sur les turpitudes de la SF US est parfois un peu léger et donne l'impression d'être plus une déduction de seconde main que le résultat d'une connaissance réelle. Il est par exemple assez surprenant de voir Dick et Van Vogt comparés à longueur de pages (le second étant bien sûr le plus mauvais des deux) sans que le bête fait que leurs oeuvres aient des décennies d'écart ne soit mentionné. On passera aussi sur le couplet laudatif obligatoire relatif aux Strougatsky écrivains d'un pays frère.

Au final un livre que sa stridence dessert et qui n'améliorera pas l'image de Lem désormais plus attachée à un film où on voit les fesses de George Clooney qu'à ses oeuvres littéraires. Une remarque peu élégante de ma part mais bien du niveau de cet ouvrage.
Note GHOR : 0 étoile
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27/10/2009
_L'effet Science-Fiction : A la recherche d'une définition_
L'effet Science-Fiction : A la recherche d'une définition : Igor BOGDANOFF & Grichka BOGDANOFF : 1979 : Robert Laffont (Collection "Ailleurs & Demain - Essais") : ISBN-10 2-221-00411-6 : 423 pages (y compris index) : coûtait 30 FF à l'époque pour un TP à la couverture d'une fragilité légendaire, se trouve d'occase.

Paru dans la courte (3 volumes) collection d'ouvrages de référence de Robert Laffont, ce livre est basé sur un concept simple : poser la question "La science-fiction, pour vous, c'est quoi ?" à un nombre important de personnes connues ou importantes de part leur fonction (ambassadeurs, légats), récupérer les réponses (quand il y en une), les lire et les analyser et enfin et collationner le tout dans une sorte de compte-rendu. C'est à cette longue tâche que se sont consacrés les jumeaux Bogdanoff qui étaient au sommet de leur gloire à l'époque de la parution de l'ouvrage.

Ce livre possède une organisation interne qui le fait ressembler à une étude de marché. La première partie opère d'abord un classement des réponses en quatre grandes attitudes face à la SF : Ignorance, Connaissance, Hostilité et Adhésion (ces positions étant ensuite réparties dans des catégories plus fines). La deuxième partie est une sorte d'intermède plus ludique et présente quelques réponses sélectionnées pour leur humour, leur incongruité ou leur maîtrise (celles d'acteurs du genre). La dernière partie est une synthèse de l'ensemble qui se focalise sur les réactions de trois populations significatives pour la mesure de l'importance du genre : écrivains, politiques et prévisionnistes. Une conclusion et un épilogue tirent les enseignements sociologiques de cette sorte de sondage et un index clôt le livre.

Le livre en lui-même est parfaitement conforme à son cahier des charges. Cette compilation de réponses parfois hautaines, parfois stupides parfois amusantes mais qui témoignent généralement d'une grande ignorance du genre et des ses possibilités est le résultat d'un important travail (puisque des interviews physiques ont été aussi réalisés). On ne dépasse jamais le stade de la pochade strictement anecdotique et l'enjeu de savoir ce que pensent de la SF Poulidor ou Bigeard est infime.

Ce qui est vraiment atterrant est de voir qu'un tel texte ait pu paraître dans la plus prestigieuse des collections que comptait la SF à l'époque. C'est, une fois de plus, l'illustration du triste état de la réflexion sur la SF dans notre pays que de voir Klein cautionner une telle démarche. Non pas qu'elle ne soit pas honorable mais elle aurait plus sa place dans un fanzine que chez A&D dans une collection d'essais tant elle n'est que simplement distrayante. Pour reprendre une remarque que j'avais faite sur un recueil de Nicot, si c'est la toute la profondeur possible de l'analyse francophone sur la SF, il nous reste du chemin à parcourir.

Note GHOR : 0 étoile
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26/10/2009
_Edging into the future : Science fiction and contemporary cultural transformation_
Edging into the future : Science fiction and contemporary cultural transformation : Veronica HOLLINGER & Joan GORDON (éditrices) : 2002 : University of Pennsylvania Press : ISBN-10 0-8122-1804-3 : 278 pages (y compris bibliographie et index) : disponible chez l'éditeur à 27.5 USD pour un TP (existe aussi en HC), voir http://www.upenn.edu/pennpress/book/13759.html.

Cet ouvrage est un recueil d'essais inédits qui veulent placer la SF au coeur des disruptions culturelles actuelles. Cette évolution se manifeste par la dissolution des frontières entre genres cousins ou même à l'intérieur de la Science Fiction et aussi par l'irruption d'une sensibilité et d'une lecture "postmoderniste" dans les textes. Les contributeurs sont ici plutôt du haut de gamme et l'on y relèvera (pour les plus connus) les noms de Wolfe, Landon, Attebery, Stableford, Jones ou Csicsery-Ronay.

Composé de treize essais d'une petite vingtaine de pages chacun, cet ouvrage est divisé, après une classique introduction, en les trois sections suivantes : 1) "Genre implosion" qui groupe trois textes sur la dissolution des barrières au sein du genre (Wolfe) ou entre la SF et la musique (un essai inclassable de Olsen); 2) "Imploded subjects and reinscripted bodies" rassemble cinq chapitres sur les problématiques de corps et de l'identité avec une attention portée sur l'hermaphroditisme, le transhumanisme ou la cyborgisation (on y retrouvera Cadigan, Le Guin, Morrow ou Jones); 3) "Reimagined apocalyspes and exploded communities" soit cinq textes sur l'apocalypse et la communauté (sic) dont deux d'auteurs analysant leurs propres écrits (Jones et Stableford). Le livre se termine par plusieurs pages de notes, une bibliographie importante (quinze pages) et un index.

Un des grands moments de la lecture de cet ouvrage est la tentative des éditrices de mettre un peu d'ordre et surtout de logique dans ce recueil. A grand coup de justifications fumeuses et de titres de section à rallonge (voir plus haut), un découpage très arbitraire à été déterminé. C'est un remarquable ratage avec une section finale qui mêle par exemple apocalypse, Kairos (de Jones), first contact et géopolitique du futur.

Ce reproche est de pure forme et ne doit pas masquer la qualité de certains essais même si, comme d'habitude, un net effet de mode est perceptible en matière de choix des auteurs ou des textes évoqués (un petit coup de Le Guin, une pincée de Jones et un zeste de Gibson) et en matière de discours où le post-machin (humain, moderne) se rencontre à presque chaque ligne. Le tout forme un ensemble compétent mais complètement hétérogène thématiquement qui peut donc se lire par petits bouts pour un résultat plus qu'honorable.

Note GHOR : 2 étoiles
09:31 | 09:31 | Ouvrages de référence divers | Ouvrages de référence divers | Lien permanent | Lien permanent | Commentaires (0) | Commentaires (0) | Tags : anglais, 2 étoiles | Tags : anglais, 2 étoiles